La verticale du Blayais

Il émane d’Alain Vidal une chaleur et une spontanéité inhabituelles chez un vigneron bordelais. Normal il est provençal ! Dans sa jeunesse  il a manqué la reprise de l’exploitation viticole grand-paternelle à Pierrefeu du Var. Après un cursus d’ingénieur agronome, un DESS à l’IAE de Lyon, 3 ans de noviciat chez les Jésuites, cet ancien responsable de com d’une boite de logiciels décide en 1998, de s’installer vigneron à Saint Christoly-de-Blaye avec Céline, son épouse vendéenne.

Ensemble, ils reprennent le Château Dubraud situé en AOC Blaye et Blaye-Côtes de Bordeaux. Ils sont aujourd’hui à la tête de 27 ha de vignes.

VidalCes dix-huit années ont apporté autant de millésimes que, nous autres les invités, conscients de notre privilège, étions impatients de déguster ! Car ce soir, Alain et Céline ont décidé de se livrer à un exercice inédit pour eux et à haut risque selon Alain : une dégustation verticale, qui consiste à « rembobiner » l’histoire de leur Grand Vin de Château Dubraud, assemblage de cabernet franc, cabernet sauvignon et merlot. Une sorte de voyage sur 15 ans qui permet de suivre l’évolution des cépages et du terroir pour redécouvrir d’où les Vidal sont partis et quelle est leur trajectoire.

Une mise en perspective en somme.

Un grand vin dans une grande cave

IMG_0321L’événement se passe au Bistrot du Sommelier, sous le contrôle de Philippe Faure-Brac, maître des lieux et meilleur sommelier du monde Rio 1992.

Sur un signe du propriétaire de la maison, nous avons le bonheur de pénétrer dans sa cave de dégustation qui recèle plusieurs milliers de bouteilles, parmi lesquelles quelques trésors comme cette fillette de 37cl Château Mission Haut Brion de 1893 !

 

Petit rappel : comment tenir son verre…

Faure BracEn préambule, Philippe Faure-Brac nous rappelle les fondamentaux de la dégustation et la façon de bien tenir son verre : de préférence par la base du pied, de telle sorte qu’en levant le coude, le vin s’écoule lentement de la pointe de la langue qui est plus réceptive au sucre, puis autour de la langue qui est sensible à l’acidité et enfin à l’arrière bouche qui perçoit mieux l’amertume…

C’est du moins ce qui est communément admis en œnologie, alors que des études scientifiques récentes démontrent une autre hypothèse.

 

Vidal2Nous remontons le temps du Grand Vin de Château Dubraud à partir de l’année 2015, assemblé la veille pour les besoins de notre dégustation. Un vin encore sur le fruit plutôt gouleyant…

Céline Vidal nous presse : lors d’une verticale, il faut que les années s’enchaînent sans temps mort.

2014, 2011 -Alain nous fait grâce des années 2013 et 2012 qui n’ont laissé de bons souvenirs à personne- 2010…Des traits communs commencent à se dessiner  entre les différents crus notamment beaucoup de souplesse et ce juste équilibre entre tanins et acidité. Une explication ? La réponse se trouve peut-être dans la collaboration 16 ans durant avec le même oenologue, Patrick Audouit, du Centre oenologique du Blayais qui dépend de la Chambre d’agriculture.

Cette rétrospective est aussi bien sûr celle des bulletins météo. L’exécrable été 2007 suivi d’une belle arrière saison. C’est là où l’on comprend mieux qu’une viticulture de qualité avec des soins appropriés peut changer la donne.

Nous poursuivons notre retour dans le temps jusqu’à l’année 2005. Celle que Le Point a identifiée comme le meilleur millésime qui ait jamais existé ! Notre grand sommelier affiche un sourire de plaisir. Il nous parle d’élégance rare, Alain et Céline Vidal boivent…du petit lait ! Alain vante la fraicheur de son vin, Philippe rectifie : la fraicheur, c’est l’acidité !

Les années précédentes confirment ce que nous avions ressenti dès le départ et sans surprise. Un produit sain à la base qui a donné un vin qui s’est bonifié au fil du temps. Un seul regret peut-être : ne pas avoir pu déguster le vin du précédent propriétaire pour mieux apprécier son évolution.

Rien de tel pour comprendre le travail d’un vigneron,

vidal3ce qu’il recherche en terme d’arômes, de souplesse, de complexité, bref ce que je serais tenté d’appeler ici sa ligne éditoriale, ce qui va distinguer le Grand Vin de Château Dubraud  des autres de son appellation.

Alors comment voit-il l’avenir ? Passer au bio ? Là, Alain Vidal redevient exploitant viticole et adopte la prudence bordelaise. Il est très réservé : le bio conventionnel à base de cuivre et de pirèthre ? nous on n’en a pas envie. Ca pollue quand même, sans compter le nombre de fois où il faut passer avec le tracteur, alors…

Ne demandez pas à un producteur bio son bilan carbone !

Mais Alain Vidal est aussi humaniste, il avoue avoir été interpellé par le film Demain, César 2016 du meilleur documentaire. Il est plus attiré par la démarche en biodynamie de Véronique Cochran du Château Falfas en appellation Cotes de Bourg ou carrément les expériences de permaculture en viticulture menée en Champagne, en Alsace et en Provence.

Je sens que les années à venir vont être pleines de surprises au Château Dubraud !

François

Photo à la Une : ©Château Dubraud

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