Le prix des vignes 2021

Comme on pouvait s’ y attendre, les statistiques officielles du marché foncier rural diffusées par la FN Safer (Fédération Nationale des Safer) et calculées à partir des chiffres 2020 ne ressemblent en rien aux statistiques des années précédentes : la crise du Covid 19 est bien passée par là.

le prix des vignes et les Safer

Petit rappel : le prix des vignes 2021 est calculé sur la base des transactions 2020. Les Safer sont informées par les notaires de tous les projets de vente de biens immobiliers ruraux (depuis 1962) et de parts sociales ou d’actions de sociétés agricoles (depuis 2016). C’est une obligation légale et réglementaire. Pas toujours bien respecté dans le cas de cessions de parts sociales.

une loi d’urgence

Du coup, un projet de loi d’urgence, déjà voté à l’Assemblée et en cours de lecture au Sénat, vise à renforcer l’obligation déclarative pour lutter contre l’accaparement des terres et favoriser l’installation de jeunes. Il y a un danger en effet. Le marché des parts sociales prend de plus en plus d’ampleur : 20% des transactions pour des lots moyens de 100 hectares quand les biens ruraux déclarés aux Safer -soit 80°% des transactions- concernent des lots moyens de 7 hectares.

Le projet de loi prévoit, en plus des pénalités, la nullité de la vente si la transaction n’est pas déclarée. De quoi faire réfléchir..

Du jamais vu !

On enregistre un nombre de transactions historiquement bas sur 30 ans et un repli des surfaces vendues de 20% détaille Loïc Jégouzo de la direction des études de la FNSafer. Et tous les bassins viticoles sont concernés. Dans sa région c’est un constat partagé par Philippe Tuzelet de la Safer-Nouvelle-Aquitaine : en Gironde, on est passé de 550 actes de vente de vignobles par an à 300 en 2020, il y a une réelle contraction des marchés.

ACTIVITE NATIONALE 2020 2019 évolution
transactions 8190 9200 -10,9%
surfaces 14600 ha 18300 ha -20,3%
valeurs 861 M/€ 987 M/€ -13,5%

Nous présentions l’année précédente comme l’année du record des surfaces échangées avec des prix toujours en hausse. Et bien 2020 sera donc celle du repli généralisé.

En chute libre

N’hésitez pas à cliquer sur les graphiques pour les grandir ! Attention : des exceptions notables pondèrent les moyennes du prix de vente et les rendent moins impressionnantes !

Vignes AOP 150.500€/ha soit  + 1,3%.

Vignes hors champagne 78100€/ha + 4,2%.

Vignes Eaux-de-Vie AOP 55400€/ha + 6,9%.

Vignes hors AOP 14500€/ha +0,9%.

En Champagne le marché se replie en surface comme en valeur. La baisse des exportations et la montée de produits effervescents concurrents avaient déjà fragilisé la filière. La baisse de la consommation et la fermeture des lieux de vie n’a fait qu’aggraver la situation.

Quant au Cognac, il esquive la crise remarque Loïc Jégouzo . L’eau-de-vie, qui n’était pas ciblée par les taxes US, a continué à s’exporter avec un prix moyen des vignes en augmentation de de 7%.

Sur le même sujet : s’installer : quelles régions voudraient de vous ? tour d’horizon

des prix en trompe l’oeil

Aucune région ne s’en sort bien. Pourtant alors que l’ensemble des vignobles a été impacté par la crise sanitaire, la valeur échangée dans le vignoble bordelais a progressé de 4,7% soutenue par 8 ventes de domaines prestigieux représentant 72% de la valeur du Bordelais ! Nous dit la Safer. Le prix moyen des vignes des appellations Pauillac, Pomerol, Saint Julien, Margaux, considérées comme des valeurs refuge augmente de 8,9% tandis que se confirme la baisse amorcée des appellations génériques dont les consommateurs avaient commencé à se détourner avant la crise sanitaire.

 

le grand écart généralisé : le tour des régions

Ce n’est une surprise pour personne mais les écarts au sein d’un même bassin viticole sont impressionnants. Voici quelques exemples de prix de vignes en AOP qui parfois se situent à quelques kilomètres les unes des autres. Dans le Bordelais pour commencer :

département de la Gironde 2020 2019 évolution
Pauillac 2.800.000€/ha 2.300.000€/ha +22%
Sauternes 30.000€/ha 30.000€/ha 0%
Blaye Côtes de Bordeaux 16.000€/ha 18.000€/ha -11%

Si on va faire un tour dans le Val de Loire :

département du Cher 2020 2019 évolution
Sancerre 220.000€/ha 170.000€/ha +29%
Quincy, Reuilly 65.000€/ha 62.000€/ha +5%
Châteaumeillant 15.000€/ha 15.000€/ha 0%
département de la Loire Atlantique 2020 2019 évolution
Muscadet Côtes de Grandlieu 10.000€/ha 10.000€/ha 0%
Muscadet Sèvre et Maine 10.000€/ha 12.000€/ha -17%
Gros Plant du Pays nantais 8.000€/ha 6.000€/ha -25%

