La salle du petit déjeuner bruissait en multilingue dans cet hôtel du centre-ville d’Angers. Bizarre, le touriste se faisant plutôt rare en cette fin janvier, il faut y voir les retombées locales du festival FOOD’ANGERS – le 10ème du nom en 2026 – organisé par la métropole angevine. « Du bon et du bien manger » c’est le mantra de cet événement qui enfièvre la ville 10 journées durant autour d’une longue liste de salons professionnels, d’ateliers, de rencontres amateurs pour les jeunes et moins jeunes. Il s’agit de dénicher et révéler les tendances en accompagnant les changements nécessaires vers une alimentation saine, durable et responsable. Tout un programme.
LE VIN EN NOTE MINEUR
La cheville ouvrière de cet édifice «plantagenêt » est une élue de la Ville, en charge du Rayonnement et du Tourisme, Mathilde Favre d’Anne. Celle qui fut dans une vie antérieure sommelière/chef d’entreprise auprès du chef étoilé Pascal Favre d’Anne réalise un travail unanimement salué à la tête de Destination Angers. Souhaitons que les prochaines échéances municipales ne viennent pas remettre en cause ce projet apprécié des amateurs de l’art de vivre.
L’édifice en question fut patiemment construit autour de la vigne, des vins et spiritueux, le socle historique de l’Anjou. Petit à petit l’alcool céda du terrain au profit de la gastronomie et du bien manger ouverts de plus en plus largement à l’innovation culinaire. Comme si ses promoteurs avaient pris conscience très tôt que le vin et l’alcool entraient dans une zone de turbulence sanitaire et commerciale. Bref ils ne sont pas tombés dans le piège d’un banal « Angers fête le vin » qui a coûté très cher à son grand voisin aquitain.
FILS SPIRITUEL DE MARK ANGELI
Petit tour de chauffe au Salon-Salle à Manger installé dans l’ancien chai du château de la Mulonnière à Beaulieu/Layon. Le lieu est magnifique, en contre-bas des fameux coteaux du Layon aux vignes pentues. Cette belle bâtisse néo-gothique témoigne d’une époque de grande prospérité pour les vins moelleux d’Anjou. Aujourd’hui le domaine est la propriété de la Maison viticole Saget La Perrière bien connue en Val de Loire.

Ses Vins de France issus de l’agriculture biologique attestent de son approche paysanne et respectueuse de la nature. Son vin de macération courte (vin orange) en grolleau gris apporte fraîcheur et structure. Comme beaucoup de vignerons nature, il n’hésite pas à faire des assemblages qui hier encore auraient été une hérésie (assemblage de grolleau, gamay et sauvignon issus de jeunes vignes).
Mais on se connaît ! Sympa de retrouver Rémi et Caroline de la Ferme du Pasteur, près de Nyons dans la Drôme. La Belle Vendangeuse de Piégon a nourri beaucoup de souvenirs en commun. Très jeune domaine, 3 hectares de vieilles vignes (bourboulenc, grenache blanc), 3 hectares d’olivier issus d’une exploitation familiale. Les voilà si confiants dans l’avenir avec leur petite Mary dans les bras ! La Ferme des Sept Lunes m’intrigue : comment peut-on faire du vin Nature dans une appellation aussi reconnue que Saint-Joseph en Rhône Nord ? Jean Delobre m’éclaire en me présentant sa ferme familiale de polyculture : 20 hectares de prairies, céréales, vergers ainsi que 6 hectares de vignes en biodynamie surplombent le fleuve. Il vous proposera ses jus d’abricot maison et ses Vins de France (gamay d’Ardèche et syrah) sans complexes vis à vis de ses magnifiques AOC Saint-Joseph dont un blanc (50% roussanne, 50% marsanne) impressionnant.
C’ERA UNA VOLTA

De la motte féodale de Foulques Nerra aux ruines romantiques de la forteresse médiévale en passant par la chapelle gothique, le logis Renaissance et les communs du 16è siècle. Le lieu accueille aujourd’hui des reconstitutions historiques pour jouer aux apprentis chevaliers (voir la vidéo).
Bellissima ! s’est exclamée la vigneronne Clémentine Bouvéron. Elle et son compagnon Gianmarco Antonuzi exploitent l’azienda agricola Le Coste nichée dans les hauteurs volcaniques de Gradoli près du lac Bolsena en Latium. C’est leur ami vigneron Antony Tortul, domaine La Sorga en Languedoc, bien connu dans le monde du vin libre, qui a découvert cette perle angevine.
CONFRÉRIE DES VIGNERONS NATURE
Clémentine et Giancarlo organisent depuis plusieurs années à Padoue un salon similaire au succès grandissant. L’envie d’élargir la rencontre à des vignerons nature venus d’ailleurs les titillaient depuis un moment, alors on a cherché un lieu et on a trouvé Le Plessis-Macé, me précise Antony. Ils se sont connus à la mythique Dive Bouteille de Sylvie Augereau (Saumur), évidemment ça crée des liens.
Le stand Le Coste attirait comme un aimant les visiteurs autour d’une profusion de produits : des bouteilles, mais aussi des pasta, de l’huile d’olive, des confitures et au centre Clémentine, la vigneronne paysanne, commentait, expliquait, débattait tout en faisant goûter.
Quelques gouttes en fond de verre non rincé ne m’ont pas permis de me faire une idée, alors j’ai préféré admirer l’étiquette distinctive de leur vino da tavola rosso. Bellissima ! elle rayonne l’harmonieuse beauté d’une nature respectée.
RETOUR À LA POLYCULTURE TRADITIONNELLE
Le Coste est un domaine agricole et non exclusivement viticole. Leur projet fut de revenir à la polyculture traditionnelle de la région, là où la vigne côtoie les oliviers, les ovins, les céréales et les fruitiers.
Une richesse qui s’est perdue dans la mono-activité viticole et le productivisme. Ils pratiquent une agriculture qui vise à régénérer les sols, les éléments, l’air et l’eau, en favorisant la biodiversité. Certains l’appellent l’agriculture régénérative. Un label de plus nous dira-t-on.
Il s’agit davantage d’un mouvement profond, d’une lame de fond qui concerne des milliers de vignerons partout en Europe comme le défend Antony : le bio, la biodynamie ont démarré il y a une génération, Il faut les voir comme des étapes nécessaires pour la prise de conscience. Mais c’est insuffisant aujourd’hui pour ramener la biodiversité et régénérer les écosystèmes agricoles et viticoles.
IL ÉTAIT UNE FOIS…
Un groupe d’artistes différents, dissidents, marginaux qui se sont vus refuser l’accès au Salon officiel de l’Académie des Beaux-Arts, c’était à Paris en 1860. Ces artistes se sont regroupés au sein du Salon des Refusés pour afficher leur « modernité artistique » en opposition avec le goût officiel. Les salons d’artistes refusés se sont multipliés par la suite, faisant émerger les peintres de la modernité : Gustave Courbet, Édouard Manet, Camille Pissarro, Jongkind, Henri Fantin-Latour et tant d’autres.
Assistons-nous à la naissance des vignerons de la post-modernité ?
Jean Philippe
Image à la Une : T van den Brink/Shutterstock




