Chiaretto di Bardolino, rosé de conquête ?

Un périple sur la planète rosé, cela vous dit ? Le coq gaulois peut chanter haut et fort, la France est premier de la classe : premier producteur mondial de rosé, premier consommateur et premier exportateur. Dans la bataille des noms, des symboles et des images, le mot ROSÉ – intraduisible comme le mot TERROIR – s’impose. Demandez donc un pink wine ou un blush wine dans un bar de Miami ? Le rosato di Puglia ou le rosado Navarra, pourtant délicieux, partent plombés par des noms qui ne sonnent pas français. Petite devinette où Brad Pitt et Angelina Joli ont-ils acheté leur domaine viticole ? Et George Lucas ? Et George Clooney ?

SOUVENEZ VOUS DU PROSECCO

L’Italie, premier producteur mondial de vin, n’entendait pas se laisser distancer plus longtemps sur la planète rosé. Qu’on se rappelle de la percée fulgurante du Prosecco (600 millions de bouteilles vendues en 2018) le double de la production de  champagne. Alors les voilà à la conquête de la planète rosé avec le Chiaretto di Bardolino.

Pourquoi ce soudain intérêt pour un rosé Italien ?  Denis Garret, maître sommelier m’avait aimablement recommandé auprès d’Irene Graziotto public relation de l’appellation (DOC) Chiaretto di Bardolino. Là où j’attendais quelques mignonettes (5cl) pour satisfaire ma curiosité, j’ai reçu 24 bouteilles de 75 cl. De quoi fournir le vin pour une noce d’été ! Évidemment on allait les boire, mais avant tout les déguster.

Google me dit que Chiaretto signifie Bordeaux, le vin. Ah ! mais oui, c’est clairet à la sauce italienne, clin d’œil à l’AOC Bordeaux clairet à la robe fuchsia qui fait un retour en force dans la tradition des bordeaux légers longtemps exportés au Royaume Uni.

L’ART DE VIVRE À L’ITALIENNE

Où sommes-nous ? Dans les Alpes Italiennes, proche de Vérone en région Vénétie, plus précisément sur le côte Est du lac de Garde. Bardolino est un village touristique en bord de lac et porte le nom de l’appellation. Les paysages sont splendides mais ne vous attendez pas à faire de longues promenades en solitaire par ici, les visiteurs se comptant par millions.

Il y a une raison majeure à cet engouement, c’est l’« amour de l’Italie » ce legs toujours vivant transmis par Goethe et Stendhal qui vibre dans nos cœurs.

Enoteca, ristorante, bistro, tavola, taverna, trattoria, osteria, wine bars…. la langue italienne est tellement riche pour nommer les lieux de convivialité, là où l’on mange, où l’on trinque.

Ces lieux qui incarnent l’art de vivre à l’Italienne fait de sincérité et de simplicité.

 

Voyons plus loin que la gastronomie et laissons nous porter par les yeux : les rives du lac, constellées de petits bourgs, châteaux et monastères, anciens villages, monuments et musées évoquent l’histoire et la culture du lieu.

Les sportifs ne sont pas oubliés :  natation et voile dans le lac, escalade, parcours VTT, itinéraires de trekking et sentiers à parcourir à cheval…

On en restera là sinon on va croire que nous sommes sponsorisés par l’Agenzia Nazionale Turismo !

 

LE CORVINA UN CÉPAGE COUTEAU-SUISSE

Sur les collines alentours se déploient les 2700 hectares de vignes de l’appellation (DOC). Elles plongent leurs racines dans des sols morainiques pauvres et des sables. Le climat tempéré par la proximité du lac convient parfaitement au cépage endémique le corvina veronese. Un cépage un peu léger mais productif et résistant qui a longtemps produit un petit rouge correct, sans plus.

Le Bardolino a pâti de la proximité de Valpolicella, mondialement connu pour ses Amarone, ses vins de paille à l’arôme concentré par un long dessèchement. Ils sont issus du même cépage corvina comme toujours assemblé avec ses adjoints corvinone, rondinella et molinara.

Les quelques soixante- dix domaines viticoles se répartissent en vignerons indépendants, caves coopératives et les propriétés emblématiques de l’Italie vini-viticole.

Des marques comme Zenato, Zeni, Denner ou Lenotti sont depuis longtemps actives sur les marchés internationaux.

