L’Alicante Bouschet, vous connaissez ?

Nous sommes au sud du Portugal à Lagos et le dérèglement climatique ne nous oublie pas. La ville, pourtant au sud, est sous la pluie depuis des heures, des trombes qui la laissent sans répit. Nous sommes en février 2016.

Notre refuge est un bar à vins inattendu «Taninos Wine and Kitchen».

Rare. Comme on les aime, avec une cuisine simple mais pertinente.

Des saveurs qui touchent. Un serveur-sommelier connait sa cave.

Et, comble de chance, qui aime les vins qu’il sert à sa clientèle.

De quoi oublier le ruissellement incessant sur les pavés dehors.

Notre surprise vient d’une bouteille dont le cépage nous est totalement inconnu.

Et il n’est pas d’origine Portugaise???

Je bénis cet homme d’avoir été l’initiateur à l’origine de ma découverte.

Le BOUSCHET ???

L’alicante Bouschet, c’est la variété obtenue en France par le Montpelliérain Jean-Joseph-Marie-Saturnin-Henri Bouschet de Bernard en 1855 par le croisement du grenache noir et du petit bouschet.

Diffusée en France mais aussi en Espagne (garnacha tintorera) on la retrouve en Toscane, Sardaigne et Sicile, et surtout fréquemment au Portugal. Elle possède presque 60 synonymes dont le Rivesaltes, Aragones, Garnacha Tintorera ou Tinto Nero.

C’est un cépage métis, issu d’un croisement intraspécifique qui est teinturier. Son créateur était fils de viticulteur et lui-même viticulteur.

Henri Bouschet œuvrait dans un but précis : que la chair noire et la peau noire de son invention permette d’augmenter l’intensité la couleur des jus des vins fluets, autrefois vins de table.

 

Cépage qualitatif : CQFD !

Une de ses principales qualités est de s’être très bien adapté aux terrains drainants et argilo-calcaires pauvres et par-dessus tout aux climats chauds comme ceux du Portugal ou du Languedoc.

Parmi ses caractéristiques organoleptiques, il offre des arômes de prune noire, de kirsch, de fruits très mûrs – un peu compotés (de cassis, myrtille, mûre) mêlés de notes balsamiques ou de résine. On y retrouve la truffe, graphite ou goudron, et parfois quelques notes d’eucalyptus ou de chocolat. Cueilli à belle maturité sa finale se révèle soyeuse, intense. Il est vrai, quelquefois assez riche en alcool.

Star de l’Alentejo

C’est LE cépage qu’on retrouve dans beaucoup des assemblages de la région de l’Alentejo au centre-Est. L’alicante bouschet offre une fraicheur avec une belle acidité, toujours présente malgré parfois ses 14-15 % d’alcool. Il entre en accord parfait avec des cépages autochtones comme le touriga nacional, l’aragonez, et le  trincadeira.

Notre dégustation au Taninos s’est rapidement transformé en cours d’œnologie. Avec Zach nous survolions les terroirs portugais de cuvée en cuvée. Dão, Douro, Lisboa, et l’Alentejo! D’où le domaine Rocim attira mon attention avec un vin rouge sombre, équilibré, long en bouche et bien plus digeste que ses congénères !

Quel est cet Herdade ?

Herdade do Rocim est un excellent domaine portugais pour s’initier au bouschet ou voyager dans l’excellence selon la gamme de vins choisies.

Avec Catarina Vieira aux commandes de cet immense navire vigneron (vente de matériel agricole, vente d’automobiles de luxe, communication, presse, oenotourisme et production de vins -Alentejo et Lisbonne-bière, huile d’olive…), de la culture de ses vignes à l’art des élevages singuliers rien ne lui échappe. Amphores en béton, terre cuite, gros contenants, bois neuf, fouloirs en marbre, vendanges manuelles, égrappage, strict contrôle des raisins… Pas de hasard pour viser l’excellence.

Il y a d’abord le petit oiseau de l’étiquette, issu des 20 hectares sablonneux plantés entre 2001 et 2004 dont une large partie en alicante bouschet sur un plateau de schiste.

