S’installer à 27 ans : Marine et Simon

RESPECT ! après avoir découvert Arica, un domaine indépendant de 10 hectares sur l’Ile de Ré, c’est le premier mot qui me vient  à l’esprit en quittant Marine et Simon. Ainsi que la formule : Ils ont tout compris ! Tout juste trentenaires, ils sont à la tête d’une exploitation qu’ils ont bâtie de toutes pièces en trois ans. Mais dont le projet remonte dans leurs têtes bien en amont : dès leur entrée à l’école, Supagro Montpellier, 8 ans plus tôt.

Ni l’un ni l’autre n’étaient enfants de vignerons. Ni fille ou fils de. Mais ils étaient conscients qu’ils disposaient de la plus grande des richesses : le temps. Celui qu’on prend pour faire bien les choses.

Une vista

Cette vision, celle qui vous mène, celle qui guide vos choix, Marine l’avait : monter un projet viticole sur l’Ile de Ré dont elle est originaire. Elle fait découvrir les lieux à Simon, son compagnon, bourguignon de Nuits Saint Georges. Simon Pitoizet : je ne savais même pas qu’il y avait des vignes dans l’Ile de Ré !

Pourtant en 1880 l’Ile était littéralement recouverte de vignes : 4500 hectares plantés jusqu’aux marais ! Un vin principalement destiné à la production d’eaux de vie exportées dans les pays nordiques par les Flamands installés sur l’Ile. Aujourd’hui seuls 650 hectares sont exploités en  pour le cognac, le pineau et le vin.

Marine fait valoir tout le potentiel agronomique rhétais à Simon, la géologie, le terroir, le contexte marin et très vite nait leur projet : un vignoble de petite taille, pour produire des vins principalement blancs, travaillé en indépendant avec un chai et une cave, c’est à dire hors système coopératif, passage obligé pour la quasi totalité des viticulteurs actuels de l’Ile.

Pourquoi pas de vin rouge ?

Les cépages actuellement plantés sur l’Ile de Ré, cabernet franc, cabernet sauvignon et merlot sont avant tout des cépages bordelais. Or il y a un écart de température de 8 degrés à l’année avec Bordeaux !

Marine : Quand on goute ce qui se fait ci, je ne pense pas que ça vienne des gens qui le font. C’est un problème d’association cépage/climat. Et dans un futur projet ? Ici, on a le droit au pinot noir, on a le droit au gamay, ça nous paraitrait bien plus adapté. En attendant on a préféré se spécialiser sur le blanc parce qu’on est sur un terrain très calcaire, très salin, super dans les vins blancs, qui sont rares et qui sont vraiment plus exploitables avec la gastronomie autour des poissons, des fruits de mer…

Un sacré challenge

Sur ce marché de niche, l’appellation n’est pas porteuse. Pire : les vins de l’Ile de Ré n’ont pas forcément bonne réputation, surtout auprès des Rhétais ! Le Rosé des Dunes et le Petit Sergent ont laissé des traces ! Pourtant il y a un marché tout autour et les scores d’Uniré, la coopérative, le prouvent : les bonnes tables sont nombreuses sur l’Ile comme sur le littoral atlantique tout comme les cavistes et les épiceries fines. Et les estivants sont demandeurs de produits authentiques et de qualité. Un sérieux atout plus tard dans leur Business Plan.

Donner du temps au temps…

En attendant, ils affutent leurs armes au cours de stages effectués auprès d’autres jeunes vignerons fraichement installés. Pour Marine dans un domaine à Vézelay conçu autour de vieilles fermes. Pour Simon au domaine Val d’Astier à Cogolin dont les propriétaires avaient défriché toute une colline ! Des parcours qui les font rêver et des rencontres déterminantes qui façonneront leur approche de leur futur métier.

Diplôme d’ingénieur agronome en poche options viticulture et oenologie, l’une part travailler comme oenologue au château Puech-Haut près de Montpellier, l’autre comme technico commercial dans une tonnellerie où il fournira du conseil aux vignerons dans le choix des barriques, l’élevage des vins.

