Unesco, Barolo, Tartufo e tutti quanti

4/2 le match tourne clairement en faveur des Français, mais l’Italie vient de marquer 2 points superbes ces dernières années.

Parle-t-on de la Coupe Davis ? Pas du tout, mais de la compétition que se livrent la France et l’Italie pour le nombre de sites ou paysages viticoles inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO. À fin 2022, la France compte quatre sites auréolés du titre ô combien prestigieux de World Heritage (la Juridiction de Saint-Émilion, Coteaux, Maisons et Caves de Champagne, les Climats du vignoble de Bourgogne, le Val de Loire).

L’Italie était à la traîne jusqu’en 2014, délaissant ses vignobles au profit de ses innombrables sites culturels. Et puis l’œnotourisme devenant une priorité, les équipes s’affairent et font coup double avec le Paysage viticole du Piémont (Langhe-Roero-Montferrato) en 2014 et les Collines du Prosecco de Conegliano et Valdobbiadene en 2019.

Qui va passer ses vacances à Turin ?

On connaît très mal le Piémont en France.  Cette région de coteaux et de riches plaines vallonnées entourée de montagnes presque infranchissables a longtemps fasciné les Rois de France de la Renaissance. On est au pied des Alpes entre Gênes et Turin.  Alors citons quelques noms : Asti, Alba, Cueno, toujours pas ? Barolo, Barbaresco, ah, là oui. De très jolis vins, ma foi !

Notre camp de base était situé à Alba, en précisant qu’il est préférable d’y aller en automne car cette ville historique vous réserve une excellente surprise qu’on dévoilera un peu plus loin.

Beaune, sans les hospices

Alba, c’est un peu Beaune, sans les Hospices bien sûr, mais avec une impression d’opulence et des camions partout qui caractérisent une cité viticole prospère et commerçante aujourd’hui. Le centre-ville déborde de boutiques, de wine bars et d’enoteche quadrillé par ses rues piétonnes et son incontournable Duomo, sa chiesa San Giovanni et plus surprenant, sa Fondazione Ferrero. Eh oui, il y a bien un monsieur Ferrero qui a créé en 1946 une petite affaire devenue un empire agro-alimentaire autour de la noisette (Nutella, Kinder, Mon Chéri, etc) dont le siège est toujours à Alba.

A la tombée de la nuit, les vitrines illuminées exhibent leurs riches marchandises toujours accompagnées de jolies bouteilles. Ici, le vin va se loger dans les moindres recoins. Soudain l’ambiance s’enflamme à l’appel de Bacchus, c’est l’aperitivo, une tradition et un moment sacré en Piémont. Pour moins de 10€ le client a libre accès à un choix gigantesque d’antipasti qu’il déguste entre amis avec un Asti spumante ou frizzante (en rouge). Le Français aurait peut-être tendance à se gaver de bruschetta en guise de dîner, tout à l’opposé de la famiglia italiana qui n’aura pas manqué de réserver au ristorante d’à côté.

œnotourisme en direct

How are you Jean Philippe ? C’est Luca mon guide qui vient me chercher à l’hôtel. Une grosse brume supposée se lever en fin de matinée recouvre Alba et ses environs. Dans sa petite Ford, Luca, le musicien rock, m’explique qu’il est guide free-lance travaillant pour  plusieurs agences d’œnotourisme.

Je retiens qu’il faut éviter de commander sa visite sur Booking, car avec la cascade de commissions, il ne vous reste pas grand-chose. Évidemment je suis tombé dans le panneau et pour mes 200 € je n’ai eu droit qu’à la visite d’un unique (très beau) domaine, une ballade dans Barbaresco, une dégustation dans une enoteca et un déjeuner compté en supplément. On ne s’en plaint pas car j’ai apprécié ma rencontre avec Luca dont voici le contact : lucababbiotti@yahoo.it.

La Ford enchaîne les virages, on monte, on monte et plus on monte, plus le ciel se dégage. Et tout à coup la carte postale me saute aux yeux : toutes ces collines escarpées coiffées de  villages médiévaux aux pentes raides plantées de vigne haute. Luca me les énumère : Neive, Barbaresco, Castagnole delle Lanze, Santo Stefano de ce côté-ci de la rivière Tanaro et des dizaines d’autres du côté de Barolo, d’Asti. Bien mérité le label UNESCO qui consacre ce paysage viticole inoubliable.

Bienvenue au Domaine Guiseppe Cortese, me dit Gabriele, dans un français impeccable. Il est de la famille et dans une vie antérieure travaillait dans la mode à Paris.

Pas un domaine vieux de cinq siècles comme beaucoup d’autres par ici, juste une cinquantaine d’années. Moins de 10 ha et surtout assis sur une pépite, au plutôt un grand cru, le Barbaresco Rabajà qui lui a ouvert les portes des tables étoilées et des grands sites de vin comme Idealwine.

