Faut-il faire payer la dégustation ?

Ma petite madeleine, mon trésor de cave c’est cet instant magique, lorsque le vigneron toujours débordé, saisit deux verres, l’un pour lui l’autre pour moi et verse un fond de son vin qu’il souhaite faire partager.

Nous sommes là dans l’échange dépouillé d’arrières-pensées, les regards se croisent ; l’œil, le nez, la bouche, les sens sont en ébullition et bien souvent le commentaire exprimé n’est pas à la hauteur de la situation, tant l’émotion vous laisse sans voix.

Ce tableau si sensible est-il à ranger au placard des vieilleries ?

Il y a des craintes quand on voit la marée montante de l’œnotourisme risquer de mettre en péril les usages et traditions. L’œnotourisme ne se réduit pas à vendre du vin mais à créer de la valeur à partir de la visite d’un lieu autour du vin a déclaré un participant-expert lors des dernières Assises couvertes par Génération Vignerons. Mon extase dé-gustative va-t-elle bientôt me coûter un petit billet ?

Le site Rue des Vignerons ambitionne de dépoussiérer la traditionnelle visite-dégustation, à grand renfort de ballades audioguidées, de jeux de pistes et autres parcours connectés. Cette petite vidéo bisounours vous présente les avantages supposés de leur offre d’intermédiation.

Il n’est pas le seul, Les Grappes, la plateforme communautaire qui monte, vient de racheter Vinizos, l’un des pionniers de l’œnotourisme en ligne. Ils sont comme ça des dizaines à pointer leur nez sur un marché en apparence porteur.

plateformes, visiteur, vigneron, même combat ?

En d’autres termes, l’intérêt des plates-formes numériques rejoint-il celui du visiteur et celui du vigneron ? On peut se poser la question. C’est sans compter sur le premier acteur mondial du tourisme qui risque de renvoyer tout le monde dans les cordes grâce à la surpuissance de ses algorithmes. Mais qui est-ce donc ? A découvrir en entrant œnotourisme en Toscane dans votre moteur de recherche…

Est-il légal de faire payer la dégustation ?

Vin&Société a publié un Guide juridique de la Dégustation qui rappelle quelques principes de base : La dégustation est une consommation gratuite d’alcool ; dès lors qu’elle est payante, elle s’analyse en une vente à consommer sur place qui nécessite la détention d’une licence.

Il y a certes des exceptions dans lesquelles tout le monde s’engouffre. Le site professionnel mon-viti.com met en avant l’intérêt pour le vigneron de disposer d’une licence III (boissons alcoolisées inférieures à 18°) gratuite, attribuée par le Maire de votre commune. Une sécurité juridique peut-être utile lorsque les pourfendeurs de la consommation d’alcool ne manquent pas de voir derrière les « dégustations au Domaine » des bacchanales paillardes !

Quelles sont les pratiques de nos vignerons-amis ?

Une petite enquête s’impose….

Pas d’amalgame, me dit Pierre-Antoine Giovannoni, la dégustation est le préambule de la vente au domaine, pas question de faire payer cette prestation. L’œnotourisme démarre lorsque nous proposons un service supplémentaire en termes d’accueil, d’organisation de visites, d’animation ou d’hébergement. Un service qui doit être qualifié et chiffré. A la Confédération des Vignerons Indépendants en Anjou, nous encourageons et formons nos collègues à la professionnalisation, notamment dans leurs rapports avec les prestataires.

Pierre-Antoine a beaucoup travaillé sur la présentation de ses prestations oenotouristiques du Château de la Viaudière, tout comme celui de la Maison Sauvion au Château du Cléray une belle propriété viticole proche de Nantes que nous avons visitée à deux reprises – La Cuvée cardinale et Dégustation à la Nantaise. Il peut nous arriver de demander 2,5€ par verre, remboursables sur les achats, lorsqu’on voit des personnes venir avec des idées de chahut…me dit Sandrine, responsable du pôle visite et dégustations.

La famille Lieubeau – une famille formidable – à Château-Thébaud dans le vignoble nantais apporte un soutien sans faille à l’AFM Téléthon depuis des années. Aussi leurs nombreux visiteurs-dégustateurs sont-ils invités à faire un geste de solidarité. Le domaine des Huards à Cour-Cheverny en Loir et Cher, récemment visité par Génération Vignerons me confirme la gratuité au nom de leur tradition d’accueil.

Ouf ! Mon verre partagé avec le vigneron semble rester dans la sphère de la gratuité, mais si je puis livrer un secret de cave, mon préféré est le verre partagé rempli par la pipette tastevin au dessus de la barrique.

Jean Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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