Demandez la presse du vin, demandez !

« En vente chez votre marchand de journaux », cette mention habituelle a pris un coup de vieux. On connaît les difficultés de la distribution de la presse et des magazines, les points de vente ferment et l’offre se réduit comme peau de chagrin. À Nantes, il n’y a plus que le Relay Presse de la gare SNCF qui distribue les 4 ou 5 magazines du vin. Autant vous dire qu’il est devenu un salon de lecture !

Cette situation met en danger les titres traditionnels, notamment le bimestriel En Magnum, comme l’écrit Louis-Victor Charvet, son rédacteur en chef pour expliquer son rapprochement stratégique avec Idealwine. 

La situation actuelle du marché de la presse – nous la regrettons – nous incite à davantage développer le nombre de nos abonnés plutôt que de compter seulement sur la mise en avant de nos supports chez les marchands de journaux.

En petite forme, la presse magazine du vin, sur fond de guéguerre entre l’immuable Revue du Vin de France (40 000 ex) et son concurrent Terre de Vins, le faux-nez de la place de Bordeaux, (50 000 ex, dont 1/3 en distribution gratuite) comme l’expliquait récemment Alexandre Abellan dans Vitisphère.

Un lectorat qui ne pèse pas lourd pour le premier pays du vin.

En comparaison Le magazine portugais Revista de Vinhos -60 000 exemplaires – fait figure de géant.

C’est dommage pour les « plumes » de la RVF, aussi fins dégustateurs qu’aventuriers intrépides des vignobles, sous la houlette de Denis Saverot, pourfendeur des hygiénistes et des pisse-vinaigres de tout bord.

DES NOUVEAUX VENUS

Les kiosques sont-ils fermés à la presse du vin ? Que nenni !

 

Voilà qu’un troisième larron pointe son nez : Tanin, le vin passé en revue ! Son histoire est un sacré pari. Qui connaît le groupe de presse Reworld Media ? Aussi discret que ses titres sont puissants (Auto-Plus, l’Automobile, Psychologie Magazine, Football, Grazia, Biba, Modes&Travaux, etc), son directeur des rédactions Tancrède de la Morinerie a flairé un gros manque sur la cible hommes/femmes 25-45 ans.

Ce n’est pas un mais TROIS titres qu’il lance au même moment, en pleine période de confinement : Neoruro, une nouvelle vie à la campagne, ce magazine était censé accompagner l’exode urbain, parution suspendue.

 

Gueuleton, le magazine des bons vivants, toujours en piste, comme Tanin. Des magazines trimestriels vendus 6-8 Euros, dont le rédactionnel fluide coule un peu comme un robinet d’eau tiède.

Des nouveaux venus dans l’univers des vins & spiritueux au positionnement novateur, renouvelant totalement le genre de cette presse. Il est dédié aux femmes et aux hommes qui aiment le bon vin, la bière et les spiritueux.

On commencera par feuilleter dans les rayonnages avant d’acheter.

 

COMMENTAIRE SUR LES COMMENTAIRES

Les commentaires sont d’abord un outil de travail pour les dégustateurs.

Rappelons que l’élaboration des vins certifiés AOC est soumise à des dégustations d’agrément afin de vérifier si la typicité de l’AOC est bien respectée.

Comment exprimer le ressenti d’une dégustation ? Évidemment par les mots. D’où ce langage très particulier maîtrisé par les dégustateurs professionnels et les œnologues. Concis et figuratif, il doit exprimer l’essentiel sans oublier les nuances tout en débusquant les défauts du vin.

Ce même langage ésotérique et fascinant, donne d’excellents résultats pour inciter à la vente. Sauf que les marchands ont tellement tiré sur la ficelle que le commentaire s’est vidé peu à peu de son sens. Pour certains le travail rédactionnel est devenu automatique avec l’aide d’algorithmes dédiés. On a peut-être moins envie de lire le dossier «450 vins de haut vol pour voir la vie autrement » (RVF novembre 2021). Ou alors on va tout de suite aux notes. Ces articles volumétriques sont d’ailleurs autant destinés aux lecteurs qu’aux professionnels des AOC citées : Voyez comme on parle de vous ! tout en permettent aux équipes de la RVF de nourrir leurs bases de données pour l’édition annuelle du Guide des meilleurs vins.

