Vertivinies 2017 ma non Vici…

La 5ème édition des Vertivinies, les 11 et 12 mars dernier, se tenait au Château de la Frémoire. Un salon des vignerons organisé à nos portes par des passionnés du vin, des gens dont la trempe leur interdit de laisser passer une occasion de célébrer les beaux produits œnologiques en notre compagnie.

Tout le monde sait que ce n’est pas la quantité mais la qualité qui fait le plaisir. Ainsi pas plus de 20 producteurs, mais tous issus de choix éclairés. Un tour de France rapide des vignobles ?

Un premier tour des vignobles trop rapide, La Bretagne

Je décide de commencer par les cidres Bretons de Joanna Cécillon qui élabore des jus destinés à un élevage, dans des cuvées élaborées comme des vins. Les notions de parcellaires et de cépages sont remplacées par les différentes variétés de pommes sur des terroirs où Joanna ne pulvérise aucun pesticide ni insecticide. Cela commence à m’intéresser. Là bas les pommes sont sélectionnées pour leurs qualités ou complémentarités (acidité, sucrosité, tannins). Et preuve est faite que ça donne un résultat surprenant avec la cuvée Divona qui me séduit par sa longueur en bouche, la complexité du jus et sa délicatesse. Alors pourquoi ne servirai-je pas cette jolie bouteille cet été sur une salade accompagnée de fromage, de noix, de tagliatelles de légumes et de pommes fraiches coupés en quartiers fins… ?

L’Alsace bien dans son terroir

Je croise Jean Philippe, votre serviteur sur Génération Vignerons qui me flatte les vins de Paul Kubler : Tu verras, quand tu veux faire gouter un Riesling à des novices c’est celui là qu’il faut servir, c’est un vin tendu, sec, expressif. Un Riesling quoi !!!

En effet le vin de Monsieur Kubler, la cuvée Breitenberg, est issu d’un très beau terroir alsacien, et le travail de vinification faire ressortir une force de caractère porté par une belle trame acide.

Ça vibre dans le flacon !

Le goût des belles choses en Anjou

Il y a des hommes et des femmes qui n’ont plus rien à prouver mais dont les convictions restent tellement fortes que leur vie ressemble à un très beau combat sans relâche. C’est le cas des époux Delesvaux, bien que leur domaine en Anjou cumule les étoiles et les réussites, ils refusent de relâcher leur engagement. Vignerons bio et biodynamiques, ils livrent des cuvées d’exception. Ceux qui ont eu la chance de fréquenter Angers début février savent ce qu’on leur doit. Notamment le magnifique petit salon du Grenier Saint Jean qui ne cesse de se développer et La Levée de la Loire.

Deux vins blancs ressortent pour moi ce jour là : Feuille d’Or 2015, un chenin sec racé et très aromatique que je retiens et la Sélection de Grain Noble 2010 un Coteau du Layon qui fleure bon les arômes de fruits mûrs miellés (abricot, ananas, raisin) tout en restant digeste, long et frais en bouche. Encore une blague avec Philippe, un dernier éclat de rires et je prends congé.

L’ambiance du salon est familiale, bon enfant et respire un art de vivre à la française teinté d’accents Ligérien.

Il y a cet environnement au cœur du vignoble, au Château de la Frémoire, des bénévoles efficaces se sont mêlés à un public varié d’œnophiles avérés, de cavistes du coin, de restaurateurs et de promeneurs.

On ne voit plus le temps passer.

 Une visite savoyarde

Les vins blancs sont aromatiques mais dans la discrétion, le rouge est une vraie explosion de liqueur de fruits noirs avec une persistance inconnue qui rappellerait des Beaujolais de grandes années solaires, mais nous sommes en présence d’une Mondeuse Arbin 2015 du Domaine Céline Jacquet. Cette jeune vigneronne expérimente sur quelques hectares près de Chambéry, avec fougue et toute la sensualité du palais féminin ; elle cherche à élaborer des vins d’infusion plus que d’extraction, avec des notes d’épices.

 Etape en terres bordelaises

Quand on a la chance d’avoir des Bordelais qui nous rendent visite en terre de Loire, et qui de surplus sont en culture bio et biodynamique, il ne faut pas s’en détourner bien au contraire ! Car il y a du renouveau en Gironde et ceux là pourraient bien faire partie des chouchous dont nous vénérerons les bouteilles dans quelques années. Ainsi, les cuvées du Domaine de Fougeroux sur des millésimes un peu anciens (2010 ou 2011) sont déjà des guerriers solides, bâtis pour la garde et qui sauront nous régaler dans quelques lustres. Bruno Richard, adepte du labour et du labeur acharné, sachant préserver l’intégrité de ses ceps de vigne, est un vigneron pointu, passionné et de caractère. Ses vins sont résolument expressifs.

Du Château le Geai, le Bordeaux Supérieur Cuvée Tradition 1900 en 2009 est un concentré du savoir des vignerons assembleurs. Henri Duporge nous propose avec son merlot, son cabernet sauvignon et sa pointe de carménère un vin nous offrant une bouche profonde, suave et fruitée, enveloppante mais qui sait rester digeste.

Un très bel équilibre qui se boit dès aujourd’hui facilement sur un onglet grillé, ou encore ce mystérieux rôti de bœuf à la braise ?

Je file vers le sud

Je monte en puissance en allant m’attarder devant des Côtes du Rhône Villages Sablet de chez Fréderic Meffre qui produit des vins séveux, puissants à la trame longue, animale et épicée mais que je trouve encore frais.

Car à chaque vin il faut un plat qui lui rende hommage. Je flaire déjà cet agneau de Pâques, grillé et accompagné des pommes de terre de Noirmoutier avec un verre de la cuvée Vieilles vignes 2014.

Mais j’entends déjà les vignerons qui referment leurs cartons s’apprêtant à retourner dans leurs domaines lointains. L’après midi est passée. Mon tour de France des vignerons s’achève sur une frustration que je connais bien, celle de devoir attendre Les Vertivinies 2018 pour essayer de finir ma balade une étape plus loin. Car je suis venu, j’ai vu mais je n’ai pas vaincu…

Jean-Luc

Crédit Photo : Olivier Blaiteau.

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire