Interloire à la manoeuvre

Coup de chapeau à Jean-Martin Dutour, président d’InterLoire, qui vient de réussir un doublé magistral en termes de communication.

La réussite exemplaire des Assises Interrégionales de l’œnotourisme en Val de Loire, qui se sont déroulées au Centre des Congrès Vinci de Tours, ce lundi 25 novembre, sous l’égide du Conseil supérieur de l’Oenotourisme et d’Atout France.

Et le lendemain, la publication d’un cahier de 8 pages dans Le Figaro intitulé : VIN REDECOUVRIR LA LOIRE

Les adhérents de l’interprofession viticole seront rassurés sur l’utilisation de leurs cotisations. Et s’il y a bien un domaine où l’unanimité fait loi, c’est celui de l’oenotourisme en Val de Loire.

Qui contesterait le renforcement des liens entre vignoble et patrimoine culturel ? Qui remettrait en question le rôle de la formation, de l’expérience client, de l’ouverture à l’international ?

montée en puissance

La méthode proposée aux Assises Nationales il y a un an – voir Oenotourisme Acte II – par le président Hervé Novelli, est réglée comme du papier à musique : Le vin est un liant qui permet de décrypter l’identité d’un territoire.

  • structuration de la filière française par le label « Vignobles & Découvertes » réunissant aujourd’hui 70 associations couvrant tous les territoires viticoles de France et qui fédère 5.000 professionnels ;
  • mise en œuvre des 20 propositions, dont 60% sont réalisées à ce jour ;
  • levée administrative d’un blocage majeur, celui des vendanges touristiques

où se place le curseur ?

Une question se pose : l’œnotourisme serait-il davantage une affaire de tourisme qu’une affaire de vin, ou l’inverse ?

Qu’on nous permette ici de donner un point de vue : l’exploitant viticole, celui qui produit le vin semble être la variable d’ajustement de l’œnotourisme.

On lui dit que c’est un outil de diversification, certes.

Les prestataires de services, agences et tours opérateurs font miroiter la manne financière derrière le développement de ce tourisme vigneron (1,9 M visiteurs en Val de Loire en 2018) ; c’est tout simple :  just call us, comme dit le représentant de The Winerist, le leader en Europe.

mais on roule pour qui au juste ?

Cela arrangerait bien les instances professionnelles et politiques de pouvoir compter sur des dizaines d’exploitations au personnel bien formé, aux caveaux adaptés à la réception d’un public sans cesse plus nombreux et aux vignerons toujours disponibles pour raconter comment on fait le vin.

gardons les pieds sur terre !

N’est-ce pas irréaliste quand on sait que les vignerons bataillent aujourd’hui sur les marchés internationaux, font face aux défis énormes de la conversion agroécologique, aux investissements en technologie, aux conséquences des catastrophes climatiques (gel, grêle) des dernières années et leur corollaire les primes d’assurance qui grimpent, avec des productions souvent réduites de 50%.

Quel industriel parviendrait à se remettre d’une telle chute de production ? Qu’importent les difficultés, leur fierté est de produire des vins toujours plus qualitatifs, toujours mieux notés dans les guides et par les critiques, encore plus présents sur les tables étoilées.

Les « locomotives » citées dans le dossier du Figaro tirent le Val de Loire vers le haut, à un moment clé où certains vignobles prestigieux connaissent des ratés.

les chauve-souris à la rescousse de l’oenotourisme !

Les idées fusèrent lors des tables rondes : expériences sensorielles, slow tourisme, soirées agroforesterie, découverte des chauve-souris – on pourrait peut-être les laisser tranquilles ! Les milleniums sont friands de ressourcement. Une question dérange : faut-il ouvrir la cave le dimanche ? Jean-Max Manceau, du domaine de Noiré, cave touristique d’Excellence à Chinon est dubitatif. Le métier du vigneron est de produire du vin, faut-il lui demander d’être corvéable à merci ?

a ne pas tout confondre

Rémi Deleplancque de la Mission Val de Loire, précise que c’est le paysage culturel, façonné par des siècles d’interaction entre le fleuve, les terres qu’il irrigue et ses populations qui est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis novembre 2000.

Il rappelle l’interdiction d’apposer le logo prestigieux à des activités commerciales : nous sommes sans cesse sollicités ! et souligne un point de vigilance concernant le patrimoine vernaculaire (loges de vignes, cabanes de vigneron, statuaire, murets) souvent laissé à l’abandon.

En voilà justement un exemple, cette exquise loge de vigne du château de Suronde que le randonneur découvre à flanc de coteau, là où pousse le chenin dont les grains botrytisés feront le Quarts-de-Chaume Grand Cru.

Oenotouristes, retroussez vos manches, il y a du pain sur la planche !

Jean-Philippe

 

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.
Catégories : France , le métier , oenotourisme

Commentaires:

  1. bonnaud dit :

    Je partage une bonne partie de ton analyse, Jean-Philippe. En précisant que le débat n’est ainsi que pour partie ouvert. Encore faut-il, pour faire de l’œnotourisme, être formé et structuré pour cela. Ce qui sous-entend quelques investissements. J’ajoute également que l’œnotourisme d’une région ne sera pas forcément celui de l’autre… Et ce ne sont là que quelques exemples.

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