Domaine Nova Solis, reconversion réussie !

Pour un changement de trajectoire professionnelle quel plus joli nom que Nova Solis ? Nouveau Soleil c’est cet emblème que deux vignerons ont tenu à poser sur leur domaine, au cœur des plus beaux vins de l’appellation Terrasses du Larzac.

Sous le soleil exactement !

Pas à côté pas n’importe où. Juste en dessous… Anne et Romain ont créé leur domaine Nova Solis en 2016. Pour eux, c’est une nouvelle aventure, un nouveau soleil qui devrait briller longtemps. Le domaine, travaillé en bio, se situe sur la commune de Jonquières, dans l’Hérault, à 40km au nord-ouest de Montpellier sur les contreforts du plateau du Larzac. Ils sont tels deux « jardineurs » amoureux de la terre pour qui les plantes sont des êtres vivants comme des enfants, et leur famille est grande. Mais la foi qui les anime va au-delà de nos croyances, leur discipline est ascèse. Nous prenons soin de chaque cep afin de favoriser la pérennité du domaine et faire en sorte que la nature nous le rende bien.

Retour aux sources

Les grands-parents de Romain sont d’origine champenoise vers la fin de la Côte des Blancs, sur les coteaux du Petit Morin et du Sézannier entre Épernay et Sézanne. La nature ils la connaissent bien. C’était la 4ème génération. En 2013, Romain et Anne en ont eu un peu assez de leur activité de paysagiste à Paris, je gérais une équipe de 30 personnes. Et 90 l’été sur des travaux neufs, avec les marchés publics des collectivités locales. On était la 5ème plus grosse entreprise du secteur en Ile de France. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. On s’est lancé. Mais où ?

Lorsque nous avions goûté les vins de la région nous étions tombés amoureux de ce secteur particulier des Terrasses. Nous avions commencé nos dégustations avec le Mas des Chimères, Cal Demoura, Mas Julien, Montcalmès…

Le grand saut

Nous avons tendu des perches, mais il faut savoir que personne n’est capable de te dire ce qui peut bien fonctionner lorsque tu cherches un modèle économique viable. Particuliers ou professionnels ? Bio ou pas ? Avec des prix moyens qui ne sont pas les mêmes. Chaque domaine possède son modèle économique et chaque modèle économique est différent. Alors on s’est poser plusieurs questions avant de faire le grand saut.

Pourquoi chaque nom de cuvée possède un rapport avec le soleil ? C’est en hommage au nouveau démarrage du domaine et au soleil du Languedoc. Changement de métier, changement de région, l’Aube, L’Aurore, Crépuscule, Zénith. Le soleil fait sa révolution.

Six actions à entreprendre avant de monter son domaine.

  1. Chercher un domaine en les visitant et se fixer une fourchette de prix d’achat
  2. Créer son réseau d’acteurs sur le terrain en faisant des rencontres
  3. Faire les demandes auprès de la Chambre d’agriculture
  4. Décider sous quelles formes on peut s’installer : coopérative en partie ou pas ?
  5. Déterminer une surface de vignoble suffisante et des rendements viables
  6. Rencontrer les vignerons coopérateurs qui veulent céder leurs vignes
  7. Démissionner de son emploi

On a beaucoup insisté en travaillant sur ces différents choix lors de ma formation. J’ai bénéficié d’un Parcours Jeune Agriculteur en parallèle, qui aide vraiment pour une reconversion vigneronne sereine. On a monté un business plan,  suivi par la Chambre d’Agriculture. On devait présenter notre projet devant les banques, les comptables et les responsables de la profession en fin de formation. Romain maitrisait déjà une bonne partie du commercial, la partie organisationnelle, la gestion de planning, comptabilité et facturation. Un grand saut donc sécurisé.

Sur le même sujet : Après l’école, avant l’installation Comment doper son expérience

Le prix de la liberté

Sur les Terrasses, un domaine établi vaut entre 1,2 million et 1,4 million d’euros. Cela peut paraitre cher mais on achète l’image du domaine, son réseau, les clients, le stock. Néanmoins attention, les clients ne sont pas fidèles, il faut travailler et rechercher une autre clientèle. Notre domaine nous revient à 360 000 euros.

Fallait-il s’associer à des investisseurs comme d’autres le font et bénéficient de moyens techniques lourds ? Nous avons décidé que non. « Il vaut mieux un petit chez soi, qu’un grand chez les autres ». On ne voulait pas se coltiner ceux qui te disent ce que tu dois faire et quand tu dois le faire … on avait déjà donné.

 

Sur le même sujet : Le prix des vignes 2020 Où ça monte, où ça baisse

On a tout quitté …

…Et l’installation s’est faite en juillet 2015 : Nous étions condamnés à réussir! Anne a conservé un emploi avec des rentrées régulières, c’est comme cela que beaucoup de néo vignerons vivent, assez simplement, en préférant créer de la richesse, du patrimoine. Il faut rembourser les banques mais l’avantage c’est qu’ici en Terrasses du Larzac, on ne perd rien à la revente.  Les banquiers ne sont pas fous, préférant financer le foncier où il y a moins de risques.

