L’Alentejo : le Portugal des grands espaces

Il se pourrait que votre périple en Alentejo débute sur la célèbre Praça do Comercio de Lisbonne.

En poussant la porte de la boutique de Wines of Portugal, plate-forme de promotion de ces vins authentiques au solide caractère portugais qui commencent à faire de l’ombre à leurs grands voisins français, italiens et espagnols.

L’équipe multilingue vous fera déguster et vous parlera tant et si bien des vins de l’Alentejo que vous n’aurez qu’une hâte, c’est de vous y rendre ! La plus grande région du Portugal s’étend « sous le Tage » ce fleuve qui prend sa source en Espagne, traverse le Portugal pour rejoindre majestueusement l’océan à Lisbonne. Au Sud, l’Algarve touristique lui  fait barrage.

Loin des cités trépidantes, l’Alentejo est un pays de grandes étendues agraires, de bois et de lacs, de collines parsemées de chênes lièges, de vignes, d’amandiers et d’oliviers. Les domaines agricoles s’étirent parfois sur des milliers d’hectares avec ici et là, un hameau, un village blotti autour de son église aux maisons blanchies à la chaux qui vous rappelle la présence humaine.

Evora

Que l’on arrive de Lisbonne, du Nord ou de l’Algarve, Evora est toujours la porte d’entrée de l’Alentejo. Cette ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO vous enchantera. Ses ruelles étroites et sinueuses mènent à de remarquables œuvres architecturales : temple romain, cathédrale médiévale, places, cloîtres et cette fascinante Capela dos Ossos, ornée de cette inscription qui parle au plus profond de nous-mêmes :

Nós ossos que aqui estamos pelos vossos esperamos
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Dîner à l’Enoteca Restaurante Cartuxa sera une excellente introduction à la découverte de l’Alicante Bouschet, le cépage favori de notre ami Jean-Luc.

Esporao

En allant vers l’Est, près de Reguengos de Monsaraz, le paysage s’ouvre sur de vastes espaces vallonnés riches de lacs et rivières. L’olivier, souvent en culture intensive, y est très présent, comme l’amandier, le chêne-liège, l’eucalyptus et la vigne, bien sûr. Notamment celle de l’Herdade do Esporao, – un immense domaine vieux de 700 ans, anciennement consacré à la polyculture qui s’étend sur près de 2000 hectares.

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La vigne est très récente ici, la première récolte remontant à 1985, nous explique Paolo, notre guide-œnologue. L’équipe du winemaker australien David Baverstock est sans conteste la vedette de ce domaine-phare – le premier en Alentejo avec ses 15 millions de bouteilles produites par an, sans oublier le million de litres d’huile d’olive. Fermez les yeux un instant et vous êtes à Marlborough en Nouvelle-Zélande.

Ici, tout est géant : les 200 collaborateurs, les 40 cépages cultivés, les 700 fût neufs de chêne français, les 19 vins de la gamme, les bâtiments d’accueil, la dégustation, les installations techniques. Nous sommes très impliqués dans le développement durable avec beaucoup initiatives en faveur de la biodiversité et 450 ha de vignes certifiés en agriculture biologique. Là aussi Esperao montre la voie en Alentejo où le bio a pris du retard. La dégustation vous fera découvrir leur best-seller Monte Velho, un excellent vin rouge d’assemblage (aragonêz, trincadeira, touriga nacional, syrah) fruité et aromatique vendu autour de 6-7€ sur le marché français.

Une petite marche revigorante s’impose dans les ruelles pentues de Monsaraz, un village médiéval fortifié construit au sommet d’une colline surplombant la rivière Guadiana qui forme la frontière entre le Portugal et l’Espagne. Le panorama est époustouflant.

Dona Maria

Estremoz, un gros bourg historique connu pour ses marbres et le travail de ses potiers, mérite une halte-déjeuner, surtout si vous venez de quitter Dona Maria, le regard encore ébloui par autant de grâce et l’esprit embrumé par la dégustation.

Fermez les yeux, vous entrez dans la cour d’un Grand cru classé du Médoc. La perspective et le style classique des bâtiments l’attestent, seule la chapelle baroque peut surprendre. Deux mots sur son histoire à la Française : au 18ème siècle, le roi Joào V offre ce nid d’amour à sa maîtresse Dona Maria, mais on ne badine avec les mœurs au Portugal ! Les choses se passent mal, le château est alors repris par la famille anglaise Reynolds, très puritaine, qui y fit construire une chapelle expiatoire. C’est Jùlio Bastos, le gendre des Reynolds, l’une des grandes figures de la viticulture portugaise qui dirige aujourd’hui le domaine avec son œnologue Sandra Gonçalves.