Elles constituent les brigades de choc de l’Italie exportatrice.

Sur place, elles investissent entre Bardolino et les collines de Valpolicella dans de vastes ensembles bâtis autour de l’œnotourisme et l’hôtellerie-restauration.

Ces marques traditionnelles ne mettent pas en avant (pour l’instant) la viticulture bio.

A la différence des Vignaioli indipendenti qui affichent bien haut leurs certifications bio ou biodynamique.

 

la dégustation Vertivin

Les bouteilles de Chiaretto di Bardolino attendaient sagement alignées dans la cave climatisée du château de la Frémoire, près de Nantes. Elles attendaient le top départ de la dégustation qui a réuni une douzaine d’amis- amateurs, heureux de se retrouver après une si longue période sans rencontres ni sessions.

LE ROSÉ DES NUANCES

Craignant une certaine monotonie, la fine équipe fut agréablement surprise par la diversité des bouteilles présentées : bordelaises et bourguignonnes ; des étiquettes aussi : du traditionnel au design épuré, en passant par le dessin poétique.  Exposées à la lumière, les bouteilles délivrent une multitude de nuances de rosé, du diaphane au magnolia, en passant par la pelure d’oignon, la barbe à papa, le bois de rose ou le saumon.

Nous avons affaire ici à des rosés de saignée, une méthode peu pratiquée en France où le rosé de pressé est dominant. Rappelons que le rosé de saignée consiste à faire macérer à froid les raisins jusqu’à 24 heures avant de lancer la fermentation en cuve inox. On dit que les anthocyanes seraient davantage extraits des tanins, au bénéfice de la diversité aromatique. Allez savoir ?

QUI L’EMPORTERA ?

Au nez comme en bouche, la gamme aromatique est au rendez-vous.  Au point qu’on pourrait l’appeler les 4 F : Fraicheur, Florale, Fruitée, Finesse. Ici et là on peut trouver un nez un peu trop maquillé ou une acidité un poil faiblarde, mais l’ensemble est harmonieux et diversifié, rehaussé parfois par des notes fumées ou poivrées-épicées.

Selon l’habitude de Vertivin, les dégustateurs disposaient de 5 points à répartir sur les vins qu’ils souhaitaient mettre en avant.

Un podium se dessine avec :

1er Rocca Sveva, classico 2020 Cantina do Suave 8 points

2ème Le Morette, classico, 2020, Valerio et Fabio Zenato 7 points

3ème Gaudenzia classico, 2018 Villa Cordevigo 6 points

Mes notes de dégustations rejoignent celles du groupe, avec un regret tout de même, l’absence du LeVigne di San Pietro avec son très beau fruit et sa fine note poivrée.

On laissera le mot de la fin au célèbre critique Hervé Lalau, qui concluait son article dans les 5 du vin : Quelles sont les qualité d’un bon Chiaretto ? Une bonne acidité, un alcool modéré et un joli fruit sans exubérance.

 

OÙ TROUVER LES VINS ?

Les sites des domaines mettent davantage en avant les activités oenotouristiques de la région et donnent vraiment envie de faire le voyage. Petite déception, ils réservent leurs ventes en ligne aux consommateurs italiens.

La Cantina Rocca Sveva

Azienda Le Morette 

Villa Cordevigo

Le site de vente en ligne Tannico  affiche 12 références de Chiaretto di Bardolino vendues entre 7,50 et 12€ hors frais de port.

Selon le principe des vases communicants plus le Bardolino (rouge) décline plus le Chiaretto progresse au point d’atteindre les 12 millions de cols produits aujourd’hui soit bientôt l’équivalent du volume des vins rouges. Du coup, la DOC a pris en main son destin et intensifié ses efforts pour la promotion de ce vin que beaucoup considèrent comme le meilleur rosé italien. La situation est d’autant plus favorable qu’ici le rosé se vend plus cher que le rouge.

Le Chiaretto di Bardolino n’a probablement pas de grosses ambitions en France, en termes de volume. Il compte faire sa place sur un marché d’amateurs, de curiosité. C’est un vin qui a une histoire à raconter, qui fait voyager les papilles et peut surprendre par ses qualités. Tout comme la Squadra azzura a surpris son monde à l’Euro 2021 !

Jean Philippe                                                                                   

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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