Vins de Vendée : on y revient !

Difficile de situer les vignobles de Vendée. Géographiquement, on est à l’Ouest, au sud de la Loire, au-dessus de la Charente maritime. Des plaines céréalières, un bocage vallonné, une côte dunaire, des belles forêts de résineux, des petites villes prospères et un bel ensoleillement. Y-aurait-il de la vigne, là-bas ? Allez, on a tous bu un verre de rosé à la terrasse d’un bistrot, sur le front de mer de Saint Jean de Monts, sur celui des Sables d’Olonne ou au bourg de Noirmoutier.

du petit vin de pays à l’appellation

Ne changeons pas nos habitudes, mais préférons-lui un rosé du Domaine de la Cambaudière (7,50€ la bouteille) produit par Michel Arnaud à Rosnay, cité au guide Hachette 2019 et Ligers d’Or 2019. Les clichés du petit vin de pays sont tenaces même s’ils s’estompent peu à peu pour laisser la place à une image plus contemporaine, fondée sur un savoir-faire vigneron ambitieux et dynamique en voie d’être reconnue.

La Vendée est devenue une terre de vignobles de qualité, titrait Ouest-France l’été dernier en interviewant le caviste-sommelier François Goreau, de la cave Vinochio à Montaigu. Le magazine anglais Punch en a fait sa couverture à l’automne ; du coup, j’ai eu envie d’en savoir plus.

Souvent, on faisait déguster les vins de Vendée à l’aveugle, pour éviter les a priori de l’étiquette, m’explique François, un trentenaire bienveillant qui a la passion de ses vins chevillée au corps. Car avant d’être caviste, une carrière de 10 ans dans la sommellerie l’a amené dans le Rhône, les Alpes, la Bretagne jusqu’à devenir chef-sommelier chez Thierry Drapeau, le restaurant étoilé du Domaine de La Chabotterie. J’ai eu l’opportunité d’acheté la cave Vinochio en 2015, mon patron d’alors voulant créer un restaurant gastronomique ici à Montaigu– c’est fait, le chef Xavier Giraudet a gagné son pari en imposant La Robe déjà étoilée Michelin, comme l’une des meilleures tables du bocage,

La région du plein emploi

Tiens, pourquoi je me mets à parler « vendéen » ? Rien à voir avec l’accent, non c’est au niveau des mots : racines, famille, loyauté, travail acharné, projet d’entreprise, efficacité et surtout art de l’exécution : le talent des grands entrepreneurs. On ne s’étendra pas sur les réussites vendéennes parties souvent de rien : Puy du Fou, Vendée Globe, les entreprises Fleury Michon, Beneteau, Sodebo, Cougnaud, etc. Eh bien, sachez que dans la rubrique Vins et Spiritueux : une grande réussite émerge (voir un peu plus loin).

Vous savez, il y a 100 ans, la Vendée était couverte de vigne en polyculture pour la consommation familiale ; chez mon grand-père on descendait à la cave avant de passer à la table. L’histoire en bref : L’époque romaine, les abbayes au Moyen-âge, le phylloxéra, rien que du classique ; une poignée de vignerons résistent et se regroupent pour obtenir la reconnaissance en 1953 sous la bannière des Anciens Fiefs du Cardinal– il s’agit bien entendu de Richelieu, l’évêque crotté de Luçon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Finalement on opte en 1965 pour l’appellation Fiefs Vendéens qui sera reconnue AOC en 2011. L’AOC Fiefs Vendéens est morcelée sur 5 terroirs, Brem, Chantonnay, Mareuil, Pissotte et Vix. Combien pèse-t-il, ce vignoble vendéen ? Une vingtaine d’exploitants, moins de 500 hectares plantés en AOC/IGP – dont la moitié ou presque en bio, biodynamie ou HVE- 3 millions de bouteilles. En gros, c’est un centième du vignoble du Val de Loire, autant dire un confetti qui plus est, découpé en petits bouts ; pensez-donc, sur les terroirs de Chantonnay, Vix ou Pissotte, ils ne sont qu’un ou deux à représenter l’appellation.