Avant on était dans le dur, aujourd’hui nous ressentons plus de plaisir dans notre travail de vignerons. C’est ce que j’avais vraiment envie de faire. On gère tout de A à Z, je ne récupère pas les problèmes des autres.

 

Sur le même sujet : Comment acheter son domaine Le foncier, l’outil de production

Il y a des salons particuliers en Belgique, à Paris, les Estivales de Montpellier ; ce qui correspond à leur business plan qui prévoyait 85% de pros. C’est là où on fait notre marge. En revanche, pour eux les Vignerons Indépendants sont trop chers.

Les vins du domaine

Dans la cuvée Aurore, il y a de la finesse, du fruit, un verre en appelle un autre. Une bouteille à table ne finit pas le repas. Quelle buvabilité ? Je reçois des SMS des copains, c’est super gourmand, on se la canonne tranquille ! Impressionnante et délicate.

Sélène en IGP St Guilhem le Désert le blanc issu de 100 % carignan blanc est un vin de caractère. Expression franche et épicée, longue en bouche, sur des notes de citron jaune (jus et son zeste), de fleurs blanches, de pierre à fusil. Il est bâti pour la table avec un beau potentiel de vieillissement.

L’Aube Rosé, assemblage grenache (50%) et syrah de deux parcelles différentes (50%). Jolie jus fuchsia. Nez gourmand de fraise des bois, de framboise. Bouche onctueuse et désaltérante.

Crépuscule fermentation à froid sur cuve inox exhale la mûre, l’olive noire, le chocolat noir et la réglisse.

Quelles recherches vigneronnes, quel absolu ?

S’il est perfectionniste et qu’il aime la recherche, sur la cuvée Zenith Romain avoue être encore un peu dans le flou. Il nous faut plus de recul. Je suis dans cette philosophie. Avec trois millésimes certains choix concernant l’élevage commencent à se dessiner. J’ai décidé de ne pas encore la présenter sur les dégustations. Entre les commentaires de l’œnologue « c’est beau, c’est bien » qui restent trop consensuel, trop gentil et les commentaires des pros … il y a un grand écart ! Moi ça ne me convient pas.

Peut-être que faire les élevages avec des œufs en béton conviendraient à faire ressortir ses qualités comme Gavin Crisfield sur la Traversée ? Je trouve que son équilibre est sur un fil…Pureté du fruit, belle acidité, rondeur aromatique, fraîcheur.

S’il y a un vigneron dont il aimerait s’approcher en termes de vinification ? Matthieu Barret. Dans le Rhône qui fait partie des vignerons que j’adore. Sur sa gamme complète j’aime les vins de Fabien Milési, ses cuvées sont sincères. Montcalmès reste indétrônable avec des élevages longs en petites barriques jusqu’à 36 mois. Et …le jeune Domaine de Ferrussac de Renaud Rossignol, un vrai paysan qui élève aussi des bœufs, c’est énormissime et atypique.

Simplicité # complexité d’un vin

Beaucoup de vins sont dénués d’envergure, privés de cette profondeur qui ne lasse jamais l’amateur. Déjà on travaille sur du vin issu de multi cépages ce qui ouvre sur des aromatiques différentes.  La complexité, on va aller la chercher sur les vinifications. Sur le temps de cuvaison, savoir si on doit extraire ou pas. Et surtout éviter les carbos qui restent linéaires.

Tels deux jardiniers patients, des choix sur les plants sont vite envisagés pour la conversion du domaine.  On replante 4O ares de cinsault l’année prochaine, puis 22,40 ares d’assyrtiko* un cépage grec acide et fumé, en blanc. Il est très au sud et résistant à la chaleur. On cherche à anticiper.

L’assyrtiko* cépage venu de l’île de Santorin (dans le sud des Cyclades en mer Egée). Il est rare et certainement l’une des variétés les plus intéressantes qu’on puisse trouver dans le bassin méditerranéen. Il donne des vins secs, effervescents et liquoreux.

Réchauffement des arômes

C’est un essai par rapport au réchauffement climatique, planter pour les 60 ou 80 années à venir et surtout pas pour du court terme. La priorité étant de garder de la fraîcheur sur le blanc. Il y a quelque chose à aller chercher, une acidité qu’on n’aura peut-être plus dans 10 ou 15 ans sur un cépage endémique comme le carignan blanc, si on prend 3 ou 4 degrés en moyenne. Et il y aura en plus 40 ares de counoise cépage accessoire de l’appellation des Terrasses mais aussi célèbre en Châteauneuf-du-Pape.

On retrouve souvent la patine du caractère des vignerons à l’intérieur de leurs vins. Là-bas, comme un astre chaleureux, une nouvelle étoile brille au-dessus du jardin de l’ Éden Languedocien. Un soleil qui donne la meilleure des directions à suivre.

Jean-Luc

Ecrit par Jean-Luc POIGNARD
------------------------------------------------------------------- Prenez un descendant de vigneron en AOC Orléans, arrosez d’un bon zeste de passion œnophile, un fond de langue et littérature anglaise, ajoutez un WSET 3 et de nombreuses visites chez les vignerons. Mixez l’ensemble. Laissez reposer, lisez et dégustez un verre à la main.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2021 - GENERATION VIGNERONS
Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
error

Ce site vous plait ? faites le savoir !