Vin rond, expressif et démonstration réussie du savoir-faire de l’œnologue.

La Grande cuvée

Ensuite, c’est, exposé à l’ouest plus frais, que la cuvée Grande Rocim tire sa quintessence. Élevé pour une longue garde 24 mois en fût français de 500 litres. C’est un vin racé, déconcertant, très concentré en arômes. Un emballement de saveurs amples et franches qui jamais ne lassent ni ne laissent indifférent.

Sous les pieds des fouleurs qui écrasent les raisins dans les vastes bassins de marbre, il se révèle l’encre et la lumière.

Des jus forcément iconoclastes pour les amateurs, sournois pour les aguerris et largement addictifs pour les dégustateurs passionnés.

Made in France aussi…

… En Languedoc, il n’est pas rare de le retrouver. Mais il n’est pas encore autant valorisé par nos vigneron que chez les Portugais. Est-ce par difficulté passagère d’oser le vendre en monocépage « haut de gamme » ?

Le Domaine Ravanes propose une cuvée bio IGP Pays d’Hérault – Coteaux de Murviel 2017 qui se nomme simplement L’Alicante.

Le terroir au nord de Bézier semble convenir à la parcelle de vigne hybride planté par le père de Marc Bénin au retour de l’Algérie il y a presque 50 ans.

C’est un vin de plaisir, mais… nous croyons sincèrement au potentiel de garde et la complexité de cette vigne. Avec ses Ph super bas, il rappelle le nord viticole.

 

Au Domaine Zelige-Caravent, depuis 2006 la cuvée Nuit d’Encre vise un peu plus haut en terme d’image et de prix, mais il s’agit d’un petit hectare de viticulture en biodynamie.

Luc Michel explique les raisons de son profond respect pour le cépage Au départ avec mon épouse on s’est dit Oh là là! Qu’est-ce que c’est que ce truc, c’est vraiment singulier, vraiment incroyable !  C’est seulement sur les salons pros, qu’un collègue ou un sommelier viennent nous dire : tiens j’en ai gouté à tel domaine. C’est très informel.

Bientôt un bouschet « grand cru  » ?

Il est tentant de croire que c’est l’homme qui écrit l’histoire alors que c’est le contraire.

Or ce qui se trame sur les douces collines de l’Alentejo ressemble quand même à la narration d’une naissance magnifique.

Julio Bastos avait cédé à la pression – d’un grand groupe dont nous tairons le nom, et arraché des vignes de bouschet centenaires.

Grand bien lui fit de se battre pour reprendre une vigne quasi identique et relancer sa production.

Son haut de gamme en mono cépage, la cuvée Julio B. Bastos, se présente au public comme le joyau de toutes les gammes du domaine.

Positionnement inhabituel pour nos amateurs de l’hexagone.

Mais amplement justifié dès le verre porté auprès du nez, confirmé à la première lampée.

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Les cuvées à retenir

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L’Avenir de la syrah compromis ?

L’INRA en conserve des pieds au Domaine de Vassal, on pourrait donc parier qu’un alicante bouschet sera sur la liste des cépages à la mode dans quelques années, par l’impérieuse nécessité de résister au réchauffement des températures dans nos vignobles du sud. Ainsi, au Domaine Zelige Caravent Il a sérieusement sa place chez nous, car il monte rarement au-dessus de 13% à Corconne, même quand on l’attend jusqu’à mi-septembre.

En revanche, je ne donne pas cher de la syrah… A 14% d’alcool et 4 de Ph les grands amateurs nous disent : moi, ça ne m’intéresse pas !

Jean-Luc

Image à la Une  : ©vinodiversity.com

Ecrit par Jean-Luc POIGNARD
------------------------------------------------------------------- Prenez un descendant de vigneron en AOC Orléans, arrosez d’un bon zeste de passion œnophile, un fond de langue et littérature Anglaise, ajoutez un WSET 3 et de nombreuses visites chez les vignerons. Mixez l’ensemble. Laissez reposer, lisez et dégustez un verre à la main.

Commentaires:

  1. Michel Adgé dit :

    Très instructif, merci.

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