Nous rejoignons un groupe pour la dégustation et là je vais essayer d’apporter un éclairage sur l’immense complexité organoleptique et administrative des vins du Piémont.

pas de place pour les blancs

Il y a les blancs très minoritaires de cépage arneis qu’on trouve plutôt à Roero ou à Asti. Ici, à Barbaresco, nous sommes au royaume du nebbiolo. Probablement un cousin éloigné du pinot noir, en tout cas, il en a la robe grenat intense.

Ça serait trop simple s’il n’y avait que lui ;  vous trouverez aussi le dolcetto (rien de doux !) et le barbera. Ces deux cépages donnent des petits vins de soif sympas mais on n’est pas venu pour ça. Le vrai, l’emblématique de la région c’est le nebbiolo. Je déguste alors une jolie trilogie : Langhe nebbiolo, Barbaresco, Barbaresco Rabajà. Tous de la même veine : une belle tension acide, des arômes de fruits noirs, un bel équilibre entre un corps puissant, tannique et une suavité en bouche se terminant par des petits amers «qui en redemandent».

Alba et Beaune, la fight

Un élevage plus long s’impose pour le haut de gamme avec plus d’intensité, de complexité mais aussi plus fermé, taillé pour le vieillissement. Les prix s’échelonnent de 17 à 55€. Guiseppe ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec les crus de la Côte de Nuits, Beaucoup trop chers ! Pour lui, Beaune et Alba se regardent encore trop en concurrence malgré des liens au niveau des lycées viticoles. Alors formons un vœux : que le repas gastronomique des Français, autre patrimoine immatériel labellisé par l’Unesco, puisse un jour accueillir un grand vin du Piémont, ce serait un beau symbole d’une Europe de l’Art de Vivre.

Et le Barolo ?

La DOCG Barolo s’étend autour de la commune de Barolo, à une trentaine de kilomètres de Barbaresco, sur ces mêmes collines aux sous-sols argilo-sableux, marneux très divers. La dégustation se déroula dans une enoteca amie de Luca. Incapable de faire la différence entre les deux appellations aussi je redis ce qu’on m’a dit : le barolo était bu à la cour de la Maison de Savoie à la différence du barbareso. Cela en fait un « vin des Rois » normalement plus cher qu’un vin de commerçants. Le famiglia Anselma Barolo 2016, très bien noté, m’a laissé un savoureux souvenir. Mais aussi une frustration car ces jolis vins de gastronomie sont faits pour accompagner un met raffiné comme un osso bucco ou des cailles farcies, par exemple, mais pas un gressin.

Retour à la truffe

Alba se visite de préférence en fin d’automne, et pourquoi donc ? Chaque fin de semaine, s’y déroule la Fiera del Tartufo. Ce champignon à fructification souterraine se décline en truffe blanche, la piémontaise et la noire, celle du Sud-Ouest français. La blanche se récolte en été avec l’aide d’un chien truffier, la noire en automne-hiver. On oubliera le cochon truffier qui avait trop tendance à bouloter le champignon.

Pour les Piémontais, la meilleure, c’est bien sûr……? Vous avez deviné. Une cinquantaine de stands exhibe les truffes comme des pièces de joaillerie, conditionnées plus ou moins hermétiquement pour limiter la diffusion de leur puissance odorante.

A 450€ les 100g j’ai passé mon tour, laissons ce plaisir aux chefs étoilés et aux riches amateurs. Les crema de tartufo, ces préparations culinaires autour de la truffe sont proposées partout à la dégustation – avec un verre de nebbiolo, ça va de soi- dans une ambiance unique de marché d’avant-Noël. Comment mon sac à dos a-t-il pu se remplir autant ?

L’UNESCO a encore frappé en attribuant en 2020 un label à la truffe noire du Lot, au titre du patrimoine culturel immatériel. Un an plus tard c’est la tartufo bianco d’Alba qui obtient la médaille. Y a-t-il un tartuffe dans l’histoire ?

Jean-Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

2 commentaires

  1. Monges Gerard dit :

    Super article qui décrit bien l’ambiance qui règne dans ces villages du Piemont ou l’oenotourisme est roi.
    J’ai retrouvé les images de cette magnifique région. Ces coteaux escarpés ou à force de labeur les vignerons ont façonné un paysage, cette finesse des vins, ces odeurs de noisette . Pour tout ça merci …

  2. Raffard Jean-Philippe dit :

    Un grand Merci à vous, M. Monges ! Nous nous retrouvons en amateur du Piémont et nous ne sommes pas nombreux en France…. A bientôt pour de nouvelles découvertes. Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas ! Bonne année à vous. J-Ph Raffard

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