#2 Sur l’Ile de Ré, la vigne fait la force

Une particularité qui mérite d’être soulignée : depuis sa création en 1950, tous les vignerons apportent tout leur vin à la cave coopérative Uniré, sans exception. C’est leur choix. Et c’est un cas unique en France ; cherchez une cave particulière sur l’Ile, vous ne trouverez pas un seul producteur pour vous vendre son propre vin !

A Ré, pas de vente au caveau

Christophe Barthère, directeur de la coopérative : les vignerons sont payés en fonction de leurs apports et en fonction de nos ventes aussi. Ils commencent à être payés 18 mois après la récolte. Par exemple on aura arrêté le bilan au 31 juillet 2017 avec la récolte 2015. On attend d’arrêter le bilan pour savoir ce qu’on redonne en rémunération.

Retour en arrière : nous sommes en 2004, Uniré vient de changer de direction. La cave est sous la pression de la demande touristique (le pont n’y est pas étranger) qui veut plus de vins locaux et surtout des vins de qualité. Elle commandite une étude des sols qui va mettre en évidence 9 terroirs différents sous 570 hectares de vigne, l’équivalent d’un gros domaine en somme ! Cette étude va aider François Guibauld, l’oeonologue maison, à conseiller les 80 vignerons de l’Ile : Il parait évident qu’il vaut mieux exploiter les sols argileux du nord de l’Ile avec des cépages comme l’ugni blanc pour le cognac et réserver les sols plus sablonneux du sud aux cépages sensibles comme le sauvignon, le chardonnay, le cabernet franc, entre autres…

Quoi de commun entre un rosé des dunes 1970 et la cuvée 2015 ?

La cave doit se donner les moyens de ses ambitions. C’est Christophe Barthère, le nouveau directeur, qui va orchestrer le changement. Ancien directeur financier de grosses coopératives céréalières, il en connait bien le fonctionnement et propose à son conseil d’administration un important programme d’investissements sur 10 ans à coup d’emprunts, de subventions FranceAgriMer et d’autofinancement. img_1627

Ce sera d’abord la vinification qui est revue de A à Z avec avec de nouvelles cuves Ganimede® pour maîtriser le froid, indispensable pour le vin rouge, puis au fil des années, c’est une nouvelle chaîne d’embouteillage de vin et de pineau de 4000 bouteilles/h avec un  atelier indépendant de bag in box de 120.000 pièces qui apparait et tout récemment encore une nouvelle salle des pressoirs high tech.

Avec cet outil moderne la Cave peut monter en qualité et élargir sa gamme. Tout en limitant le rendement. Christophe Barthère : On limite tous nos vins de pays à 70 hectos. On est plus stricts que le Syndicat des Vins de Pays charentais : eux c’est 90 hectos. 

Pas de nuages à la coop et pourtant…

Christophe Barthère : C’est terrible de dire ça, mais aujourd’hui j’ai plus de soucis d’approvisionnement que de débouchés. Car Uniré n’échappe pas au problème français qui est celui de la relève. D’ici 5 à 10 ans, une bonne vingtaine de vignerons réthais partiront à la retraite. L’idéal c’est que le fils reprenne la terre, c’est ce qui se passe le plus souvent sur l’ile. Si ce n’est pas le cas, c’est à la Cave de les aider à trouver un successeur car si les apports baissent à la coopérative, c’est tout son développement qui est en cause. Or si les candidatures ne manquent pas, les obstacles sont nombreux. Christophe Barthère : bien sûr il y a des candidats attirés par l’ile de Ré, tout de suite l’ile de Ré c’est l’eldorado, dès qu’on marque Ile de Ré dessus ça se vend bien, mais le problème ce n‘est pas la vigne qui coûte cher, c’est le logement : moi j’ai un vigneron et un maraicher qui sont obligés de vivre sur le continent et puis après ce sont les hangars, parce que on ne peut pas laisser le matériel dehors…On est sur une ile, ça reste très salin, très corrosif…Notre gros travail c’est ça.

Alors avec la chambre d’Agriculture, la coopérative a créé Sagiterres (Société pour l’Acquisition et la Gestion Immobilière de terres agricoles réthaises ) pour faciliter l’installation de jeunes exploitants sur l’Ile. A suivre les prochaines années…

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