Angers qui pleure, Angers qui rit

 

On commence par quoi ? La bonne ou la mauvaise nouvelle ? Allez, gardons la bonne pour la fin ! Il faut bien reconnaître que ce Salon des Vins de Loire 2017, un événement organisé par Angers Expo Congrès n’est plus que l’ombre de lui-même : l’entrée était confinée dans une porte latérale, la surface d’exposition réduite de moitié, des stands pauvres, des allées vides et pour couronner le tout : une ouverture décalée au dimanche, bousculant les habitudes des acheteurs-visiteurs qui étaient…ailleurs !

Exit l’excellente agence de communication Clair de Lune, spécialisée dans le vin et l’art de vivre qui fut un contributeur essentiel à la notoriété de l’événement – je me rappelle de leur Wine Blog Trophy qui avait enthousiasmé des dizaines de bloggers !

Ce tableau trop noir a besoin d’être nuancé

Coup de chapeau au Concours des Ligers 2017 qui m’a fait l’honneur de m’inviter cette année encore ; moins d’échantillons, moins de médailles, changement de jour, tous ces aléas ont été gérés avec efficacité et professionnalisme par sa directrice Laurence Salvetat.

Applaudissons le Rendez-vous Chenin : dégustation de 80 échantillons, master class, conférences, soirée à la Collégiale Saint Martin. Ce merveilleux cépage mériterait un salon exclusif. Et puis, de belles rencontres fruits du hasard et de la disponibilité des uns des autres. Aurais-je pu échanger longuement avec Eric Morgat, Florent Baumard, Yves Guégniard ou Eric Chevalier si le Salon avait connu sa fréquence habituelle ? Bien sûr que non, les acheteurs étant absents ce dimanche, les vignerons pouvaient consacrer plus de temps à leurs admirateurs.

On l’a compris, l’événement œnologique angevin de ce week-end de février ne se déroulait pas au parc des expositions, mais aux Greniers Saint-Jean. Un ancien hôpital du XVème siècle qui a longtemps abrité les réserves de blé de la ville. Admirablement restauré, ce chef d’œuvre d’architecture médiévale abrite des grandes manifestations, comme ce Salon Saint Jean qui rassemblait 200 vignerons certifiés en bio ou en biodynamie, issus de régions viticoles françaises et européennes.

Et là, il faut rendre hommage à l’infatigable Nicolas Joly et à son fidèle ami Mark Angeli pour le travail de titan accompli depuis 20 ans via l’association Renaissance des appellations pour diffuser les pratiques de la biodynamie urbi et orbi. Longtemps moqués par les biens pensants d’une profession conformiste, leur message en faveur des pratiques viticoles respectueuses de l’environnement et de la santé publique est devenu la problématique numéro UN du monde viticole.

Aux Greniers, vous êtes à la fois dans un espace quasi-religieux environné de tapisseries mystiques signées Jean Lurçat, dans un bar à vins géant et dans une foire médiévale où les vendeurs assis et un peu tassés, font déguster leurs nectars à une meute d’acheteurs suspendus à leur mobile.

L’ambiance est bruyante, passionnée, chaleureuse, multiculturelle.

 

Je parviens à échanger quelques mots avec Natsuki

…Un acheteur japonais qui travaille depuis plusieurs années avec la France : la cuisine japonaise recherche la finesse, le fruité et les produits naturels, nous avons traditionnellement les vins de cépage Koshu pour l’accompagner. Les consommateurs japonais veulent autre chose, ils ont découvert les vins naturels d’ici, très appréciés dans les restaurants et les bars à vin. J’en importe 1300 caisses par mois, beaucoup de chenin, viognier, syrah.

La rumeur coure que Pascaline Lepeltier serait ici, mais qui est-elle ? Une sommelière angevine attachée au restaurant Rouge Tomate en vogue à New York, avec une carte des vins bien dotée en quilles d’Anjou.

 

Ce plaisant tumulte ne m’a pas empêché de déguster des belles choses : un riesling sec 2015 vom roten mosellan de Clemens Busch : fraîcheur aromatique et minéralité ; ma voisine de dégustation me conseille une virée d’oenotourisme le long de la rivière Moselle -France, Luxembourg, Allemagne- des paysages paraît-il grandioses en dehors des flux touristiques ; à inscrire sur l’agenda. Enfin un grand Merci à Jacqueline, du Domaine Pierre André à Chateauneuf-du-Pape qui m’a fait découvrir un Chateauneuf-du-Pape blanc : assemblage expert de roussanne, grenache blanc, clairette et bourboulenc. A déguster une fois dans sa vie pour l’onctuosité et la complexité aromatique.

Ce tableau trop blanc mérite aussi d’être nuancé.

Déjà les Greniers étaient saturés de public, au point que les vignerons de Loire et de Corse durent squatter une partie de l’Hôpital Saint Jean. Qu’en serait-il dans 2 ou 3 ans, lorsque bien évidemment, le nombre de vignerons passera à 500 et plus ?

Pour moi, ce monde de vin bio et surtout de la biodynamie relève de la sphère culturelle- cultuelle, culturale ? qu’importe. A défaut de mystère divin, il reste une part de sacré dans le vin authentique, comme l’exprime si bien Jean-Robert Pitte (Le Désir du Vin, Fayard). Ces Greniers sont un écrin merveilleux pour faire vivre cette part de « sacré » qu’un banal parc des expositions n’atteindra jamais.

Jean Philippe

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