Faut-il sauver Bettane + Desseauve ?

A l’heure où les appels à la solidarité se multiplient, il en est un qui m’a touché, c’est celui lancé par Idealwine pour sauver le groupe de presse Bettane + Desseauve. Dans un élan généreux Idealwine propose à ses centaines de milliers d’abonnés (newsletter) de souscrire un abonnement d’un an au package B&D : 4 numéros d’En Magnum, le guide 2022 et un pass 2 jours au Grand Tasting Paris 2022 ; le tout pour le prix extrêmement modique de 45€.

Cette même offre est proposée par le magazine à 85,90€, ramené à 56€. En général, quand on dégringole les prix comme ça, ça sent le sapin.

abonnement obligatoire ?

Et la raison invoquée pour cette main tendue ? Je vous la donne en mille : Le problème nouveau de la presse est sa diffusion…. Le résultat le plus clair est le caractère presque aléatoire de la diffusion de nos magazines. Et l’obligation ainsi faite aux lecteurs passionnés par le sujet de s’abonner. Pas de remise en cause du format XXL du magazine En Magnum qui énervent tant les kiosquistes. Tout oppose ou presque la magnifique machine à cash et à influence de la planète vin au groupe de presse traditionnel qui n’a jamais réussi son virage Internet.

Et qui n’aime pas trop le commerce, alors qu’Idealwine ne parle que chiffres, ne parle qu’argent autour du vin. Comme site de vente aux enchères en ligne- le premier en Europe- comme caviste et site de vente, de revente en ligne. Avec eux, vous saurez tout sur la valeur de votre cave et ils vous proposent même une évaluation gratuite. De quoi satisfaire les collectionneurs et amateurs aisés, ceux-là même qui en ont peut-être assez de relire pour la nième fois l’article : Quoi de neuf en Côte-Rôtie ? Toute la presse magazine œnologique est touchée, certain plus que d’autres.

presse généraliste vs presse spécialisée

Paradoxe, il existe un lectorat à l’appétence grandissante pour les suppléments Vins et spécial Vins de la presse généraliste qui sont de magnifiques attrape-pubs.

Ce qui me tire une petite larme, c’est l’histoire de cette belle amitié plus que trentenaire de ce tandem mondialement reconnu de la dégustation. Thierry Desseauve, le journaliste aurait rencontré à la fin du 20ème siècle Michel Bettane, l’agrégé de lettres classiques aux Hospices de Beaune, « autour d’un match de foot qui scella leur destinée commune », comme l’écrit la journaliste Véronique Raisin. Oh, Bernard Pivot, l’auteur du Dictionnaire amoureux du vin ne devait pas être bien loin…

Longtemps ma bibliothèque œnologique a compté la collection presque complète du fameux guide des vins Bettane & Desseauve. Il a fallu faire de la place.

Alors j’ai gardé leur dernier « vrai » guide, celui de 2020, tout de blanc vêtu. Je me précipitais sur les fameuses notations des domaines : 1, 2, 3, 4…5 étoiles. Un étalonnage qui permettait de suivre leurs progrès sur les années.

C’était souvent l’entrée en matière pour discuter avec le vigneron. Alors Eddy (domaine de Juchepie) on a gagné une étoile cette année, la classe ! J’espère que tes prix vont rester sages. Élégance suprême, le classement alphabétique par vignoble pour éviter de concentrer l’attention sur les meilleurs.

Évidemment, les caveaux ainsi honorés affichaient fièrement leur macaron B&D.

Loin de nous l’idée d’une rubrique passéiste, simplement le constat que la parole du dégustateur, fût-il le plus vertueux, le plus expérimenté, le plus influent ne porte plus comme avant.

des notes, encore plus de notes

Qui arrive encore à lire ces perceptions formatées produites au kilomètre ? Du genre …suave et sec à la fois, avec ses notes florales et fruitées ; il mêle élégance et ampleur avec une grande persistance au nez comme en bouche. 

Alors on commente de moins en moins et on note de plus en plus : sur 20, sur 100. Ou on fait noter la communauté en étoiles de Vivino.

Et quand les enjeux commerciaux deviennent trop forts, les notes s’envolent et frisent les 18-19 ou les 94-96, histoire de ne fâcher personne.

B&D possède un trésor caché, ses petites capsules vidéo, accessibles très facilement sur le site. Il y en a des dizaines. Tenez, quand Thierry Desseauve apparaît en smoking dans sa cave le dernier jour du confinement (J 37) et déguste avec son équipe un champagne Jacquesson cuvée n°736, dégorgement tardif, extra brut. Ou encore dans la rubrique Vite vu Vite bu épisode n°5 où le même Thierry se chamaille avec son rédacteur en chef Louis-Victor Charvet à propos du château de Villeneuve (Saumur-Champigny) que l’autre s’obstine à l’appeler château de Villandry.

Ça donne vraiment envie de boire un canon avec eux !

Jean Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.
Catégories : médias, librairie, tech

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