French ou Dry votre mois de janvier ?

Ouest France – 1er quotidien français – s’adresse à un lectorat familial qui a foi en ses racines judéo-chrétiennes. Un public qui adhère aux valeurs de la démocratie humaniste affichées par le journal même si un socialisme écolo bon teint tend à l’emporter aujourd’hui en terres bretonnes et ligériennes.

Dimanche Ouest -France (400 000 ex), reconnu pour son cahier Sport de haut-niveau propose sa traditionnelle « recette de la semaine » toujours économique et savoureuse assortie de la « bouteille du Dimanche » celle qu’on boit avec le filet mignon ou le ragoût de poisson, par exemple. Il s’agit souvent d’un vin de Loire. Ce lectorat plutôt traditionnel est-il impacté par la proposition du Dry January ?

INJONCTION À L’ABSTINENCE

Visiblement oui, en constatant que l’édition du 5 janvier consacre une page de sa rubrique Actualité et Santé aux personnes qui souffrent de troubles liées à l’alcool. Tandis que celle du 11 janvier nous amène au salon nantais des vins désalcoolisés.

Les termes du débat ont changé par rapport aux années précédentes où l’on nous proposait un gentillet : alors, l’abstinence ça vous tente ? Cette année, les arguments sont plus affirmés, plus péremptoires, le conseil médical n’est pas loin et….Chanu le dessinateur s’en donne à cœur joie !

Visiblement ça accroche le lectorat car deux jours plus tard le quotidien lance une grande enquête : Vous avez participé au Dry January et depuis, vous ne buvez (presque) plus une goutte d’alcool ? Racontez-nous.

LA MACHINE À CULPABILISER

L’angle, comme on dit en journalisme, porte sur « ceux que l’alcool fait souffrir ». Évidemment cela touche le plus grand nombre ; qui n’a pas dans sa famille un parent qui a un problème avec l’alcool comme on dit pudiquement. Personne ne sera indifférent au témoignage de Marie Grall-Bronnec, psychiatre-addictologue au CHU de Nantes, interviewé dans l’article. Elle voit défiler dans son service tellement de misère humaine qu’il serait indécent de la détailler ici. On parle du processus de rétablissement, du nécessaire soutien des proches et pour terminer cette petite pique destinée au lecteur lambda non concerné par l’alcoolisme : le Dry January peut jouer un rôle important, c’est parfois en testant sa capacité de ne pas boire que l’on prend conscience du problème.

Et Ouest-France d’en rajouter une couche en donnant « les plans nantais pour faire du bien à son foie » en l’occurrence les 4-5 bars de la ville qui organisent des soirées Dry January. Encore heureux qu’on ne nous ait pas ressorti l’affirmation péremptoire habituelle : la consommation d’alcool est à l’origine de 49 000 décès par an. Il semble que les terribles dégâts causés par les polluants éternels (PFAS) récemment mis en lumière fasse de l’ombre à la mortalité alcoolique. Qui croit encore à l’argument de l’amalgame quand une vérité scientifique chasse l’autre ?

INSTRUMENT DE PROPAGANDE OFFICIELLE

Il faut y voir la patte de Santé publique France via son bras armé Alcool Info Service, instrument de propagande officielle qui fournit des dossiers presse et des éléments de langage à toutes les rédactions. Celles-ci étant par nature moutonnières, les articles s’accumulent tant au Figaro, au Parisien, au JDMAG, à La Croix ou cette vidéo de France 3 Champagne-Ardennes. Intitulée « la pause santé » la dynamique de diabolisation de l’alcool tourne à fond en ce début janvier, assimilant le vin à un produit toxique, nocif pour la santé comme le tabac, « sans nier l’aspect convivial qu’il peut avoir », l’hypocrisie serait-elle devenue une vertu ?

COMMENT S’OPPOSER À UNE DÉFERLANTE

Vin & Société le lobby ou l’instance représentative qui parle « au nom des 440 000 acteurs de la vigne & du vin » tente de contrer ce déferlement guerrier.

