La rennaissance des vins de Loire : l’AOC Orléans

J’ai trouvé un vin qui m’a laissé sur le cul. Il est venu me surprendre un soir de petite solitude à la frontière de la Loire et du canal d’Orléans face à un des paysages de mon enfance.

C’était un rouge froufroutant et amical que la maitresse de maison voulait me présenter car elle avait senti mon désarroi passager.

Le soleil baissait et ma bouche salivait sur une des cuvées de Valérie Deneufbourg.

Les femmes vigneronnes n’ont pas fini de nous impressionner, c’est ainsi. Et La Dépêche a bien raison de nous le rappeler : La vigne n’est pas qu’un métier d’hommes .

Ce n’était pas n’importe quelle cuvée ! Un assemblage de gris meunier, plus connu sous le sobriquet de Pinot meunier dans nos élégants champagnes, avec une touche de son grand frère le pinot noir. 

Une rencontre comme un coup de foudre.

 

On ne doit rien au hasard

Ma curiosité était piquée. Mon grand-père cultivait avec ses copains un auvernat gris dont on raconte encore le pire mais évidemment sans le connaître. Après-guerre les vins titraient rarement au-dessus de 10/11 degrés et parfois moins. On buvait plus mais quelque chose me dit qu’on buvait plutôt bien.

Et en plus on connaissait le contenu de la bouteille.

J’irai même jusqu’à prétendre que glyphosate, pesticides et herbicides de tous poils n’avaient pas le droit de cité dans leurs vignes. Pas les moyens non plus de se les offrir. Marcel bichonnait ses pieds de gris sur la commune de Saint Jean de Braye mais jamais je n’avais pu en gouter le moindre verre. Si nous avions pu partager ce verre…

Les vignes du roi d’avant

Mareau aux Prés est une petite commune du Loiret qui ne paye pas de mine. Parfois on se dit qu’il y a un trou dans la vallée de la Loire en termes de vignes et que ce « No Wine Land » débute juste après Blois pour aller jusqu’à Sancerre. Que Nenni ! L’appellation Orléans reprend quelques miettes de notoriété qu’elle avait perdu depuis plus de 50 ans tirée par le Clos Saint Fiacre.

On garde surtout en mémoire le vinaigre d’Orléans.

Elle est devenue AOC depuis 2006. Le terroir a des choses à dire, tourné vers la fraîcheur, la précision du fruit et des cépages autochtones bien en accord avec le climat. L’histoire parfois s’efface mais il est avéré que les moines de l’abbaye Saint-Mesmin de Micy produisaient du vin dès le début du VIe siècle. À la même époque, Grégoire de Tours mentionne la présence de viticulture dans l’Orléanais et pendant longtemps la cour du roi invitait à sa table les vins de l’Orléanais.

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8737 bouteilles de rouge produites seulement sur d’excellents sols de graviers siliceux que les Parisiens du Moyen Âge savaient apprécier. Valérie, notre vigneronne, les bichonne tout comme mon grand-père, elle qui n’était pas d’ici semble tombée amoureuse de la plante et du sol. 12 hectares de vignes ne lui suffisaient pas alors elle en sauve presque autant de l’arrachage. Vigneronne indépendante qui cherche à passer vite en bio, on sent chez elle que le vin n’est pas un produit quelconque.

Ah bon ? Et oui le leitmotiv c’est la Rencontre. Entre les gens, ce que le vin favorise lorsque les langues se délient. Avec la terre, car pour Valérie c’est une clé de voute de la culture.

“Un bonheur en bouche”

Le rouge 80% gris meunier et 20% pinot noir est décrit par la RVF comme : gourmand, avec une matière fine et élégante, délicatement épicée mais néanmoins affirmée, sur la cerise et les fruits rouges, et une finale réglissée appétante. Mais je préfère mon ami JP qui y va droit au but avec ses formules directes, un bonheur en bouche, on dirait que la vigne est plantée au milieu des cerisiers ! La finale est juste assez épicée pour en redemander.

Et si, avec le réchauffement climatique, les années comme 2015 devenaient plus fréquentes ? Et si la fraicheur des terroirs, qui s’apprécie aujourd’hui mais qu’on décriait hier devenait un véritable atout ? Le temps me le dira.

1 Locution Grecque = « comme son nom l’indique »

Jean-Luc

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