Pinot noir : l’art du voyage

L’équipe de Génération Vignerons fut récemment interpellée par notre amie rédactrice Audrey : Qu’est-ce que vous penseriez d’une dégustation de pinot noir ? Ce choix ne fut pas lancé par hasard.

Son travail de recherche à l’Université de Strasbourg l’a conduite à échanger avec des « sommités du terroir » comme Jacky Rigaux, Jean-Michel Deiss ou Stéphane Derenoncourt. Tous à l’unisson reconnaissent au pinot noir : l’incroyable capacité à refléter le sol dans lequel il est cultivé.

Après notre lettre d’amour au gamay, écrite « à huit mains » qui nous a valu des commentaires encourageants, voilà notre fine équipe, pas au complet malheureusement, réunie dans un beau logis XVIème siècle de Rochefort sur Loire, en Anjou, rejointe par la vigneronne Laetitia Huet du château Piéguë.

Le Graal des vignerons

Tout a été dit ou presque sur ce cépage considéré comme capricieux, difficile à vinifier qui fascine tout autant les vignerons que les amateurs. Loin d’être un cépage oublié avec ses 120 000 ha plantés dans le monde, le pinot noir s’impose sur tous le continents. Ne revenons pas sur son histoire d’essence quasi-divine liée aux Ducs de Bourgogne et aux moines cisterciens. Sa capacité à exprimer si finement la nature du sol et du sous-sol a conduit les Bourguignons à vouloir la classer en une mosaïque de climats - un terroir viticole associant parcelle, cépage et savoir-faire. Un classement si pertinent qu’il a rejoint la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2015.

Le pinot noir aime les climats frais et tempérés, même froids. Sa remontée vers le Nord est déjà bien engagée, on le trouve largement en Allemagne et en Autriche. Et de l’autre côté du globe, il descend de plus en plus bas dans l’île du Sud de Nouvelle-Zélande, en Patagonie et de plus en plus haut en Amérique du Nord. Cépage à maturité précoce, il n’exige pas de grosses températures pour arriver à maturité.  On dit de lui qu’il est le cépage favori du vigneron.

Probablement parce qu’il fournit l’expression la plus fidèle du terroir mais aussi parce que sa vinification constitue une prouesse, un travail sans filet que les vignerons audacieux adorent. Les Bourguignons sont les maîtres de l’art, évidemment, mais pas qu’eux. Le prix des vignes exorbitant incite les jeunes vignerons à s’installer en lisière de l’appellation comme Matthieu et Sophie Woilliez domaine La Croix Montjoie à Vézelay qui travaille un magnifique Irancy.

Plus au sud, du côté de Riom en Auvergne les pinots noirs en IGP de Benoît Montel sont recherchés.

Last but not least le fameux Statera de Jérôme Bretaudeau (domaine de Bellevue) en terroir muscadet décrit ainsi par Idealwine : Jérôme signe un pinot noir qui, chaque année, est attendu comme le Messie. Il faut dire que ce vin ligérien n'a absolument rien à envier aux plus grands crus de la Côte de Nuits. Sa texture soyeuse, sa grande persistance et son élégance font de lui un incontournable.        

SEPT BOUTEILLES À APPRIVOISER

Par qui commence-t-on ? Le débat s’installa entre la géographie des vignobles, les continents. On s’accorda sur les millésimes, du plus jeune au plus ancien. Il faut sauter des étapes et au passage attribuer des satisfécits aux plus méritants : Les Riceys 2017 en Coteaux Champenois d’Olivier Horiot, un vigneron que d’ailleurs la célèbre sommelière Pascaline Lepeltier tenait à faire découvrir en dégustation géo-sensorielle à Strasbourg.

Saviez-vous que cette commune des Riceys, située dans la zone la plus méridionale de Champagne, à la limite de la Bourgogne, peut se vanter d’avoir les trois appellations : les rosés de Riceys, les Coteaux Champenois et le Champagne ?  Le Mosel 2017 de la Weingut Markus Molitor, avec sa pointe de sucrosité. Le Rheinhessen était bouchonné, le californien manquait de finesse et le Gevrey Chambertin 2015 du domaine Tortochot cru Les Corvées a recueilli des avis mitigés.

L’affaire allait se jouer finalement entre La Bourgogne et l’Oregon : plus précisément, entre le Monthelie 2019 du domaine Dujardin et le Pinot noir 2020 du Domaine Loubejac  Willamette Valley AVA, Oregon. On n’a pas tranché, à force de goûter et regoûter, nos facultés de discernement se sont légèrement étiolées.