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Quelle chance ! Françoise, la responsable export est française. Jùlio est très exigeant, ce qui l’intéresse, c’est de vendre son vin aux vrais amateurs. Tenez, par exemple, il a fait planter du viognier ici, c’était son choix. Excellent choix, ce viognier Dos Amantis 2017, débarrassé de toute lourdeur, à la puissance aromatique tendue par la fraîcheur. Le summum est atteint avec l’Alicante Bouschet VV «Jùlio Bastos», 28 mois d’élevage, régulièrement primé à l’international (70€). Ce domaine de taille réduite (70 ha, 450 000 bouteilles/an) est réactif aux changements avec un engagement fort pour l’agroécologie et le renoncement à l’irrigation de la vigne. Vous quitterez Françoise et le château avec regret.

Portalegre

Quel dommage ! Nous n’avons pas vu visiter le Alto Alentejo, faute de temps,  et sa capitale Portalegre nichée sur les contreforts du Parque Natural da Serra de Sào Mamede.

On nous parlé de vignes d’altitude et de vins délicieux. Si vous y allez, nous serions heureux de connaître vos impressions.

Herdade do Sobroso

Quand s’est posée la question du gîte et du couvert à Vidigueira  VisitAlentejo nous suggéra l’Herdade do Sobroso un domaine viticole qui propose un hébergement haut-de-gamme en pleine nature. Allez, on réserve !

La vingtaine de studios cabines au style agri-design raffiné offre tout le confort et la quiétude requise pour passer une excellente nuit récupératrice (120€ tarif COVID). Le bâtiment central a un petit air de fazenda brésilienne, toujours dans ce style design rustique. Le dîner composé d’une soupe de légumes et d’un verre de vin du domaine fut largement suffisant après les excès du jour.

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La ballade du matin en 4×4 Toyota piloté par Filipe Teixeira Pinto, œnologue et propriétaire des lieux fut un moment…décoiffant ! Le domaine s’étend sur 1600 ha de collines sèches et escarpées à la couverture clairsemée de chêne-liège, pins parasols, oliviers et vignes en contrebas. Le canard emblématique et le cochon pata negra sont familiers des lieux, comme les grands animaux parqués en réserve.

Une nature brute qui ravira l’amateur de tourisme rural et l’aventurier sportif. Felipe et son épouse Sophia ont de grands projets pour développer l’offre œnotourisme de leur Wine Luxury Hotel sans compromis sur la qualité de leurs vins. Un sacré challenge !

Herdade do Rocim

Les bâtiments en béton et pierres noires de l’Herdade do Rocim à Cuba irradient une beauté austère. Ici on ne cherche pas la séduction mais la concentration des forces terrestres, matérielles, artistiques et spirituelles qui donneront naissance aux vins rêvés de Catarina Vieira et Pedro Ribeiro.

Le couple vigneron est aux commandes du domaine depuis une dizaine d’années après avoir pris la suite du père de Catarina, décédé. Ils se sont rencontrés à l’Université UTAD de Vila Real, en viticulture-œnologie, le cursus de référence au Portugal. Ils ont fait le choix d’un projet de vie qui puise son inspiration dans les mots de l’immense poète portugais Fernando Pessoa cité à la fois sur les murs : Boa e vida, mas melhor é o vinho. Et sur l’internet : God wishes, Man dreams, the Work is born.

Catarina nous a honoré de sa présence pour une dégustation extrêmement instructive. Les Vinhos de Talha, ces vins d’amphore dont Rocim est l’un des producteurs majeurs furent présentés, décrits et dégustés. Nous les partagerons avec vous dans un prochain article.

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La Herdade Rocim est un très grand domaine, moins par la taille (70 ha de vignes) que par sa notoriété. Son vin Grande Rocim Reserva 2018 a été récemment élu « meilleur vin du marché » ici au Portugal, allongeant la liste déjà nombreuse des médailles et distinctions. Cette exigence, ce professionnalisme,  vous le voyez partout : connaissance des terroirs, pratiques culturales durables. Des installations techniques aux fûts de chêne premiums, du caveau de vente à la mise en valeur des bouteilles. Vous serez fier de rapporter une bouteille de Rocim : un jour prochain, peut-être vaudra-t-elle très chère ?

