Un art de vivre en Pessac Leognan

La sortie ouest de Bordeaux est une vaste zone commerciale décrépie issue des années 80 triomphantes. Vous oubliez vite Bègles pour arriver à Léognan, une banlieue triste et anonyme ; même le GPS fait des ratés.

Soudainement tout bascule, vous débouchez sur l’allée arborée John Lewis Brown qui conduit au domaine où neuf siècles d’Histoire vous contemplent.

Bienvenue à Château Brown !

30 hectares de vigne se déploient là, sous vos yeux,

taillées au cordeau comme un jardin à la Française. Tout est spacieux et étendu. Vos pas crissent un peu sur l’allée finement gravillonnée, vous passez l’entrepôt de conditionnement puis le chai pour arriver aux bureaux.

M. PatrouilleauM. Patrouilleau, le maître de chai, chef des cultures me hèle par la fenêtre ouverte. L’échange débute sur l’émission polémique Vino Business qui venait d’être diffusée sur France 3. Les Bordelais avaient été étrillés pour leur consommation excessive de produits phytosanitaires. «Tout ce qui est excessif est insignifiant. Bien sûr, nous sommes attentifs à notre santé, à celle de nos employés. A Brown, les doses ont été considérablement réduites en 20 ans. Il reste que Bordeaux est soumis aux caprices d’un climat océanique. Il ne nous est pas possible de renoncer à tout traitement, comme certaines certifications nous y obligeraient. » souligne M. Patrouilleau. Il soulève un problème préoccupant, celui de l’esca, une sorte de nécrose du bois provoqué par un champignon qui aboutit à la mort du pied. Le seul traitement efficace était à base d’arsenic, mais il est interdit depuis 2001. Aujourd’hui, c’est 20 à 30% des pieds de vigne dans la force de l’âge qui sont touchés. Les vignerons du Centre Loire m’ont parlé aussi de ce fléau.

On me propose de passer à la dégustation.

Anne CécileConduit par Anne-Cécile la jeune diplômée d’IPC, je pénètre dans le salon de dégustation qui fleure bon le confort bourgeois. C’est l’AOC Pessac Léognan Blanc qui m’intéresse, car je souhaitais apprécier l’apport du cépage Sémillon au sauvignon. « Le gras, monsieur, le gras de ses arômes uniques de fruits confits ! » Moi qui gardais en bouche le fruité minéral des Sauvignons de Sancerre, j’ai découvert quelque chose de plus arrondi, de plus onctueux.

« Connaissez-vous le Château Brown Rosé ? » Un rosé de pressée élaboré très récemment à partir des cépages des rouges – Cabernet Sauvignon et Merlot -dont la macération n’excède pas 2 heures. Un rosé haute couture, me dit-on. Belle robe saumonée, il est plutôt gourmand, fruité avec une allonge veloutée. Et puis ce gras voluptueux qui le différencie des Rosés de Provence. Ça y est ! Je commence à capter la typicité des Graves.

Evidemment, j’aurais souhaité rencontrer Jean-Christophe Mau, le jeune propriétaire du Domaine, issu de la famille de négoce Yvon Mau. Nous aurions parlé du rôle du négoce et des achats en primeur qui dégagent les propriétaires des préoccupations commerciales. Certains diront que c’est une machine à fabriquer de la spéculation, mais qui s’en plaindrait dans notre environnement économique dépressif.

Brown1

 

Je quitte Château Brown avec quelques bouteilles et un peu de nostalgie. Le charme bordelais m’a touché. Cette séduction ambiguë faite d’élégance, d’harmonie, de maîtrise, mais aussi d’esbrouffe et de scandales.

 

 

Jean-Philippe

Château Brown

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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