Les époux Comme, Bordeaux en biodynamie

Génération Vignerons lance aujourd’hui sa chronique bordelaise. Vous vous demandez peut-être pourquoi ? Bordeaux demeure la première place mondiale du vin, quoiqu’on en pense, quoi qu’on en dise. Mais surtout, Bordeaux capte en ce moment des forces régénératrices qui avancent discrètement, sans bruit médiatique.

Capter ces signaux faibles, voilà la mission de notre ami et nouveau rédacteur Florian Nunez, qui rejoint ainsi l’équipe composée de François, Jean-Philippe, Audrey et Jean-Luc. Florian l’ingénieur, fut touché par la grâce de la vigne et du vin et s’y investit totalement au point de décrocher le WSET Diploma.

Le voilà  qui décide de se mettre à l’écoute des vignerons pour raconter leur histoire, leurs succès comme leurs déceptions. Et aussi pour promouvoir leurs vins, via son activité d’agent.

Avec ses copains Romain et Antoine ils lancent avant la Covid le podcast le Bon Grain de l’Ivresse qui leur ouvre des portes inattendues, comme celles des « Époux Comme ». Pourquoi ce choix a-t-on envie de lui demander ? Pour donner un bon point de départ à cette chronique ?

Florian :

Non loin de Sainte Foy la Grande, un couple d’irréductibles passionnés œuvre pour élaborer de grands vins. C’est ici, dans les confins du département de la Gironde que je vous emmène. Jean Michel et Corinne Comme président à la destinée du Château du Champ des Treilles. Personnes de conviction, (c’est un euphémisme !), ils m’ont montré que leur philosophie culturale est un chemin possible vers de grands vins dont leur expression définit leur terroir d’origine. Même si cela doit être envers et contre tous ! Suivez-moi.

Les années 90, le grand départ

Complices à la vigne comme à la ville, Jean Michel et Corinne accueillent leurs deux enfants au début des années 90. Cela provoque un questionnement profond, de ceux qui changent le cours d’une vie. Leur façon de travailler, leur conviction, leur vision du vivant sont remises à plat puis les amène à cette conclusion sans détour : leur identité n’est plus en phase avec leur façon de travailler.

Tout est à revoir !

Déjà professionnellement engagés dans le monde du vin, ils entament une réflexion qui, au détour de rencontres, les mène à François Bouchet.

Précurseur écouté et respecté de la biodynamie, il leur exprime sa vision des choses et vient, en partie, répondre à leurs interrogations.

Il les met sur le chemin qu’ils continuent d’emprunter aujourd’hui.

Cette philosophie devient un cadre de vie autant qu’une conviction intime.

Dès lors, comment le traduire dans leur travail au quotidien ?

Le Champ des Treilles ? retenez ce nom

Dans le village de Margueron, à une heure de route de Bordeaux, Corinne et Jean Michel récupèrent des vignes en 1998 dans lesquelles Jean Michel a pu jouer étant enfant. Ce lieu singulier est parfait pour développer ce projet de famille dont les enfants sont partie intégrante. La sympathie et la bienveillance du couple à toute épreuve se manifestent jusque dans cet achat : “ll ne s’agissait pas de « reprendre un vignoble » mais plutôt de devenir un maillon d’une longue histoire” me disent-ils. Tout un programme !

Ils y trouvent des mamies plantées juste après la seconde guerre mondiale. Ces sauvignons, muscadelles et autres sémillons constituent l’assemblage du blanc de la propriété. Pour le rouge, c’est principalement du merlot, comme un poisson dans l’eau sur les sols argilo-calcaires du coin, du cabernet franc, du cabernet sauvignon et du petit verdot qu’ils chérissent amoureusement.

La biodynamie, une observation permanente

Comme Corinne aime à dire, “Tout ce qui pousse, tout ce qui vit raconte l’endroit, non seulement, il faut beaucoup de diversité mais il faut de la variété du vivant”. Point de salut sans diversité donc, point de culture de la vigne sans un sol bien vivant. Et pour atteindre ce but, un seul chemin leur est possible : la biodynamie.

