vin aux enchères : le jour de la vente

Il est 14 heures en ce mois de décembre et les enchères reprennent à l’hôtel des ventes Mercier de Lille. Eric Dugardin, expert en vin que nous avons suivi dans les coulisses de la préparation de cette vente aux enchères est dans les starting blocks. En effet, chaque bouteille des presque 600 lots présentés a été minutieusement diagnostiquée par Eric, mesurée (le niveau de liquide), vérifiée (état des étiquettes, coiffes et collerettes) et photographiée. Ce sont plus de 500 heures de travail préparatoire nécessaires pour organiser cette vente exceptionnelle tant attendue par de nombreux oenophiles !

De fait, le travail en amont d’Eric défilera sous les yeux des acheteurs en salle et en ligne sur une seule journée. Pas de répit, les lots s’enchainent chaque minute. Il ne faut pas perdre le fil et suivre avec attention chaque surenchère si l’on est prêt à s’offrir de belles cuvées ! 

un beau catalogue

Cette vente, juste avant les fêtes de fin d’année sera peut-être l’occasion de s’offrir de beaux cadeaux au choix parmi une centaine de caisses entières de Bordeaux Grands Crus Classés et Crus Bourgeois de 1970 à plus récent, une centaine de Bourgognes unitaires issus de domaines renommés tels La Tâche de la D.R.C (Domaine de La Romanée Conti), Rion, Dugat-Py, Trapet, Drouhin, Clos de Tart… 

Mais, il y aura aussi toute une collection de Chinon Couly-Dutheil de 1982 à 1964, une autre de Premiers Grands Crus classés de 1945 à plus récent comprenant Mouton Rothschild, Lafite, Latour, Cheval blanc, Ausone, Petrus, Yquem…

Enfin, plus rarement sur la métropole lilloise, une collection de Chateauneuf du Pape Domaine Beaucastel sur dix millésimes, Hermitage La Chapelle sur onze millésimes, Chapoutier, Chave, Côte Rôtie La Turque de Guigal, la Coulée de Serrant en Loire ainsi que Jo Pithon !

Une expérience inoubliable !

Si vous n’avez jamais assisté à une vente aux enchères, allez-y, c’est une expérience à laquelle vous pourriez prendre goût ! La salle est peu remplie mais ne vous inquiétez pas, les acheteurs au téléphone et en ligne derrière les écrans sont nombreux : plus de 90% des achats se font à distance.

Début d’après-midi, on commence par un petit voyage dans la région bordelaise. Une belle bouteille du Château Cos d’Estournel s’affiche pour l’appellation St Estèphe et un millésime que l’on n’est pas prêt de retrouver en magasin : 1928.

Le prix est resté au prix plancher de l’enchère : 350€, adjugée vendue !

Peu de temps pour la prise de parole, le commissaire-priseur enchaîne les lots car il faut présenter les 600 pièces sur la journée !

 

l’expert : monsieur plus

Pour faire envie à l’acheteur potentiel et casser un peu ce rythme effréné, Eric Dujardin -l’expert- intervient de temps en temps pour une anecdote ou une bribe d’information sur la cuvée : ici le lot N°266 est le Château Figeac à St Emilion du millésime 1981, certaines parcelles ont été intégrées à Cheval Blanc après ce millésime… Des vignes Cheval Blanc à déguster au verre, peut-être ? Reste à savoir à quelle date les parcelles de Figeac ont été revendues à Cheval Blanc…

Ensuite, le duo, Eric et le commissaire, cherche à vendre un Banuyls, boisson rarement présente dans nos caves qui mérite pourtant sa place : Eric sublime ce vin doux naturel d’une belle suggestion d’accord culinaire avec un magret de canard aux zestes d’orange et cacao (cette note chocolatée que l’on retrouve dans ce fameux Banuyls du Roussillon !). La suggestion d’Eric surprend le commissaire-priseur qui hausse les sourcils. Et oui, pourquoi ne pas oser des accords originaux…

qui oserait déguster un vieux champagne ?

