Domaine FL : l’art du contre-pied

En quittant Rochefort sur Loire en direction de Beaulieu/Layon, vous montez sur le haut du coteau et là à droite, vous découvrez une architecture majestueuse dotée de deux belles tours carrées coiffées d’ardoise angevine. L’ensemble est sobre, de bon goût sans tape-à-l’œil, avec un petit côté provençal par la mer de vigne avoisinante et l’allée plantée de résineux. Il s’agit d’un nouveau chai du Domaine FL– Fournier-Longchamps.

Beaucoup d’agitation ce matin-là,

DomaineFL2Car on livrait le mobilier de la salle de dégustation ; cela n’a pas empêché la famille Fournier de m’accueillir fort aimablement. Le père a vendu il y a quelques années une société prospère dans le domaine de la téléphonie et a décidé d’investir dans le vignoble d’Anjou, une passion partagée avec ses fils, Julien le manager du domaine et Adrien l’architecte.

En rachetant en 2007 le Domaine Jo Pithon et le Château de Chamboureau en Savennières Roche aux Moines, ils gagnèrent d’emblée quelques décennies de professionnalisme et un savoir-faire en culture bio.

DomaineFL5Exploitant un petit hectare de l’AOC Quarts-de-Chaume, Julien a fait un choix marketing original : «Le grand cru étant un produit d’exception, nous l’élaborons uniquement sur les bons millésimes avec une recherche rigoureuse d’équilibre entre sucre et acidité. Notre production est très réduite, autour de 600 magnums par an, vendus 200 Euros l’unité pour fêter une commémoration, un événement exceptionnel ou honorer une personnalité». A contre-pied de la petite bouteille de 50cl emblématique des liquoreux du Val de Loire.

 

La visite des chais me réserve de belles surprises,

Comme cet alignement de barriques Taransaud ou ces foudres tronconiques d’une contenance unitaire de 7500 l destinés à l’élevage. Un spectacle en soi. « Pas de climatisation, ici, c’est trop polluant. Température et humidité sont régulées uniquement par géothermie ». Nous traversons l’espace surélevé, pour l’instant une simple dalle de béton, située entre les deux tours ; une vue magnifique s’offre à nous côté nord sur la Loire et Savennières, « Nous aménageons ici un espace pour les réceptions et les dégustations qui pourra accueillir jusqu’à 200 personnes. Dès la fin de l’année, la boutique-caveau sera ouverte et le chai disponible à toutes sortes de séminaires, d’animation et d’évènements privés ou publics ».

Un contre-pied de plus à ces multiples gîtes ou chambres d’hôtes qui ont essaimé dans le vignoble.   Là encore, le Domaine FL a vu grand, son parking est dimensionné pour recevoir les autocars. Cette stratégie d’accueil me fait penser à celle de Philippe Porché du Domaine de Rocheville en Saumur Champigny. Même architecture innovante, même mise en scène de la cuverie, même ouverture aux spectacles et évènements. Ces investissements considérables trouveront-ils une certaine rentabilité dans un proche avenir ?

C’est Philip Fournier qui me répond : Nous venons d’ouvrir à Nantes, près du château, notre première Cave à Manger exploitée par le sommelier Emmanuel Emonot. On y trouve nos vins bien sûr, mais aussi un excellent choix de Bourgogne que l’on peut acheter ou déguster sur place accompagnés de grignotage, charcuterie ou fromage.

Notre projet est d’ouvrir quelques dizaines de Caves à Manger dans les prochaines années .

Un dernier contre-pied aux vignerons traditionnels qui se disent étranglés par la grande distribution ou trahis par les cavistes. N’en déplaise aux envieux, le vignoble d’Anjou a eu la chance d’attirer la corne d’abondance. Cette manne aurait pu se déverser ailleurs, dans des pays viticole de l’hémisphère sud ou en Asie centrale par exemple. Conséquence heureuse de l’inscription du Val de Loire au patrimoine mondial de l’Unesco, les investisseurs comme Philip Fournier reviennent avec l’ambition de permettre au vignoble angevin de retrouver la place qui était la sienne au début du XXème siècle…. Ah ! C’était la Belle Epoque lorsque le Quarts-de-Chaume rivalisait chez Maxim’s avec les plus grands champagnes.

Jean Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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