S’installer en Suisse : Clément, jeune vigneron du Valais

A la rencontre d’un jeune vigneron encaveur valaisan, qui cultive et vinifie avec conviction. Comment Clément Magliocco avec ses vieilles vignes taillées à l’ancienne en « gobelet » et portées par des murs presque centenaires arrive à élaborer des vins si modernes ?

Parti de rien

Comme le dit lui-même, Clément Magliocco je suis parti de rien, mais j’ai tout de suite été bien entouré. Son aventure débute en 2016. Dans l’optique de rejoindre son père à la Cave Villa Solaris, il acquiert une parcelle de vieilles vignes de johannisberg sur les hauteurs de Chamoson en Valais.

Malheureusement, la Cave Villa Solaris arrête soudainement son activité et Clément doit alors tirer un trait sur son rêve d’en assurer la continuité. Il pense à tout abandonner, mais son ami, Kevin Constantin,  caviste à la Cave Saint Michel (Corins VS) le pousse à garder sa parcelle de vigne pour en tirer quelque chose.

Le prix des vignes en Suisse

Le prix des vignes en Suisse, c’est un peu comme le secret bancaire : un sujet bien gardé qui n’a pas de fenêtre officielle comme peuvent en disposer les vignes françaises à travers le baromètre officiel de la FNSafer. Le coût de la vie et du foncier étant élevé en Suisse, les prix peuvent parfois être aussi élevés que les plus prestigieuses régions françaises.

Quelques chiffres permettent de se faire une idée. En 2012 dans le canton de Vaud un grand domaine viticole est vendu pour 38 millions d’euros. Ses parcelles de vignes sont vendues à 25,4 CHF le m2 (soit 234.000€/ha). C’est trois fois plus onéreux que des vignes dans les appellations de Vacqueyras ou Gigondas, et 30% plus cher que les meilleures appellations de Loire.

Plus récemment en 2016 dans le Valais les vignes s’en vont à 50 CHF le m2 (soit 462.000€/ha). Un prix qui avoisine le « ticket d’entrée » en Champagne, et qu’on retrouve aussi dans le Bordelais et en Bourgogne.

Le coût des infrastructures et de la main d’oeuvre est lui aussi élevé. Un domaine viticole de 6ha en Valais avec le bâti et le matériel de cave complet se négocie en 2021 autour de 2’400’000 CHF, soit 2.250.000 €.

C’est ainsi qu’en septembre 2017, Clément vit ses premières vendanges. 707 kilos de raisin sont récoltés, destinés à devenir le premier vin de Clément Magliocco : un johannisberg de Chamoson. La mise en bouteilles aura lieu le 27 juillet 2018, le jour de l’éclipse lunaire. Si l’étiquette de ce vin nous fait voyager dans l’espace, c’est un joli hasard, c’est un coup de chance si on a mis en bouteille ce jour-là ! En parallèle, il vinifie quelques 214 bouteilles de pinot noir, avec les fruits survivants au gel d’une parcelle appartenant à sa mère.

Suivre ses convictions plutôt que les sentiers battus

Clément Magliocco a des convictions. Ce qui ne l’empêche pas d’être résolument ouvert à la découverte et à l’innovation. Il cherche avant tout à respecter la nature, le sol, l’eau et l’air et s’estime responsable de la fertilité du sol.

La biodiversité n’en sera que reconnaissante lors de la croissance de sa précieuse vigne. L’enherbement spontané autour de ses ceps est de mise. Clément s’amuse de ce choix : Pas sûr que mes grands-pères auraient apprécié de voir autant d’herbes cohabiter avec la vigne. Mais il ne faut pas croire que cet enherbement est si facile à gérer : passer la débroussailleuse en plein été c’est assez sport ! 

Je suis convaincu par l’agriculture biologique, j’adhère à 100% à ces principes que je respecte à la vigne, mais je ne souhaite pas que toute la personnalité de mes vins repose là dessus explique-t-il. Les vins de Clément Magliocco ne bénéficient pas pour autant du label bio-suisse, car la surface de ses vignes est bien en deça du minimum imposé par ce label. D’ailleurs je ne sais pas si je ferais la démarche pour obtenir ce label dans le cas où je répondrais aux critères de surface. Et puis je ne vinifie pas dans ma propre cave : là où mes vins sont élevés d’autres crus non-bio le sont aussi !

 Des produits naturels à la vigne : oui mais aussi pour l’expérimentation

Lors de l’élaboration de mon plan de traitement, il m’a paru évident d’utiliser uniquement des produits naturels. Premièrement par conviction, deuxièmement pour moi… Je suis la personne qui passe le plus de temps dans ces vignes. De plus, j’avais envie d’expérimenter et de prendre ce “risque” après avoir consacré mon travail de diplôme sur la reconversion à la viticulture biologique. Chaque année, je fais des essais sur mes vignes pour réduire l’utilisation du cuivre ainsi que pour continuer d’en apprendre plus. Cette année, j’ai eu la chance de participer à une journée avec l’Association Romande de Biodynamie qui m’a permis d’en apprendre plus sur la préparation bouse de corne dite “500” et d’en ramener avec moi pour l’appliquer sur mes deux vignes…Un agréable souvenir. 