écouter, observer, analyser

Des années mises à profit pour préciser leurs intentions. Simon : Avant de s’installer on est allé faire des visites juste à côté, sur l’Ile d’Oléron. Là-bas il y a déjà une filière montée avec une coop et des vignerons indépendants. On les a rencontrés : on est allé voir des bios, des non bios et c’était à chaque fois hyper constructif ! Marine précise :  Mais il ne ne faut pas aller voir que les gens qui font la même chose car ça ferme aux idées qui peuvent être transposables !

S’il y a un conseil à donner, c’est de se nourrir de l’expérience des autres.Simon Pitoizet
A lire aussi : S’installer vigneron : quelques pistes d’autres exemples bien aboutis

savoir saisir l’occasion

Marine : on a commencé à rechercher des terres sur l’Ile :  on voulait tout planter ! Avec tout ce que ça veut dire en termes de délai, puis de récolte... Alors on nous a suggéré de trouver quelques hectares en production. C’est là qu’on rencontre Gilles en 2016 : il était coopérateur, vignes et pommes de terre, il faisait du raisin qu’il apportait ensuite à la cave coop.

Gilles Brulon, un producteur de La Couarde prenait sa retraite -ils sont nombreux sur l’Ile- et ses enfants ne voulaient pas reprendre l’activité. Marine et Simon ont la chance de tomber sur quelqu’un d’ouvert et curieux des transformations que le jeune couple s’apprête à entreprendre. A commencer par la conversion en culture bio engagée en même temps que le programme de transmission.

Le programme de transmission

C’est un programme qui s’adresse autant aux cédants qu’aux repreneurs. Il est piloté par les Chambres d’Agriculture de chaque région. Sur leur site, on trouve pas mal d’infos et de conseils.

Les Chambres d’Agriculture ont constitué un répertoire Départ/Installation  qui rassemble les exploitations agricoles disponibles à la transmission. Une centaine d’offres concerne la viticulture.

Même s’ils avaient déjà rencontré Gilles Brulon Marine et Simon optent pour le parcours Jeune Installé, le parcours classique qui permet d’opter pour la DJA (dotation Jeune Agriculteur = en moyenne 32.000€). On s’est inscrits dans ce parcours traditionnel : ça rassure les partenaires bancaires, ça leur fait des repères, ce sont des types de dossiers qu’ils connaissent. Et ça nous permis de faire beaucoup de rencontres et apporté pas mal d’infos très administratives : les assurances, le foncier, le bail rural, tout ce qui est filière, chambre d’agriculture, organisme d’état…

ici pas de terre brulée

Mais nous ne voulions pas faire les choses n’importe comment. Et on voulait bien s’entendre avec la coopérative assure Marine. C’est vrai que la communauté rhétaise est toute petite et il vaut mieux établir tout de suite de bonnes relations avec tout le monde. Sans jouer aux dissidents. Donc, comme la production de Gilles était promise à la coopérative jusqu’en 2018, nos jeunes vignerons respecteront cet engagement.

Ils mettent à profit les années 2017 et 2018 pour transformer l’encépagement d’une petite structure récupérée au passage ainsi que les terres à patates de Gilles qui n’avaient pas été travaillées depuis 5 ans.

Chardonnay et chenin sur 5 hectares en tout, plantés à la main ! Peur de rien…

Et le coup d’envoi du domaine Arica est donné en novembre 2018. En douceur. Avec 10 hectares de vignes pour commencer, toutes en IGP Vin Charentais et en conversion bio.

 

Arica : un nom de domaine qui vous parle ?

