Montreuil-Bellay, le camp de base

Pour qui veut « oenotourister », en Anjou, Montreuil-Bellay est une option originale qui change des destinations à forte fréquentation comme Angers ou Saumur.

Cité fortifiée de l’époque Plantagenêt, Montreuil-Bellay est construite autour de son château géant, magnifique, féodal pour les batailles, renaissance pour la chevalerie et l’amour courtois de la cour angevine.

Vertige-vestige de l’Histoire, la promenade autour du logis évoque les pas de Foulque de Nerra, Guillaume Plantagenêt, Philippe Auguste ou Jacques II d’Harcourt. Le Thouet, jolie rivière parfois intempestive, s’écoule au pied en bassins, bras morts et écluses qui délimitent un chapelet d’îlots ombragées. L’Auberge des Iles fait le lien entre le végétal, l’aquatique et les contreforts du château.

une équipe de choc

QG des opérations oenotouristiques et des courses aux domaines, la table gastronomique est pilotée par trois vignerons Adrien et Guillaume Pire, (château des Fosses-Sèches), Ayméric Hillaire (Domaine Mélaric) et deux restaurateurs David et Romain : personne n’a dépassé la quarantaine.

Ils croulent sous les lauriers, les récompenses et les réservations mais cela ne les empêche pas d’être sympas et raisonnables dans leur tarif.

Vous connaissez Corentin ? Il était là hier soir, ils font du bon boulot à l’Enchantoir, me glisse Aymeric sous les frondaisons des tilleuls. 

Vite je décode, plongé dans mon mobile et me voilà à Chavannes, le bourg vigneron de Puy-Notre-Dame à quelques kilomètres au nord. 

Paysage viticole comme on les aime, croupes alanguies, petits reliefs qui portent les vignes sur les versants est et sud. Toujours ce calcaire, parfois affleurant, qui recèle quantités de fossiles marins, attestant que la mer était bien là, il y a quelques millions d’années.

Le soleil tape mais la vigne s’en fout

Le calcaire retient l’eau et garde la fraîcheur. Fabienne et Jean-Michel Brunet et leur fille Amandine, un couple parisien ont racheté en 2016, le domaine viticole biologique – 15 ha de vignes- de l’Enchantoir ; leur histoire est racontée par notre confrère bloggeur Avenue des Vins.

Mais où est Corentin ?

Dans la cour écrasée de soleil, je le vois arriver avec son chien ; on s’installe au frais dans le salon-dégustation, meublé à l’ancienne. Le charme est là, l’œil vif sous la mèche blonde, Corentin Dalibert, 22 ans est le chef d’exploitation. BTS au CFAA Edgar Pisani de Montreuil-Bellay, un stage au domaine avec les anciens propriétaires, deux ans en exploitation viticole au Chili et le voilà engagé en 2016 par M. Brunet.

Début de carrière turbo, dira-t-on, mais on comprend pourquoi : Corentin, c’est Bonaparte, général de brigade à 22 ans : la valeur n’attend pas…. Sa maturité, ses connaissances techniques et environnementales sont époustouflantes.

Génération Vignerons ne dira jamais assez combien il est enrichissant pour les jeunes diplômés en oeno-viti de partir faire « l’année des deux vendanges » en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, en Australie ou Nouvelle-Zélande.

même pas peur

En 2016 on a fait notre première vendange bio, ont suivi trois années d’investissement pour remettre d’aplomb le végétal et l’outil technique. Il faut l’écouter parler de son PetNat chardonnay-chenin- 3000 bouteilles/an- exercice périlleux, quand la fermentation redémarre, on ne sait pas trop où ça va. J’aurais dû lui demander s’il pratiquait un sport à haute dose d’adrénaline comme le deltaplane.

On a tenté la bulle en rosé avec le cabernet franc, un peu trop végétal, du coup on a arrêté. Chef d’exploitation ? Il faut être polyvalent à la vigne comme au chai, s’occuper des fournisseurs et des questions administratives, heureusement je suis aidé par un second et il y a l’œnologue-conseil.

Le commercial est assuré par M. Brunier et Amandine. La moitié des 70 000 bouteilles part aux USA, via un importateur fidèle qui traitait déjà avec l’ancien propriétaire. L’AOC Saumur Puy Notre Dame est un marché de niche, l’importateur est content.

Vous voulez en savoir plus sur l'AOC Saumur Puy-Notre-Dame ?
L’AOC Saumur Puy-Notre-Dame est une appellation récente obtenue en 2009 qui distingue la longue tradition vigneronne de la commune de Puy-Notre-Dame.

La spécificité du terroir, en légère altitude (50 à 115m) sur des sous-sols turoniens (craie-tuffeau) et calcaire jurassique, convient parfaitement au cabernet franc vinifié en rouge.

L’appellation s’étend sur 17 communes et compte aujourd’hui 30 exploitants (production annuelle 300 000 bouteilles).

Le cahier des charges impose un minimum de 85% de cabernet franc, il est plus strict que celui de l’AOC Saumur rouge avec notamment des rendements inférieurs de 20%.

On parle, on déguste, il m’explique : Le Pied à l'étrier 2017, AOC Saumur Puy-Notre-Dame (13,80€). On vendange un œil sur l’acidité totale, limite de la rupture ; ça donne l’impression d’une masse délicate en bouche, avec ces tannins très fins, juste épicés.

Le refuge de Chavannes 2016, 100% chenin, 2 ans d’élevage- barrique en cave tuffeau : finesse saline, un peu de gras en tension. Un vin de gastronomie, accord au top avec les Saint-Jacques (22€).

Juste un dernier, L'Ilôt des Biches, une petite parcelle de cabernet franc sur un terroir jurassique, silex et oxyde de fer ; macération courte, grappes étroites : on sort un beau fruit ! le 2018 est dégusté à la cuve : Oh là là ! Des arômes de cassis-violette, des notes fumées. Superbe (11,10€ le 2017).

Il faut repartir. Juste un dernier mot sur Corentin, avec ses potes jeunes vignerons, ils ont créé la page FB Saumur So Bio .

Conseil d’oenotouriste, c’est là qu’il faut piocher pour la prochaine sortie !

Jean Philippe

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