labels HVE versus Bio : le match !

Bio, Terra Vitis, Demeter, Biodyvin, HVE, Qualenvi, ISO 14001, ISO 26000 etc. la liste des labels dans le domaine vIti-vini est longue – il s’en invente tous les jours : aujourd’hui le CAB (conversion en Agriculture Biologique)- et on trouve pêle-mêle des mentions très exigeantes qui côtoient des médailles en chocolat…

Un point important à rappeler : ces labels ne sont imposés à personne, le vigneron est volontaire et il choisit celui qui correspond le mieux à sa philosophie. Un peu comme on va choisir une veste ou une cravate, on prend celle qui reflète le mieux notre façon d’être… Et pour l’obtenir Il faut répondre à un cahier des charges plus ou moins contraignant…

vous avez dit largué ?

Le problème, pour le consommateur final – car c’est bien pour lui qu’ont été pensés ces labels qui rassurent- c’est qu’il est plus ou moins bien informé des critères requis et que la communication qui les accompagne n’est pas toujours de qualité égale…

Alors pour y voir plus clair, concentrons nous sur un label très répandu, le label Bio dont les produits bénéficiaires sont plutôt bien identifiés, en particulier dans les linéaires des grandes surfaces, et comparons le à un autre label récemment instauré, HVE, pour Haute Valeur Environnementale, connu des professionnels principalement car tout nouveau venu. Dans la réalité il n’est pas encore accompagné par la communication qu’il mériterait.

Pour autant sa mise en place est-elle déjà un échec et faut-il l’oublier ?

 

Un label plutôt consensuel

Petit rappel qu’est-ce que le Bio dans le vin ? Pour faire court, c’est une certification « produit ». Lancée dans les années 80 et portant à l’époque uniquement sur les méthodes culturales, la Commission européenne l‘a étendue à la vinification en 2012. Elle s’exprime par le label Eurofeuille, un signe officiel de qualité européen.

Il atteste que les cahiers des charges de l’agriculture biologique (pour le raisin) et de la vinification biologique (pour le vin) d’un domaine ont bien été respectés.  Le vigneron doit adhérer à un organisme certificateur agréé par l’Inao qui le contrôle systématiquement au moins une fois par an. Il peut aussi être contrôlé de façon inopinée par la DGCCRF.

Bio à tous les étages

En pratique, sur le plan des méthodes culturales, le mode de production Bio interdit les produits chimiques de synthèse et OGM, il n’autorise que deux intrants : le soufre et la bouillie bordelaise (le cuivre). Les moyens de défense naturels, eux, sont encouragés.

Du côté des pratiques œnologiques, il existe une liste de produits autorisés.

La certification n’est obtenue qu’au bout de trois ans à partir de la date de la demande. Durant ce laps de temps le vignoble est réputé en conversion bio.

Notons aussi qu’en cas de situation climatique exceptionnelle, des dérogations concernant l’usage de ces produits peuvent être accordées par l’Inao.

Attention ! C’est bien le vin, le produit, qui est labellisé, pas l’exploitation.

Dans cette vidéo de Sudvinbio qui date un peu, la présidente de l’Agence Bio de l’époque expose les principaux points du cahier des charges de la viticulture biologique, et Virgile Joly, vigneron bio, détaille les grand principes de la culture de la vigne en Bio.

une progression insolente sur un marché en baisse !

On estimait en 2017 que le vignoble français était composé à 8,7% d’hectares cultivés en Bio. De plus 16% du vignoble étaient en cours de conversion. Des petits et des grands domaines..

Alors que la consommation de vin décroît en France, celle des vins Bio a doublé entre 2012 et 2017 et devrait encore être multipliée par deux, passant de 112 millions de bouteilles à 207 millions en 2022 (d’après l’Institut IWSR).

le nouveau venu qui rebat les cartes

La certification Haute Valeur Environnementale dite HVE est née en 2012 des suites du Grenelle de l’Environnement. Elle voulait saluer une démarche globale vertueuse. A l’inverse du label Bio, c’est l’exploitation qui est certifiée, pas les produits.

La certification –gouvernementale, la seule qui existe- atteste que ces exploitations favorisent la biodiversité par des pratiques qui utilisent et préservent les zones naturelles des parcelles et autour de l’exploitation. Elle s’inscrit donc dans les principes de l’agro-écologie.

Et elle dispose de son propre logo, mais accrochez-vous si vous voulez arriver à le voir sur une contre-étiquette !

3 marches à franchir mais une seule sur le podium

Sans rentrer dans les détails réglementaires, la certification HVE est l’aboutissement de trois niveaux de qualification. Seule l’exploitation qui a atteint le niveau 3 bénéficie du label exploitation de Haute Valeur Environnementale. 

Un vigneron souhaitant être certifié HVE doit obtenir au minimum des valeurs de référence sur, par exemple, des Indices de Fréquence de Traitement (IFT) constatés par un organisme certificateur.

Car le label HVE n’interdit pas le recours aux phytos ; il en restreint l’usage.

changement de paradigme

Pour Alain Vidal, propriétaire du Château Dubraud et certifié HVE niveau 3  la HVE est une certification qui prend en compte quasiment tous les aspects de la production, en tous cas tous les aspects environnementaux, pas uniquement la protection phytosanitaire, car le bio ne s’intéresse qu’à la protection du feuillage…

Michel Issaly, vigneron dans le Sud-Ouest explique la démarche sur le site Vigneron Indépendant :

Pourtant à peine sorti, ce label a essuyé pas mal de critiques à commencer par l’accusation du greenwashing formulée par les Verts…Indirectement le label Bio a pris lui aussi un coup dans l’aile car il a été accusé de ne pas adopter une démarche globale comme le fait le label HVE !

Comme une lame de fond

Mais les vignerons ont plutôt l’impression de s’inscrire dans une dynamique : Vitisphère nous rappelle que l’Appellation Saint-Emilion a demandé à l’Inao de valider l’obligation de remplir les conditions du référentiel HVE pour obtenir l’AOC, la gamme de vin Mouton Cadet l’impose à ses vignerons apporteurs dès 2019, en Occitanie, la filière vise 40% de HVE et 20% de Bio d’ici 10 ans, en Champagne les Vignerons Indépendants ont décidé de doubler le nombre de certifiés d’ici 2020…Et tout récemment, une association de développement s’est créée : HVE DEVELOPPEMENT pour Laurent Brault, son délégué : Au 1er janvier 2019 1518 exploitations agricoles sont certifiées HVE. 90% parmi celles-ci sont des entreprises de viti-viniculture.

A terme la certification HVE va-t’elle devenir la norme environnementale ?

Alors vous êtes plutôt bio ou HVE ?

Les deux peut-être, car pas mal de vignerons se sont déjà inscrits dans cette double démarche qui permet de valoriser des pratiques différentes mais complémentaires qui concourent toutes à une amélioration de l’impact de l’activité sur l’environnement…

Ici on refait la maison

Pour Alain Vidal, le label HVE est une démarche vertueuse qui va le conduire à aller plus loin.

Mais pas dans le Bio pour lequel il exprime des réserves : tant qu’on a pas réglé le problème du sous-sol et de la vie de la plante, ça ne sert à rien.

Il penche plutôt pour l’agroforesterie : il faut réintroduire l’arbre dans les vignes, pailler les sols, mettre des couverts végétaux pour réintroduire toute une micro faune, c’est comme ça qu’on va refaire la maison !

L’Agroforesterie, on va vous en reparler très bientôt !

François

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