Ré formait un archipel composé d’au moins trois îles, deux petites :

  • une au nord, l’ile de Loix constitué par le village de Loix (ici au centre de la carte),
  • une à l’ouest, l’ile d’Ars formée par les villages d’Ars, Saint-Clément-des-Baleines et Les Portes (à droite sur la carte),
  • la plus grande et la plus proche du continent, l’ile de Ré regroupant les communes actuelles de Rivedoux-Plage, Sainte-Marie-de-Ré, La Flotte, Saint-Martin-de-Ré, Le Bois-Plage et La Couarde-sur-Mer (à gauche sur la carte).

Cet archipel faisait alors partie du domaine de la tribu gauloise des Lémovices, par lesquels la plus grande île, l’Isle de Ré, prit plus tard le nom latin de Arica Insula. Ce nom s’imposa par la suite à l’ensemble de l’archipel rétais. (source wikipedia)

Arica, ça nous a plu tout de suite ! expliquent Marine et Simon. 

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Pour démarrer, il n’ont que le hangar à matériel de Gilles qu’ils vont équiper tout de suite d’un pressoir, de cuves inox et de quelques barriques. Chaque parcelle aura ainsi sa cuve et sera vendangée à la main.

Facile à dire car ici on n’est pas en Bourgogne et il n’ y a pas d’équipe de vendangeurs dans la région. Alors leur réseau et la bonne entente qu’ils ont su mettre en place vont leur servir : amateurs de Handball, ils jouent au club de Bois Plage. Et bien ce seront 30 joueurs du club, filles et garçons qui viendront vendanger un petit matin de septembre !

Les vins parcellaires ont le nom de la parcelle : Moulin Neuf, Four à Chaux, Salines. Mais le Domaine Arica a aussi une gamme Arica  blanc et Arica rosé. Marine : c’est un assemblage qui est très sur le fruit, sur la fraicheur… Ces raisins là sont ramassés à la machine car on veut vendanger la nuit : le raisin est bien frais et ça arrive vite au chai. En moins d’une 1/2h ce n’est plus à la vigne c’est protégé dans le pressoir sous azote…

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Et puis…

Pour travailler dans les meilleures conditions,  il leur faudra quelques hectares de vigne supplémentaires mais surtout un chai et une cave. Avec aussi un espace pour recevoir leurs clients. Car dans le hangar la température n’est pas régulée. Simon : L’hiver ça ne pose pas de soucis mais à partir d’avril, il faut mettre les barriques à l’abri de la chaleur. L’installation sur l’Ile avait son corollaire : la construction d’une ferme viticole dont le projet est en passe de se réaliser.

Au fond un domaine c’est quoi ?

Avec un recul de bientôt dix ans sur la genèse de leur projet, Simon et Marine ont appris des autres qu’il y avait surtout une erreur à ne pas commettre : posséder des terres, ses vignes. Les exemples sont nombreux de vignerons qui se sont endettés jusqu’au cou pour acquérir le foncier mais qui aujourd’hui n’ont plus les moyens de renouveler le matériel, un pressoir, un tracteur…

Or il existe plein de solutions à commencer par la location, le bail rural qui préserve ses capacités financières. Un domaine, c’est avant tout une entreprise, une marque, pas forcément du bâti, du foncier. Simon : le foncier vous pourrez l’acquérir au fur et à mesure, ce sera un bonus ! 

Le vin est bon quand les cuves sont vides

Car il ne faudrait pas oublier que l’objectif final c’est de vendre son vin. Simon : On avait un prof à Supagro qui nous a appris plein de choses mais je n’ai retenu qu’une phrase : le vin est bon quand les cuves sont vides. Et ça je ne l’oublierai jamais. Les gens qui veulent s’installer veulent que leur vin soit le meilleur. Mais le but, une fois qu’il est là, c’est quand même de la commercialiser. Non ?

François

Ecrit par Francois SAIAS
--------------------------------------------------------------- Scénariste, réalisateur, documentariste pendant de nombreuses années, François a gardé la curiosité de son premier métier et s'est investi depuis dans le monde du vin, ses rouages, son organisation, ses modes de fonctionnement.

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