D’autant que les retombées commerciales d’un tel label n’intéressent pas du tout notre jeune vigneron : Aujourd’hui je fais du vin pour moi et j’ai la chance de pouvoir rencontrer la plupart de mes clients et de leur expliquer ma démarche sur le terrain. J’adore ce contraste entre mes vignes pittoresques, ultra-traditionnelles et naturelles et mon vin qui a une allure très moderne.

L’utilisation de souffre est limitée et le vin est élevé sur lies, ce qui lui apporte du gras. Clément ne possède pas de cave, il vinifie et élève ses vins à la cave St Michel à Corins où son ami Kevin Constantin est le caviste.

Du pinot noir et du johannisberg : les emblèmes de Suisse et du Valais.

Clément possède donc deux parcelles. La première se situe à Chamoson. Elle est plantée avec du johannisberg. Cette commune est très réputée pour ce cépage qu’on trouve en Valais depuis 1862. Le johannisberg est en fait un autre nom donné au cépage sylvaner. Les Valaisans le commercialisent sous le nom de johannisberg depuis 1928. Il s’agit du deuxième cépage blanc le plus présent en Valais. Il donne des vins tendres et aromatiques avec un beau potentiel de garde.

La parcelle de Clément est plantée avec des vieilles vignes du cépage sylvaner et est répartie en six terrasses surplombant le village viticole de Chamoson.

Le johannisberg 2018 de Clément Magliocco est mi-flétri, lui apportant du sucre résiduel très agréable, tandis que le millésime 2019 est plus sec. La robe est très claire et limpide, le nez est franc et aromatique. On sent les fruits d’automne comme la poire, la pomme et dans une moindre mesure l’arôme de miel. En bouche, la matière est ample, avec de la longueur, sans pour autant manquer de fraîcheur.

La deuxième parcelle de Clément est plantée avec du pinot noir sur la commune de Saint-Pierre de Clages. Ces quelques rangs de vignes se situent sur le fameux lieu-dit de Trémazières. La typicité de Trémazières réside dans le fait que le sol y est compact et très riche en calcaire. Le pinot noir est le principal cépage rouge cultivé en Suisse. Il donne des vins peu colorés, mais très fins. Ce cépage précoce et sensible nécessite tout l’attention du vigneron.

Avec le millésime 2018, Clément a proposé un vin rouge intense et vigoureux. La structure était légère et la concentration apportait de l’intensité. Il s’agissait d’un vin très gourmand avec une vraie personnalité. En 2019, Clément a décidé de proposer un nouveau vin avec son pinot noir : un rosé rempli de fraicheur, aromatique, avec une jolie intensité.

Se renouveler pour rester libre

Sûrement grâce à la fougue de sa jeunesse, Clément Magliocco n’hésite pas à tester de nouveaux produits, son rosé le prouve déjà, mais pas seulement. Il n’a pas peur de prendre de risque au niveau de son travail dans les vignes et dans la cave, il ne souhaite pas que son vin soit statique, qu’il soit le même chaque année. Son but est de laisser le millésime s’exprimer dans chaque produit.

Clément Magliocco est très présent sur les réseaux sociaux, Instagram principalement. C’est là qu’il dévoile bon nombre de ses projets et ses nouvelles collaborations.

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Le design de ses étiquettes est jeune et original. Oriane Michaud a dessiné l’étiquette du pinot noir, représentant le portrait de Clément, tandis que  Romain Iannone, un ami d’enfance, a fait celle du johannisberg. Son pinot noir 2017 est également proposé en magnum en édition très limitée. Pour l’étiquette, il collabore avec  Jota Favre, un tatoueur valaisan.

Une autre collaboration, cette fois-ci  avec ALATA Vermouth, il crée un apéritif à base de johannisberg de Chamoson, d’abricots du Valais et de diverses plantes. Une vraie réussite en édition limitée rapidement en rupture de stock !

Clément Magliocco ne s’arrête pas là ! Pour 2020, il annonce déjà : avec Kévin Constantin caviste chevronné et ami de longue date, nous avons décidé de lancer une gamme commune sous le nom de THE APOTHECARY.

Cette nouvelle collaboration donnera naissance très prochainement à deux produits originaux : un apéritif à base de vin blanc local aromatisé aux agrumes et plantes aromatiques, ainsi qu’un vin de pêche, lui aussi à base de produits locaux.

Rémi

Ecrit par Rémi FUCHS
Français installé en Suisse, Rémi est passionné par le vignoble helvétique. Après des études dans la restauration, Rémi s'oriente dans le domaine du vin. C'est aujourd'hui un fervent défenseur du vignoble suisse et de ses vignerons. Et partager sa passion est devenu son mantra. Il est co-fondateur de Vigne – Vins Suisses Sélectionnés (www.vigne-suisse.ch)

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