Mais quelle logique pour l’appellation ?

Pourquoi ce découpage ? La logique est géologique : schistes et rhyolite à Mareuil, schistes argileux à Brem, faille carbonifère à Chantonnay, îlot calcaire à Vix, schistes à Pissotte.

L’AOC n’est pas restrictive au niveau des cépages : gamay, cabernet, pinot noir, le cépage local négrette, grolleau gris, chenin, chardonnay, sauvignon. Les assemblages doivent respecter des proportions figées, ce qui n’est pas du goût des vignerons ; les voilà obligés à passer en Vin de France leurs cuvées les plus ambitieuses. L’appellation a failli exploser, du coup son cahier des charges vient d’être modifié par les autorités dans le sens d’une plus grande souplesse. Cette situation confirme que les vignerons ont souvent plus intérêt à jouer perso plutôt que collectif dans les petites AOC récentes.

Enfin, les trois couleurs sont présentes avec une dominante pour le rosé puis le rouge.

François me montre des bouteilles, en ouvre certaines. La cuvée silex, un assemblage chenin chardonnay des frères Orion, Domaine de la Barbinière à Chantonnay. Un peu gras, ouvert, expressif, un vin pour éveiller les papilles, à 7 € la bouteille, pourquoi s’en priver !

Des Fiefs vendéens au Soleil Levant

Les Fiefs Vendéens Brem ont peut-être sa préférence, avec en porte-drapeau Thierry Michon, du Domaine Saint-Nicolas, aidé aujourd’hui par ses fils Antoine et Mickaël.

Un vigneron hors-pair qui travaille ses 30 hectares en biodynamie ; un passionné du Japon dont la fierté est de voir ses vins sur les plus belles tables de Tokyo ou d’Osaka.

Son voisin Éric Sage, successeur de Denis Roux, produit sur des terroirs de schiste, granit et quartz des chenins et des pinots noirs de grande élégance. Sans oublier la jeunesse ! Le vigneron océanique Bastien Mousset vient de monter son domaine l’Orée du Sabia et vous invite à déguster sa première cuvée le 1er avril.

A Vix, les 46 hectares de vignes HVE de Frantz Mercier plantés en 26 cépages offrent des assemblages incroyablement créatifs, réalisés dans le plus beau chai de Vendée. Les vins de l’œnologue Christian Chabirand, du Prieuré de La Chaume – hors appellation – un domaine de 14 ha en agriculture biologique créé il y a 20 ans s’affirme dans l’élégance et la finesse : sa cuvée Bellae Domini– Belle du Seigneur- pur merlot, est souvent confondue avec un Pomerol en dégustation à l’aveugle.

La Loire méridionale

Rien n’aurait pu se faire dans le vignoble vendéen sans l’énergie créatrice de Jérémie Mourat, des Vignobles Mourat à Mareuil, un entrepreneur, un meneur d’homme hors-pair issu d’une lignée de vignerons et négociants qui n’oublie pas d’être facétieux avec sa cuvée Chenin de Jardin- si, si c’est de l’humour vendéen ! Ses acquisitions et ses rénovations s’affichent comme des victoires napoléoniennes : 150 hectares cultivés en bio, le château Marie du Fou, le clos Saint-André, les Terres Quarts, le Moulin Blanc, la distillerie Vrignaud et son fameux Kamok, les chenins d’Afrique du Sud, etc. Celui qui étiquette ses bouteille Loire méridionale, deviendra-t-il le « vigneron de l’année » pour les 10 ans de l’appellation ? Si tant est que le jury sache où est la Vendée !

Jean-Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

Commentaires:

  1. JulienVin dit :

    La Vendée, une petite appelation pour de grands vins, à découvrir rapidement !
    JulienVin
    http://www.julienvin.fr

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