coup de chaud dans les vignobles

La fièvre monte pour tenter de faire face au catastrophique réchauffement « climatique ». Les vignerons, qui en observent régulièrement les conséquences difficiles (gel, grêles, inondation, sécheresse, incendies, mildiou…) se demandent comment survivre aujourd’hui ?

Nos terroirs d'un jour...terroirs toujours ?

Faudra-t-il généraliser l’arrosage des vignes comme au Chili ou en Espagne ? Il en est déjà question dans les conversations.

Certains terroirs sont en péril dans le sud de la France, s'alarme Michel Issaly, Président des vignerons indépendants. Dans le Roussillon, le nombre de raisins dans les vignes est en baisse et les degrés d'alcool augmentent. D’ici 2050, une augmentation de 2°C de la température imposerait à la vallée du Rhône un climat quasi sud-méditerranéen. Dans les vignobles septentrionaux, les cépages sont proches de leur limite thermique de culture*.

La sécheresse, arrive de manière plus précoce et s’étire sur des périodes de plus en plus longues. 55 % des viticulteurs le constate dans le Sud, indique Claudine Colon.

Un mauvais arrière goût

Avec cette chaleur le profil aromatique du vin se modifie et les spécificités organoleptiques des cuvées disparaissent. En Alsace, l'acidité du vin est en forte baisse, ce qui contribue à changer son goût, et dans la Loire, de plus en plus de vins ont un profil… languedocien avec des degrés d'alcool proches de 14 % !

La date des vendanges a évolué depuis 30 ans. Avancée de presque trois semaines dans certains endroits, explique Françoise Dijon, responsable de l’observatoire de la qualité des vins de la vallée du Rhône.

Et si un jour il n'y avait plus de pinot noir en Bourgogne ? s'inquiète le directeur général de Greenpeace France Pascal Husting. C’est possible car maintenir l’équilibre entre l’alcool et l’acidité là où il fait trop chaud deviendrait impossible naturellement.

Déménageons les vignes !

Pour la localisation des vignobles, on va chercher à diversifier les expositions en prenant en compte les différents types de sols avec leur taux de sécheresse, leur capacité de filtration, etc. Si on travaille sur l’altitude et l’exposition selon Françoise Dijon, nous pourrons compenser la hausse du climat jusqu’en 2030-2050... Constat que les Terrasses du Larzac en Languedoc ont déjà assimilé.

Des domaines s'organisent, ainsi la Bodega Torres, possédant des vignobles au Chili, a acheté des terres dans le sud pour rechercher de la fraîcheur près des lacs, le Mas Jullien a planté en altitude au-dessus de St Privat, tandis que le champagne Taittinger a déjà investi dans le vignoble anglais pour y produire du vin effervescent … 

Ou alors qui s'adapte ?

On demande à l’INRA de trouver de nouvelles variétés qui soient plus résistantes aux maladies, à la sécheresse et qui puissent repousser la maturité dit Françoise Dijon. Ainsi des cépages, plus précoces, reviennent aussi au goût du jour comme le petit verdot plus tardif à Bordeaux ou, ailleurs, avec davantage d'acidité comme le cinsault.

Selon La Marne Agricole, 91 % des Vignerons indépendants ont réagi en travaillant la vigne pour atténuer les impacts du réchauffement. 51,7% ont déjà développé des couvertures végétales des sols et 41,3 % ont réduit l’effeuillage pour protéger le raisin. On songe également à mettre des arbres sur les parcelles de vigne. Une idée bien inspirée qui reprend des pratiques déjà en place en Espagne. Notre travail ... n'est plus de prendre soin des vignobles mais de prendre soin de la vie.

Les pratiques œnologiques s’intéressent aussi au Nouveau Monde (Australie, USA Californie, Argentine) qui sait lutter contre ces phénomènes extrêmes tout en produisant du volume. Toutes les techniques et même les moins « naturelles » sont à l’étude : arrosage, acidification, désalcoolisation, dilution… Une perte irrémédiable du savoir du vigneron naturel au profit des techniciens purs et durs !

...en coulisse, l'action des lobbies

Selon la RVF, l'offensive des vignerons pour sauver le vin a commencé. Pour certains il s’agit en priorité de créer un lobby au niveau mondial et d’agir sur la réduction des gaz à effet de serre. Miguel Torres, encore lui, avance qu’il faut faire vite en usant notamment de pression sur les décideurs.

Il est rejoint par John Holdren, de la Faculté Sciences de l'Environnement à l'Université d'Harvard : Presque tout le monde comprend quelque chose au vin et beaucoup en boivent. De nombreux dirigeants influents dégustent des grands crus...Si nous pouvions leur faire comprendre que leurs grands vins sont en danger...  Nous espérons que Donald Trump aime La Romanée Conti … ?

Mais le malheur des uns...

DEVRAIT aussi faire le bonheur des autres ! Car cette hausse conviendrait parfaitement aux viticulteurs les plus au nord qui "avec une telle augmentation contenue, ...obtiendront des meilleures qualités de production ».  Les « British » vignerons se frottent les mains. Ceux de Normandie aussi !

Les consommateurs EUX craignent de manquer de vin à cause de ces aléas climatiques. 57 % d’entre eux pensent que les prix vont augmenter.

Ce qui devrait s’avérer globalement faux, même si sur le pourtour méditerranéen, les productions pourraient baisser

Autre préoccupation lancinante des amateurs : l’augmentation du taux d’alcool. Car 35 % ne sont pas prêts à consommer des vins titrant plus de 15 °.

Et pendant les prolongations, voulez-vous savoir quels vins ils ont bu à la COP 24 ?...

Jean-Luc

*« Changements climatiques : Quelles conséquences pour la viticulture ? » 2016 E. LEBON Laboratoire d’Etude des Plantes sous Stress Environnementaux

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