Wanted : investisseurs dans le Muscadet

Le Vignoble, ici avec un grand V, est une affaire de cœur chez les Nantais comme pour les rédacteurs de Génération Vignerons qui lui ont bien consacré une bonne dizaine d’articles.

Le vignoble nantais, le Muscadet si vous préférez, est ce territoire unique au sud de la Loire qui démarre aux portes de la ville et égrène ses paysages ondulés et son chapelet de jolis noms : Vertou, La Haye Fouassière, Gorges, Clisson, Château-Thébaud, Mouzillon, Le Pallet, Vallet et tant d’autres.

Tout de suite, vous êtes ailleurs, surtout en vélo. Pas d’interminables zones commerciales à traverser….

STOP ! Si le charme du vignoble vous gagne alors laissez-vous séduire par le Voyage Dans le Vignoble, avec cette vidéo :

Le Voyage Dans le Vignoble est le prolongement du fameux Voyage à Nantes. Si, si vous connaissez : L’Éléphant, les Machines de l’Ile. La machine de guerre pacifique de Jean Blaise, « Monsieur Tourisme » de Nantes depuis 25 ans, a largement contribué au rayonnement international de la ville. Changement de rythme avec une agglomération qui compte maintenant un demi-million d’habitants et voit arriver 15 000 nouveaux résidents chaque année. Il faut bien les distraire ces néo-nantais !

Aussi Le Voyage à Nantes s’est emparé d’un vignoble en mauvaise forme pour entreprendre un gros travail de réconciliation avec la métropole.

La méthode est rôdée, elle est notamment basée sur des investissements symboliques – c’est-à-dire légers et très communicants – autour d’œuvres d’artistes ou d’artisans « qui servent à quelque chose » comme le bac à chaînes de la Frémoire (chantier Marlo), ou le belvédère Porte-Vue d’Emmanuel Ritz à Château-Thébaud.

On murmure que les Muscadetours version été 2022 devraient frapper fort.

 

LE VIGNOBLE RÉTRÉCI

« Pays d’Art et d’histoire » depuis 10 ans, le Pays du Vignoble Nantais séduit les touristes, les gens du pays et les familles néo-nantaises, mais la vigne, elle, a considérablement réduit la voilure : 6730 ha au dernier recensement, soit 1000 ha perdus en 6 ans.  Va-t-il se transformer en parc oenotouristique, en grande banlieue nantaise ? Ou en réserve maraîchère comme l’a décrit la journaliste-vigneronne Julie Reux dans son journal de science-fiction Vinofutur :  Et bien sûr, absolument partout, les fameuses serres du Muscadet, étincelantes et paisibles sous le soleil de mai….Née d’une crise mondiale et d’un savoir-faire local (d’abord réservé aux maraîchers), la viticulture sous serre a transformé le vignoble nantais, avant de conquérir le monde.

S’il est trop tôt pour parler d’un renouveau du vignoble, il y a des signes avant-coureurs qui ne trompent pas, comme la tradition retrouvée autour de la Maison Donatien Bahuaud.

Le château de La Cassemichère à la Chapelle Heulin, lumineux sous ce soleil d’hiver, est un lieu d’accueil de premier choix pour vos événements familiaux, vos soirées de gala ou vos balades du dimanche.  C’est dans ce lieu historique, berceau du Muscadet que les équipes d’Orchidées Maison de Vin (ex-groupe Ackerman) propriétaire de la marque, avaient souhaité renouveler la tradition d’une dégustation d’excellence.

LA JOIE DES RETROUVAILLES

Natif du vignoble, Donatien Bahuaud fut un entrepreneur du vin intrépide, curieux, visionnaire qui traversa le XXème siècle en fervent défenseur des vins de Loire : c’est lui l’inventeur du mariage du muscadet et de la langouste au restaurant de la Tour Eiffel, nous dit avec une fierté chevrotante son fils Michel.

Ça fait plaisir de vous voir ! Et nous aussi. La joie des retrouvailles était palpable dans les « coudes à coudes » que se donnaient la cinquantaine de participants (viticulteurs, négociants, courtiers, œnologues, journalistes) invités à faire le choix de l’assemblage gagnant pour la cuvée Le Master 2020, en muscadet Sèvre et Maine.

Cette tradition remonte à un demi-siècle, à une époque où le producteur-négociant Donatien Bahuaud, soucieux de « créer un vin unique » voulut stimuler ses partenaires viticulteurs en organisant un concours.