Leurs points communs sont surprenants. L’une et l’autre sont des vignerons indépendants, exploitant en famille des domaines de petite taille, l’un et l’autre ne travaillent que deux cépages : le pinot noir et le chardonnay sur des sols assez similaires (argilo-calcaire de sédiments et de marnes).

Même niveau de prix : environ 25€. Avec quand même une différence notable : 12 000 km les séparent : think global, act local.

La ressemblance était très frappante à la dégustation : Jean-Luc souligne l’équilibre entre la matière riche et la finesse, des nez qui libèrent des arômes fruités-épicés, des bouches à la texture soyeuse, du corps et un final savoureux.

Laetitia qui a longtemps fait du vin au Canada, sait reconnaître les vins du Pacifique, notamment ceux de la région du lac Okanagan en Colombie Britannique. C’est un vignoble de pionniers, un peu plus au nord que la Willamette Valley au milieu d’une nature de montagnes, forêts et lacs. Message à celui qui pourrait nous trouver un pinot noir de la vallée de l’Okanagan, nous sommes preneurs.

Avant de déguster notre tant attendu Pinot Noir d’Oregon, nous visionnons une courte vidéo de la vigneronne Maria Ponzi , histoire de se plonger par les images dans les paysages : des grandes forêts, des lacs, de l’humidité… notre peau frissonne… Voilà tout est dit : « Oregon soil, Burgundy soul ». Le nez du vin est charmeur, gourmand avec une compotée de fruits des bois et une sensation de feuilles d’automne humide, comme les paysages.

LE GANG DES FRANÇAIS DE L’OREGON

On brûle d’en savoir davantage sur ces « bourgognes » du Pacifique Nord-Ouest. Le site Cubanfoodla s’est intéressé aux vignerons français de l’Oregon pour y trouver une communauté dynamique et prospère. Le pionnier fut Joseph Drouhin, acquéreur d’un domaine en 1987. Nous n’avions aucune expérience en dehors de la Bourgogne. Sa fille Véronique Boss-Drouhin s’y investit totalement en attirant de plus en plus de jeunes Français en quête d’aventures vigneronnes.

Jacques Lardière (Resonance) un ancien de la Maison Louis Jadot : on a tenté ici l’expérience des vignes non-greffées sur un vieux sol sédimentaire. Je suis émerveillé par la pureté de ce pinot. Thomas Savre (Lingua Franca) passé par le domaine de la Romanée-Conti. Et voilà Anne Sery et Laurent Montalieu du domaine Loubejac.

Elle est bourguignonne et lui du Sud-Ouest, précisément de Loubéjac dans le Tarn. Ils se sont rencontrés en œnologie à l’Université de Bordeaux et depuis 30 ans ils forment un couple professionnel successfull. Au départ, je devais cultiver et faire des vins à partir du sol sauvage du sud de la Valley.

Y a-t-il plus beau défi pour un vigneron ambitieux ? Montalieu, l’homme d’affaire a multiplié les domaines, les services, le négoce (Loubejac, Solena,Westmount, Custom Winegrowers).  On citera aussi Bruno Corneaux (domaine Divio), Isabelle Dutarte (1789Wines) – Oregon Pinot Noir with a French Accent– lève un peu le voile sur l’extraordinaire complémentarité des deux terroirs.

En Oregon, nous essayons d’atteindre la finesse et l’élégance, sachant que le fruit et le corps seront présents. En Bourgogne, la finesse fait partie du terroir, l’objectif est d’atteindre plus de rondeur et plus de concentration. »

On peut se demander comment les winemakers autochtones ont accueilli la joyeuse bande bourguignonne. Pour la plupart, ils viennent de Californie et n’ont pas attendu les Frenchies pour faire des vins renommés, à l’image du domaine Serene ou Beaux Freres Vineyards. On leur a fait découvrir le terroir et partagé nos secrets- fermentation en fût de chêne, long vieillissement sur lies, pas de collage ni filtration. L’accent français, lui, ne se partage pas !

Jean-Philippe, avec le concours d’Audrey et Jean-Luc

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

2 commentaires

  1. Tréfoux dit :

    Pourquoi ne pas parler du pino noir alsacien ?

  2. Jean-Philippe RAFFARD dit :

    On aurait pu aussi goûter les pinots noirs de Nouvelle-Zélande, d’Autriche et bien sûr les excellents pinots noirs d’Alsace. Je pense au superbe PN du domaine Trimbach. Merci pour votre contribution.

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