Cap à l’Est#2 : la dynastie Müller

Lors de ma soirée mémorable au Weinhaus de Trier, je tombe sur une bouteille plutôt intrigante ; l’étiquette mentionne Scharzhofberger Spätlese Egon Müller sur fond de gravure du XIXème siècle. Un nom qui me parle et que Vinatis résume ainsi :

Egon Müller est le nom d’une dynastie de viticulteurs, dont le chef actuel est Egon Müller IV. Il est considéré comme la quintessence de la qualité et de la grandeur du vin allemand. Elaboré à partir de ce que de nombreux connaisseurs considèrent comme le plus grand de tous les cépages blancs, le riesling. Les raisins murissent dans le vignoble légendaire de “Scharzhofberg”, le plus célèbre d’Allemagne, sur des pentes exposées sud et extrêmement raides surplombant la Sarre. Robert Parker attribuant jusqu’à 99/100 à certaines de ses cuvées, c’est sans aucun doute une légende vivante à découvrir.

les vins les plus chers du monde

Ce nom figure dans la liste des vins les plus chers du monde publiée par l’universitaire Jean-Marie Cardebat dans l’Économie du vin (éditions La Découverte) repris par Génération Vignerons en juillet dernier. Il est en seconde position, derrière la Romanée-Conti et loin devant Petrus, avec un prix moyen de 8591€ la bouteille (en ventes aux enchères).

Johanna me donne quelques informations : the estate is located at Wiltingen upside the Saar river, not far from Trier, about 20 km.

Allez ! C’est parti pour l’aventure !

Le GPS me conduit à un gros bourg viticole, loin des flux touristiques.

La rivière Saar, bien plus petite que la Moselle sculpte un paysage de vignes aux pentes impressionnantes.

Par chance je tombe sur la voiture du postier qui faisait sa tournée ; il m’indique par geste le chemin.

les visiteurs occasionnels ne seraient pas bienvenus ?

Là, je tombe sur une grosse bâtisse, exactement la même qui figure sur la gravure de la bouteille. Il y a de l’activité dans les bâtiments agricoles derrière mais personne ne semble faire attention à moi, sauf un grand jeune homme qui se présente comme le chef de culture et me dit en anglais qu’on ne vend pas de vin ici. Bref, les visiteurs occasionnels ne semblent pas être les bienvenus.

Ce qui m’intéresse c’est d’approcher la parcelle mythique de 3 ha – la Scharzhofberger – dont les vignes non-greffées d’origine ecclésiastique remonteraient à l’an 700. Il m’indique une colline très pentue couverte de vigne surmontée d’un petit bois à la Bourguignonne, précisant qu’il s’agit de la parcelle plantée verticalement- contrairement aux autres. Aimablement, il m’autorise à m’y rendre- les seniors inspirent-ils confiance ?

 Kolossal émotion !

 Mes pas foulent un sol schisteux pierreux envahi d’herbes et je grimpe, dur, dur. Particularité, les ceps ne sont pas palissés sur fil mais poussent en arbuste tutoré, à la verticale. Les raisins sont vert-dorés ; pour un riesling générique on les vendangerait maintenant, mais là, pour obtenir le fameux Trockenbeerenauslese, on attendra peut-être fin novembre le dessèchement ou la pourriture noble sur des grappes cueillies unes à unes.

Petite pensée pour mon Quarts-de-Chaume favori, là où le chenin prend la place du riesling, là où la spéculation n’a pas encore frappé.

Sur le chemin du retour, j’étais songeur. Voilà un domaine appartenant au gotha des vins mondiaux tout en restant figé dans ses traditions de sérieux et de simplicité. D’autres en Médoc ont choisi le flamboyant, la séduction, les fêtes, les chais signés par les stars de l’architecture. La culture française est tellement différente.

L’étiquette mentionnant Grand Prix Paris 1900 n’a pas bougé. Ringarde ? Peut-être au premier regard, tout en inspirant un respect total pour la réussite exemplaire de cette marque ou plutôt d’un nom, d’une famille et d’une tradition. Pas besoin de site internet pour vanter la marchandise. Sauf que, par une manipulation chanceuse de mon moteur de recherche, j’ai trouvé quelque chose à www.pfv.org. A vous de jouer !

 

Jean Philippe

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