Passons ensuite sur quelques vieux Champagne comme ce Dom Pérignon de Moët et Chandon de 1964 : qui oserait déguster un vieux millésime ? Et pourquoi pas !

C’est ce qu’assure notre duo aux acheteurs potentiels, expliquant que les vieux Champagne offrent une expérience gustative exceptionnelle avec des notes florales séchées, des amandes et parfois de champignons et sous-bois !

Les lots s’enchainent, et on tombe sur une petite coquille dans le nombre de bouteilles référencées sur le catalogue. Pas 12, mais 6 bouteilles. Ce n’est pas grave, on rectifie en live et le commissaire-priseur fera annoter cela dans le procès-verbal, une aubaine pour l’acheteur en salle qui ne verra pas de surenchère derrière lui.

et toc, adjugé vendu !

On continue avec un lot de Château Haut-Brion sur lequel bon nombre d’acheteurs se ruent : le commissaire-priseur veut voir des chiffres ronds, plaisante-t-il dans l’espoir de faire monter les enchères : « Et puis, elles sont en bel état et fournies avec leur belle caisse en bois d’époque, très légèrement abimée. »

Le commissaire, usant de son marteau à chaque vente, casse le rythme avec une pointe d’humour : « Quand on est acheteur, on a envie que le marteau tape plus vite. Et après le coup final, on espère au fond de soi ne pas avoir fait de connerie ! »

Un dernier conseil d’Eric pour accompagner la vente d’un vieux Porto Silval vintage 1997 : la beauté des Porto est leur grande capacité de garde de 30 à 40 ans. Attention, si l’on décante un Porto vintage (non oxydatif !), il faut être délicat lors de sa mise en contact avec l’oxygène et le consommer dans les 24 heures.

le clou de la vente

Enfin, terminons avec les bouteilles prestigieuses tant attendues du Domaine de la Romanée Conti : les enchères sont nombreuses et s’enchainent à une vitesse folle… et La Tâche Leroy 1978 termine à 4250 euros !

La bouteille la plus ancienne sera pour la clôture avec Château Lafite Rothschild de 1902 !

Eric, un mot sur cette montée d’adrénaline à la fin de cette journée bien riche ?

Eric Dujardin « C’est surtout la veille que nous sommes soumis à une grosse pression car on découvre les possibles erreurs sur les photos, les textes et les millésimes mentionnés dans le catalogue. D’ailleurs, nous avons dû annuler un lot car il y avait une différence de millésime entre une photo du catalogue de deux bouteilles Margaux 1999 et un texte mentionnant l’année 2000.

droit de retrait

Parfois, nous faisons face à des vendeurs qui veulent se rétracter dans leur mandat de vente parce qu’ils espéraient un prix plus élevé pour l’enchère, ce qui peut nous amener à un retrait de lots ! Le jour de la vente, je me retrouve devant le micro et tout s’enchaine à une vitesse folle. Je suis le rythme des enchères avec le commissaire, ce qui laisse difficilement la place à des commentaires. Lorsque je le peux, je casse la cadence avec des explications qui méritent de valoriser les produits ! »

Audrey

image à la Une : photo marteau © innoverpoursurvivre.com

Ecrit par Audrey DELBARRE
--------------------------------------------------------------- Passionnée par l’écriture, Audrey est une amatrice de vin joviale et enthousiaste, guidée par la richesse du contact humain ! C’est à l’Académie du vin du Cap en Afrique du Sud qu’elle affine ses connaissances dans les vins puis développe son inspiration à partir de ses rencontres et voyages dans les vignobles du monde.... Titulaire du diplôme WSET 3, elle se consacre à l’organisation de séminaires et formations sur le développement des sens et des émotions grâce à l'œnologie.
Catégories : le métier

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