MOINS DE COMMENTAIRES, PLUS D’ÉCHANGE

Le commentaire de dégustation n’a pas disparu pour autant, simplement il a pris la forme de l’échange, de la discussion sur Facebook notamment. Le Groupe du Vin (7700 membres) administré avec talent par Serge Lévine, vous donne l’impression d’être avec une bande de copains qui s’échangent les bons plans et… les moins bons. Tenez, ce matin c’est Clément qui demande : Bonjour les férus de vin, je vais passer quelques jours dans le jurançonnais, auriez-vous quelques domaines à me conseiller ? A chaque fois vous êtes d’excellents conseils, merci. 10 commentaires.

Pour s’inscrire, il faut adhérer à une petite charte qui précise notamment :

Bienvenue dans ce groupe d’amateurs de vin. Ce groupe est destiné exclusivement aux amateurs, pour partager leurs dégustations et toute information utile concernant le monde du vin….Toutes les publicités seront supprimées et les membres retirés du groupe.

Les Bonnes Quilles (12 000 membres) sont moins directives. J’aime bien cette question de Louis, partagée par des centaines d’amateurs : Bonjour, Besoin d’avis : ma cave présente un bon taux d’humidité (entre 75 et 80%), est sombre, n’est pas soumise aux vibrations mais sa température varie entre 9°C en hiver et 19°C en été… vous pensez que ça peut abimer les vins ? En d’autres temps, vous auriez envoyé votre question à la rubrique « courrier des lecteurs » du magazine pour éventuellement obtenir une réponse d’expert publiée 2 mois plus tard.

LA REVUE DES PURISTES

Les cinéphiles ont les Cahiers du Cinéma pour assouvir leur passion. Les œnophiles -ou les aficionados du vin-  ont LeRouge&leBlanc. Certes, l’aura mythique du premier dépasse celle de son cadet. Mais l’esprit est le même : intégrité, culture historique, esprit critique aiguisé, détestation du marketing.

LeRouge&leBlanc «revue trimestrielle libre de toute publicité » existe depuis 1983. Il faut toujours chercher pour la trouver, en tout cas pas dans les maisons de la presse, mais chez certains cavistes dont la liste figure sur le site. Comptez 15€ l’exemplaire en version papier, 13€ en version électronique, avec un choix qui remonte aux débuts de la publication. Les vrais amateurs – environ 3000 – sont abonnés, ça va de soi.

Il faut un minimum d’initiation pour entrer dans la communauté du Rouge & Blanc. D’abord vénérer François Morel, qui en fut longtemps le rédac’ chef et l’auteur du « Vin au Naturel, la viticulture au plus près du terroir » régulièrement remis à jour. Pouvoir citer avec beaucoup de naturel Marcel Lapierre, Pierre Breton, Pierre Overnoy ou les frères Puzelat. Et éviter de s’enthousiasmer pour un grand cru classé de Bordeaux !

BÉNÉVOLAT COLLECTIF

En juillet 2019 Idealwine a interviewé Philippe Barret, l’actuel rédacteur en chef qui nous apprend des choses passionnantes. Extraits : – Dès le départ, la philosophie de la revue s’est articulée autour de trois grands principes qui n’ont pas changé depuis : bénévolat des collaborateurs, indépendance de la revue et un travail empreint d’un esprit collectif….tout se décide collectivement, on déguste ensemble et la note et le commentaire des vins sont la synthèse des différents avis personnels.

Le côté gourou qui donne des notes n’est pas leur tasse de thé.

– Notre ligne éditoriale non plus n’a jamais changé : on s’intéresse toujours aux vins de terroirs, authentiques et propres, à la marginalité, au petit jeune qui débute et se montre prometteur ou qui a une nouvelle idée / vision.

Si vous voulez rejoindre cette belle aventure, sachez qu’il y a de la place pour les candidatures spontanées, souvent des cavistes.

Entre la première dégustation et le premier article, il s’écoule presque un an, pour bien donner le temps aux nouveaux rédacteurs de s’imprégner de l’esprit de la revue et de l’équipe.

Et si LeRouge&leBlanc devenait culte ? Les premières exemplaires papier, introuvables, s’échangent très cher dans les ventes.

Jean-Philippe

Image à la Une : © Groupe écologiste de Paris

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.
Catégories : médias, librairie, tech

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