L’équipe lauréate se voyait décerner le titre envié du fournisseur de la cuvée Le Master enflaconnée dans une bouteille classieuse dans le style Perrier Jouët Belle Époque.

ON Y CROIT

Pourquoi Orchidées Maison de Vin a-t-elle souhaité perpétuer cette tradition ? Estelle Guérin, directrice Marketing stratégique et Œnotourisme nous transmets le message de son directeur général Bernard Jacob : Il est indéniable que les vins du Nantais et le muscadet sont des grands vins. Alors pourquoi l’économie de son vignoble n’est-elle pas plus prospère ? Cela ne nous empêche pas de croire à son avenir. Et à l’avenir du Master : un grand muscadet de garde, révélé à la fois par l’élevage, la qualité du cépage et sa richesse d’assemblage des terroirs.

TOUT LE MONDE À TABLE

À ma gauche, Pierrick Babonneau producteur-récoltant, à ma droite l’œnologue Xavier Loubet, pouvais-je rêver de meilleure compagnie ? Je dois avouer que mes papilles ne sont pas aussi affûtées que celles de mes voisins. Alors j’ai dégusté en ouvrant grand mes oreilles pour capter les commentaires.

Déguster paraît simple, mais pour le cerveau c’est très complexe. Le 3èmea ce côté beurré « à la bourguignonne » qui indique qu’il a fait sa malo. Pas de bois ? On me regarde sévèrement : jamais de bois en muscadet. Le 5èmeassemblage a gagné, ce n’était pas mon cheval. Il faudrait que je songe à m’inscrire au Master du Muscadet de Vertivin.

MES CAPTEURS EN ÉBULLITION

Le déjeuner fut introduit par une « verticale » de la cuvée Master construite autour de six cuvées : 2008, 2009, 2010, 2011, 2014 et 2016. La technique de la dégustation verticale est une excellente école pour capter à la fois l’effet millésime et la bonification de l’âge. Vos six verres sont alignés, là devant vous, les plus vieux millésimes sur la gauche. Vous passez rapidement d’un verre à l’autre ; plonger le nez, puis passer à un troisième et revenir au premier, etc.

Vos capteurs de nez comme de bouche fonctionnent à plein régime et vous voilà capable de distinguer mille et une subtilités. Le nez d’agrumes et les fleurs blanches, la bouche saline et sa petite touche minérale, les notes iodées, la tension soutenue, la netteté d’expression, la structure de bouche ou le gras dans la texture.

L’âge bonifie clairement le muscadet et Le Master plus encore. Le nez se fait confit, l’acidité devient fraîcheur, l’équilibre gagne en rondeur, en maturité. Beaucoup disent que le cépage melon de Bourgogne affirme sa parenté bourguignonne en vieillissant. En voilà une preuve supplémentaire. Estelle Guérin nous indique que le millésime 2014, avec ses vendanges précoces, évolue très bien : On a pris plaisir à le vinifier, et profitez-en il y en a en stock. À moins de 9€, on ne s’en privera pas.

QUI EST PRÊT À INVESTIR ?

Ne pas se voiler la face. L’économie du vignoble nantais est problématique depuis plusieurs décennies. Les terroirs sont superbes, les vignerons de talent sont là, ils trustent médailles, reconnaissances et critiques élogieuses.

Mais le vignoble souffre surtout après l’année noire 2021, il se délite en de nombreux endroits. Les prix trop bas, les volumes trop faibles ne permettent pas de couvrir les énormes besoins en investissements pour renouveler le végétal, les équipements antigel, les mises aux normes, les certifications ou les structures de commercialisation.

Alors qui va y aller ? Orchidées Maison de Vin (60M€ de CA), filiale du groupe coopératif agroalimentaire Terrena (5 Mds de CA) a pris ce risque. Le vignoble a trouvé un partenaire investisseur solide doté de compétences multiples et d’un beau portefeuille de marques réparties tout le long du Val de Loire : château de Sancerre, château La Varière, domaine de la Perruche, domaine des Hardières, Ackerman, Monmousseau, Donatien Bahuaud et bien d’autres. Exemple de son dynamisme, le centre R&D d’Orchidées Maison de Vin a breveté une bulle sans alcool Ackerman XZéro que Génération Vignerons a dégusté l’an passé : bluffant. Donatien Bahuaud aurait-il apprécié ?

Jean Philippe

Image à la Une : ©V.Joncheray

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.

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