Jusqu’où dégringolera le prix des vins ?

Rabais, promotions sur volume, jusqu’où descendra-t-on dans les remises ? Les sites de vente en ligne bombardent fort en ce moment avec des rabais allant jusqu’à 15-20% du prix de vente à la propriété. Les consommateurs se réjouissent, les vignerons subissent.

Le consultant Fabrice Chaudier a récemment apporté un point de vue original dans Vitisphère en défendant les déstockeurs-distributeurs. Ces enseignes comme NOZ, Stockomani, Max Plus, Cash Affaires se sont largement répandues en périphérie des villes moyennes, avec un discours direct et des prix cash. On aurait tendance à penser que vendre à un déstockeur va dégrader l’image de son vin mais ce n’est pas le cas. En témoignent les grandes marques de luxe qui n’hésitent pas à solder leurs produits à -60%.

Rendez-vous virtuel

Génération Vignerons a voulu en savoir plus. Rendez-vous virtuel chez Max Plus, 115 magasins sur le territoire. Vos achats de vins chez Max Plus seront particulièrement bénéfiques à votre cave comme à vos économies. On n’y va pas pour rêver. L’offre est pauvrette, mais je repère un AOC bordeaux château Grand Jean 2018 à 2,99€.

Petite recherche Google pour le retrouver chez Drink &Co et Les-Caves à 8,80€. Près de 200% de rabais. Dégringolade brutale!

Le château Grand Jean n’a rien à voir avec un nom inventé par le négoce pour écouler des assemblages d’origine suspecte. Les vignobles Dulon, c’est 250 ans d’histoire dans le bordelais, quatre châteaux, des médailles, plus d’un million de cols vendus par an et des méthodes culturales respectueuses de l’environnement.

 

Faire rentrer la trésorerie

Un grand merci à Madame Dulon, pour avoir répondu à mes questions : Oui, nous avons mis 30 000 cols dans ce circuit discount. Vous savez, il n’y a pas vraiment de différence avec la grande distribution. On ne trouve pas preneur en circuit normal en ce moment et c’est mieux que le vrac.  Après deux millésimes abondants, la cuverie est pleine. Il faut faire partir le vin et faire rentrer la trésorerie. Un euro le litre !! comme on pouvait le lire récemment dans Les Échos, c’est le prix de rachat en vrac par le négoce bordelais, et encore quand il rachète.

L’idée d’une distillation massive de millions d’hectolitres chemine au niveau européen, la France, l’Italie et l’Espagne étant également touchés. Quelle désolation pour tous ces vignerons qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. Le prix de la dégringolade des prix.

Tout petit prix

Connaissez-vous les fins de loge ? me demande David Chicheportiche, déstockeur sous l’enseigne Distrilot en Seine et Marne. Cette expression imagée signifie une fin de série, lorsqu’un négociant change ses étiquettes par exemple. Dans le métier depuis 15 ans, avant j’étais dans le transport puis j’ai fait une formation à l’Université du Vin de Suze-La-Rousse.

Il achète à très petit prix, il stocke et revend à très petite marge, frais généraux réduits au maximum. Nos lots viennent de saisie des Douanes, annulation de commande, surproduction. Un exemple : cet AOC côtes de Provence d’ Estandon Vignerons, Il s’est fait planter par son client aux USA et il appelle au secours. Les cavistes et restaurateurs forment l’essentiel de sa clientèle, avec les clubs d’amateurs et les comités d’entreprise.

Aujourd’hui, la pression vendeuse est très forte mais M. Chicheportiche garde la tête froide et ne distribue pas à tout le monde son précieux listing, un tableur Excel où figurent ses 150 références.

Des vins de gastronomie

Je me suis engagé à ne pas la reproduire mais on peut soulever le voile sur deux exemples. Ce Saint-Emilion Grand Cru 2016 château Fourcaud (groupe AdVini) à 7,50€ ou ce Bourgogne hautes côtes de Nuits 2016 de Paul-Henri Lacroix à 4,20€. Tiens, ce vin fut vendu aux enchères chez Idealwine près de trois fois plus cher !

Ah, j’oubliais les conditions d’achat : la commande minimum : une palette (660 bouteilles) avec panachage possible. Les prix sont donnés hors taxes et les frais de transport en sus.

La dégringolade des prix est-elle un mirage ?

 

Jean-Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

Commentaires:

  1. En effet c’est un événement qui vont réjouir les consommateurs et pas le vignerons.

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