Dès leur installation, cette pratique sonne comme une évidence. Pas considérée comme une révolution à mener au pas de charge, l’évolution est plutôt de velours, une mise en place par petite touche. C’est d’ailleurs comme cela que Jean-Michel Comme a œuvré lorsqu’il travaillait à Pontet-Canet, un grand cru classé médocain. Les grands vins se construisent par de menus soins apportés au quotidien.

Observer pour comprendre et agir est un maître mot au Champ des Treilles. Dans la pratique, l’idée maîtresse n’est pas de lutter contre une maladie ou un ravageur, limite de l’agriculture biologique selon eux, mais plutôt de comprendre les causes de leur arrivée. “Mieux vaut prévenir que guérir !” comme nous le rappelle si bien l’adage. Cela nécessite une observation sans relâche des parcelles et du vivant. Elle doit permettre de comprendre ce qu’il s’y passe et de détecter les signaux indiquant l’approche d’une maladie ou d’un ravageur pour ensuite agir.

L’apprentissage permanent

L’apprentissage demandé par cette approche holistique est permanent. Il répond à un but ultime : trouver ce que Corinne Comme appelle  “l’équilibre d’une parcelle, lui-même somme de plus petits équilibres.” Selon elle, les grands terroirs sont justement ceux qui donnent à voir, à ressentir cet équilibre ultime. Mais cet apprentissage n’est pas de tout repos. “On apprend par soi-même, en prenant des claques” me dit-elle.

C’est ainsi que chaque hiver, Jean Michel et Corinne se consacrent, ensemble, à un sujet d’étude observé dans les vignes. Cette réflexion pointue est à l’image de ce couple : ne rien laisser au hasard pour toujours mieux comprendre et apprendre. Accepter la remise en question pour évoluer et toujours faire mieux.

La transmission comme mantra

Affublés de tous les maux (et de tous les mots) lorsqu’il a démarré la conversion de Pontet-Canet, les connaissances et le savoir-faire de Jean Michel sont désormais demandés dans plusieurs domaines, en France comme à l’étranger.

Corinne, elle aussi, contribue au changement des mentalités dans le vignoble en étant consultante pour différents domaines. Leurs enfants sont également dans la même veine. Embarqués dès le plus jeune âge dans cette philosophie, ils en sont mordus et agissent également comme consultants spécialisés en bio et en biodynamie. Histoire de famille transgénérationnelle, espérons que le savoir de cette famille unique et passionnante trouve l’écho que leurs vins méritent !

Justement dans le verre

Je trouve le blanc être d’une gourmandise affolante. L’équilibre, tant évoqué par Corinne, est délicat, aucun des composants du vin ne dominant l’autre. Chaque partie (alcool, acidité, texture et saveur) est au service du vin. Le volume du vin appelle la table alors que la finale saline avec juste ce qu’il faut d’amertume allonge le vin. Du plaisir en barre !

Le rouge est du même acabit. Toujours ce sempiternel équilibre. Entre les cépages déjà, et entre chaque composant du vin également. Tout concourt à mon plaisir. L’aromatique est complexe et intense. Portée par une acidité bien intégrée et des tanins très élégants, je déguste le vin sans m’en rendre compte !

Un superbe vin. Au-niveau d’un grand cru classé médocain en particulier ? J’ai ma petite idée. Je vous laisse méditer.

Florian

Image à la Une : © Romain Becker

Ecrit par Florian Nunez
Florian l’ingénieur, fut touché par la grâce de la vigne et du vin et s’y investit totalement au point de décrocher le WSET Diploma. Le voilà  qui décide de se mettre à l’écoute des vignerons pour raconter leur histoire, leurs succès comme leurs déceptions. Et aussi pour promouvoir leurs vins, via son activité d’agent.

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