Piquons maintenant au Sud Est :

département de la Drôme 2020 2019 évolution
Crozes Hermitage 140.000€/ha 135.000€/ha +4%
Grignan-Les-Adhémar 14.000€/ha 14.000€/ha 0%
Côtes du Rhône Village (+commune) 20.000€/ha 22.000€/ha -9%

Et descendons au bord de la Méditerranée :

département du Var 2020 2019 évolution
Côtes de Provence (littoral) 100.000€/ha 85.000€/ha +18%
Coteaux varois en Provence 32.000€/ha 30.000€/ha +7%
Bandol 125.000€/ha 125.000€/ha -9%

Remontons maintenant jusqu’en Bourgogne :

département de Saone-et-Loire 2020 2019 évolution
Pouilly-Fuissé 240.000€/ha 240.000€/ha 0%
Saint Véran 135.000€/ha 135.000€/ha 0%
Moulin à Vent et St Amour 90.000€/ha 100.000€/ha -10%

Poussons en Alsace :

départements du Bas-Rhin et Haut-Rhin 2020 2019 évolution
Alsace (Bas-Rhin) 107.700€/ha 114.700€/ha -6%
Alsace (Haut-Rhin) 126.400€/ha 155.100€/ha -18%

Et finissons par la Champagne :

département de la Marne 2020 2019 évolution
Montagne de Reims 1.235.100€/ha 1152.000€/ha +7%
Côtes des Blancs 1.590.000€/ha 1635.100€/ha -3%
Vallée de la Marne, de l’Ardre et de la Vesle 1.035.700€/ha 1110.200€/ha -7%

prime au bio ?

Il n’existe pas encore d’indicateur qui permettrait de mesurer l’impact de la labellisation bio sur le prix des vignes nous précise Loïc Jégouzo.

Pourtant il y a des signes : là où  en appellation Bordeaux et Côtes de Bordeaux les prix accusent une baisse de 13%, les lots bio, eux, avec du matériel végétal en bon état, des parcelles groupées qui permettent d’optimiser les travaux à la vigne, tirent plutôt bien leur épingle du jeu et peuvent encore s’échanger sur la base de 22 000 euros/ha.

Viennent ensuite les vignes en bon état, cultivées en conventionnel, situées sur des terroirs très qualitatifs pour lesquelles les prix peuvent varier de 15 000 à 20 000 euros/ha.

Enfin, les parcelles situées sur des terroirs plus communs ou réputés gélifs peinent à trouver preneur et s’échangent, en fonction de leur état, à des niveaux de prix qui peuvent descendre jusqu’à 4 000 euros/ha.

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Qui achète ?

Le recul du nombre d’acquisitions est très marqué pour les fermiers en place, personnes physiques agricoles (-30%) ou sociétés d’exploitation (-30,5%). La tentation de sécuriser le foncier exploité aura été douchée cette année : les trésoreries ont été impactées par le confinement et on préfère passer son tour.

A l’inverse, les particuliers non agricoles attirés par un placement foncier -ils représentent le deuxième volume d’achats de vignes chaque année- maintiennent à peu près le cap avec seulement -2,5% de baisse. La crise a manifestement conforté leurs projets d’investissement dans le foncier viticole.

Ce chiffre est sans doute à mettre en parallèle avec d’autres signaux faibles détectés les années passées. Par exemple : la volonté d’être un investisseur éthique en choisissant des fonds de portage pour l’installation de néo-vignerons ou encore l’exode inversé qui s’amplifie -le contraire de l’exode rural-

A propos de la ruralité selon l'Insee

Depuis 2021, L’Insee évalue désormais la ruralité en fonction de la densité de population des territoires ruraux, selon qu’ils sont autonomes ou sous l’influence d’une ville d’au moins 50.000 habitants.

La France compte selon ces critères 88% de villages dans lesquels vivent 33% de la population. En tête des régions les plus rurales : la Bretagne, la Bourgogne/France Comté et la Nouvelle Aquitaine dont 51% des habitants sont considérés comme des ruraux…

acheter au son du canon et vendre au son du clairon ?

Cet adage du parfait spéculateur est-il de mise sur le marché des vignes ? Il serait plutôt mal à propos. C’est vrai qu’il ne faut pas se priver d’acheter des vignes ou un domaine lorsque l’occasion se présente mais le retour sur investissement se fait sur un temps long et le propre du vigneron n’est pas de tout plaquer lorsque l’orage gronde mais bien de faire le dos rond en cas de coup dur. La résilience, une qualité majeure de la profession.

François

Photo à la Une : ©Interloire Saint-Nicolas de Bourgueil

Ecrit par Francois SAIAS
--------------------------------------------------------------- Scénariste, réalisateur, documentariste pendant de nombreuses années, François a gardé la curiosité de son premier métier et s'est investi depuis dans le monde du vin, ses rouages, son organisation, ses modes de fonctionnement.

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