L’étrange histoire du Mateus rosé

Qui ne connait le Mateus, ce vin rosé à la robe plutôt clairet avec sa bouteille inimitable en forme de flasque obèse ? A lui seul ce vin, présent dans nos grandes surfaces depuis des décennies est la figure emblématique des vins du Portugal. Existe-t-il un monsieur Mateus, propriétaire de la marque ? Que nenni, Mateus est un hameau jouxtant Vila Real, grande ville du Nord Portugal, proche de la vallée du Douro. Jusque là rien de très spécial, si ce n’est que Mateus abrite un solar, un palais baroque du XVIIIème siècle qui appartient depuis l’origine à la famille de Souza Bothelo de Albuquerque, comte de Vila Real.

palais-mateus-3Pour en assurer la pérennité, la famille a créé dans les années 1980 la Fondation de la Casa de Mateus une institution artistique de statut privé qui gère le patrimoine et organise des événements culturels.

Pour visiter le palais et ses somptueux jardins, il vous en coûtera quand même 11€. Soit dit en passant, le conservateur de la Fondation m’a confié qu’il jalousait notre ministre français de la Culture et sa généreuse politique de soutien aux monuments historiques.

Mais où est le vin ?

Pour comprendre le lien, il faut parler de Sogrape Vinhos, aujourd’hui la première compagnie viticole portugaise avec 1200 ha de vignobles exploités, la propriété des célèbres marques de Porto Sandeman, Ferreira, Offley et bien sûr le fameux Mateus.

fernando-guedes1Son fondateur Fernando van Zeller Guedes, un entrepreneur visionnaire a crée avec ses frères en 1943 une société de négoce de vin de table et lança le premier vin rosé du Portugal sur le modèle des cabernets d’Anjou.

Habité par une ambition sans limite, il voulut conquérir le monde avec son rosé, mais voilà, il lui fallait un nom, une marque, une légende. Son modèle était Château Margaux magnifiquement stylisé sur l’étiquette. Comment est il entré en contact avec Francisco d’Albuquerque, comte de Vila Real ? Mystère ; toujours est-il que le comte désargenté accepta de lui céder le nom et l’image de son palais –à vie et sans royalties !- moyennant une modeste somme d’argent.

mateus-rose-ancientImaginez le bonheur fou de M. Guedes qui réussit à mettre la main sur le nom et l’image du plus prestigieux palais du Nord Portugal !

Aussitôt il dessine une étiquette énorme mais le visuel du palais ressortait mal sur la bouteille cylindrique traditionnelle.

Qu’à cela ne tienne, on va dessiner une nouvelle bouteille de type flasque avec une grande surface plane comme support à son étiquette démesurée.

La fusée était lancée.

Dans les années 80 Sogrape écoulait jusqu’à 50 millions de cols de Mateus rosé par an dans 120 pays. Amalia Rodriguez, Jimmy Hendrix ou Elton John furent associés aux campagnes de promotion.

nelle-bouteille1Après, ça s’est tassé un peu, alors le groupe s’est diversifié dans le Porto, les vins du Dao, en Espagne, au Chili et en Argentine. Et puis, le goût du rosé Mateus a évolué en fonction des goûts du consommateur, moins sucré, plus perlant, avec des déclinaisons en blanc et effervescent. La bouteille aussi a évolué avec une étiquette réduite et stylisée.

Evidemment, la famille du comte de Vila Real était furieuse contre M. Guedes et son contrat abusif, me dit le conservateur de la Fondation, alors ils ont engagé un procès pour le faire casser, un procès qui a duré 15 ans. La famille voulait toucher des royalties sur chaque bouteille vendue, mais les fils de Fernando Guedes ont réussi à démontrer que la magnifique notoriété du palais – 100 000 visiteurs par an- était liée au succès du Mateus rosé. En final, tout le monde s’y retrouvait. On voit qu’ils ne sont quand même pas copains car le Mateus Rosé n’est pas vendu à la Fondation, alors que les visiteurs posent la question. C’est tout bénéfice pour le bistrot d’en face qui en écoule des palettes.

Jean-Philippe

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