Fuerza Portugés

Retour en Algarve par le Parque Natural do Vale do Guadiana, une route sinueuse éclaircie de vues brèves et splendides sur le fleuve-frontière avec l’Espagne. Jean-Luc et moi on ne peut s’empêcher de refaire le film de ces derniers jours et de se demander pourquoi le Portugal -et surtout le Portugal des vignobles- fascine autant.

A relire les articles d’Audrey : Vinho Verde, quand les artistes reprennent la main et Le Porto : un vin aux deux maisons,  elle ressent comme nous une grande attirance pour ces vignerons – vigneronnes – portugais si attachants, tellement investis dans leur projet de vie. Comment ce petit pays de 11 millions d’habitants, maître des océans au XVIème siècle, puis retombé dans l’oubli et dans l’archaïsme, a-t-il réussi à faire un come-back remarqué dans la mondialisation ? Le « miracle économique portugais » est souvent cité en exemple. Peut-être un assemblage réussi de vertus locales (travail, unité nationale, fierté, ressources naturelles) et de la manne  internationale (fonds européens, fiscalité douce, technologies).

guide de voyage

Vous n’écartez pas l’idée de faire une virée oenotouristique dans l’Alentejo et vous avez bien raison car vous allez vivre une expérience esthétique, émotionnelle et gustative hors du commun. Surtout vous aurez le sentiment d’être un peu pionnier, car la destination reste peu connue, hors des sentiers battus, loin des formatages commerciaux que l’on trouve dans les destinations européennes les plus courues.  Voici quelques conseils :

Qu’est-ce qu’il y a à voir ? L’amateur de paysages viticoles soignés avec murets de pierre amoureusement entretenus sera déçu. Les vignes occupent de petits espaces au milieu de vastes étendues de chênes lièges, broussailles et oliviers. C’est la luminosité du ciel, le relief et l’immensité des paysages qui en font la beauté.

Quand partir ? Printemps ou automne pour le climat, la période des vendanges mobilisera beaucoup vos interlocuteurs qui seront de fait moins disponibles pour vous.

Combien de temps ? Tout dépendra de vos disponibilités et de votre budget, mais une fois sur place 3-4 journées-découvertes vous permettront d’amasser une belle brassée de souvenirs inoubliables. On peut alterner l’hébergement dans les domaines (prestations B&B et haut de gamme ) avec le petit hôtel plein de charme de centre-ville.

Quel moyen de transport ? La voiture particulière est indispensable. Pour explorer les principaux territoires viticoles (Evora, Reguengos de Monsaraz, Portalegre, Beja, Vidigueira, Redondo, Borba, Moura) vous ferez surement plus de 500 km. Les routes et autoroutes sont de bonne qualité et les domaines bien référencés sur les GPS.

Y-a-t-il une alternative à la voiture particulière ? Les offres des agences réceptives sont très limitées et toutes centrées au départ de Lisbonne. A voir sur Tripadvisor l’offre Cork and Wine Tour d’une journée complète avec la visite d’une fabrique de bouchons de liège qui paraît séduisante (à partir de 162,50€ par personne). Desculpe, nào falo Português. Nous non plus et n’essayez pas de leur parler en espagnol, ce n’est guère apprécié. Vos interlocuteurs s’exprimeront surtout en anglais, rarement en français.

Préparer son voyage. Cette étape procure l’immense plaisir de la quête aux trouvailles. L’excellent site de la région vous apporte en anglais l’essentiel de l’information, avec en prime de nombreuses vidéos. Validez vos informations en contactant le siège de la plate-forme par téléphone (+351) 266 748 870 en demandant Maria-Teresa qui parle un excellent français. N’oubliez pas de citer Génération Vignerons !

Confirmer vos réservations. Un petit mail amical pour confirmer une visite au domaine, une dégustation ou un hébergement rendra plus facile un accueil personnalisé comme les Portugais savent le faire.

Rapporter des bouteilles. Un petit supplément bagage dans l’avion vous permettra de ramener à la maison les bouteilles préférées de vos dégustations. Des vins qui ont une histoire à raconter en sont d’autant meilleurs !

Jean-Philippe

photos 3, 5 et 9 du deuxième diaporama : remerciements Franck Armand Paulet ©FAP

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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