Le French January  est sa réponse « entre le ZÉRO et le TROP »  pour défendre « une vision ouverte et responsable de l’art de vivre à la française, sans diktat ni jugement » comme le résume son manifeste. Un manifeste diplomatiquement policé, soucieux de ne déplaire à personne qu’il en devient un peu falot, comme la petite vidéo qui l’accompagne.

Le French January en appelle à la modération et à la responsabilité de chacun, c’est bien le moins. Mais les violentes attaques des hygiénistes, en faisant de l’alcool- sous-entendu le vin – un produit toxique, nocif pour la santé frappe bien plus fort, plus dans la profondeur comme disent les militaires. Faudra-t-il attendre le centième suicide d’un vigneron pour que le discours destructeur de valeurs soit clairement dénoncé ?

Difficile d’entendre les voix discordantes des chercheurs qui pensent et parfois prouvent le contraire comme le docteur Michel de Lorgeril, cardiologue, nutritionniste et chercheur au CNRS. Il part en guerre contre les addictologues et cancérologies qui affirment : le mythe du petit verre de vin rouge qui protège la santé, c’est fini !

Il tente de réhabiliter la protection cardiovasculaire des polyphénols de vin, comme il l’explique de façon un peu trop véhémente dans son livre : Poison ou Élixir de longue vie, la vérité sur le vin (Thierry Souccar éditions 2025). Mon livre montre qu’il y a des données scientifiques fortes, imparables, pour se défendre. Naturellement ses recherches manquent de budget, puisque le consensus médical affirme aujourd’hui qu’il n’y a pas de différence entre les alcools et qu’au premier gramme d’alcool vous augmentez votre risque de cancer.

Enfin il s’insurge contre la passivité : face aux attaques, le monde de la viticulture est d’une incroyable passivité. Cela ne bouge pas, cela ne se défend pas, cela subit.

Et il exhorte les géants des boissons alcoolisées, les Diageo, LVMH, Penfolds, Castel et autres, à consacrer un tout petit pourcentage de leurs investissements aux recherches scientifiques.

Il ne semble guère entendu par ces géants qui investissent massivement dans la désalcoolisation des vins et spiritueux.

L’EUROPE DU VIN DÉSACCORDÉE

Dr. Ignacio Sanchez Recarte, voilà un nom qui ne vous dit pas grand-chose, j’imagine, et pourtant il est la « voix de l’Europe du Vin ». L’espagnol est secrétaire général du CEEV – Comité européen des entreprises vins – à Bruxelles, un puissant lobby qui influe fortement sur les décisions de la Commission et du Parlement.

On notera au passage que la France, premier pays viticole d’Europe est très mal représentée au CEEV qui relève plutôt d’une chasse gardée Italo-espagnole. Soucieux du dénigrement généralisé de la civilisation de la vigne et du vin, le CEEV a lancé il y a un an, une opération grand public intitulée VITAEVINO relayée en France par Vin & Société. Nous avons reçu à Génération Vignerons un appel à signer la déclaration de VITAEVINO : Pour défendre la culture du vin et sa convivialité : chaque goutte compte !

On a signé bien sûr car nous adhérons totalement au mouvement : la consommation responsable et modérée de vin, adoptée par la grande majorité des consommateurs de vin, est stigmatisée par l’abolition de la distinction entre l’abus d’alcool et la consommation modérée de vin dans le cadre d’un mode de vie sain et équilibré.

Quelle déception de voir que cette campagne totalement passée sous les radars, fait un flop avec ce score minuscule à ce jour de 25219 signatures. L’Europe de la Vigne et du Vin, ses 2000 ans d’histoire, ces sites, paysages et traditions classés au patrimoine mondial de l’Unesco mérite beaucoup mieux. Citons les paysages viticoles du Piémont, de la vallée du Haut-Rhin, du Tokay en Hongrie, de la vallée du Douro, de la Rioja, les coteaux de Lavaux en Suisse, la Wachau en Autriche et bien sûr chez nous la juridiction de Saint Émilion, les coteaux, maisons et caves de Champagne ou les climats du vignoble de Bourgogne. Comment l’Europe de la vigne et du vin, expression de notre art de vivre et socle de notre civilisation peut-elle être aussi malmenée de la sorte ?   

Jean-Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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