Mais où est donc passée la pédagogie de l’environnement ?

Génération Vignerons se veut une tribune pour exposer des expériences ou des points de vue qui dérangent. Nous aimons et aimerons toujours les opinions qui sortent du discours officiel. L’article de Marc Jonas, consultant et intervenant en transition écologique s’inscrit dans cette droite ligne. A la lumière de son enseignement, il en tire un constat qui bouscule les idées reçues : le manque de connaissance des jeunes générations en matière d’écologie. Un retour d’expérience qui interpelle.

Un manque de connaissance en matière d’écologie

J’ai souvent l’occasion d’intervenir auprès d’élèves, niveau licence ou master, français ou internationaux, et je découvre toujours la même incompréhension sinon l’absence totale de visualisation des concepts écologiques fondamentaux.

Il est urgent d’intervenir en amont pour enseigner les humanités écologiques, afin de fournir aux futurs acteurs de l’agritourisme, les équipements intellectuels nécessaires pour remplacer l’impéritie des hordes institutionnelles ou privées, encore formatées à l’école d’avant … avant le nouveau régime climatique !

Ils sont pourtant sensibilisés à la question durable. Les élèves sont en permanence confrontés au discours médiatique sur l’incontournable question de la transition écologique. Ils comprennent l’idée de faire attention, d’économiser la planète mais cela ne les empêche pas de moins utiliser l’avion, au prétexte que les autres le font, et que de toute façon, si son usage sera moins facile dans les années à venir, autant en profiter maintenant.

Un monde sans conscience profonde et qui joue avec un cynisme plus ou moins innocent.

Le sujet intéresse pourtant, toujours un peu plus, d’année en année. Mes classes internationales en témoignent. Auparavant, les Européens se distinguaient nettement des Asiatiques ou des habitants des deux Amériques dans leurs préoccupations et leurs inquiétudes. Les différences paraissent s’amenuiser actuellement.

Cependant, l’ère actuelle d’hyper-consommation marque profondément les esprits et leur compréhension du politique (l’écologie est de fait une question d’ordre politique, ce qu’ils comprennent aisément) se base pour eux plus sur la dimension technique de la modernisation que sur la puissance sociétale de l’écologisation.

quelle place pour l’œnotourisme durable ?

L’urgence climatique est maintenant une évidence, mais la perte des écosystèmes et de l’extinction massive des espèces n’est pas appréciée à sa juste dangerosité. Et pourtant, je parle d’œnotourisme durable, ce qui comprend toutes les interactions possibles avec les productions agricoles et les mises en services touristiques, des interactions entre les habitants et celles plus ou moins technologisées de la mécanique commerciale.

Des quasi-objets en réseaux à la culture mycorhizée, des plans institutionnels de mobilité à la déconsommation du vin, l’approche durable est automatiquement transversale et systémique. Concept nouveau pour eux :

Rien ne pourra plus se faire sans évaluer la portée écologique dans nos moindres efforts sociaux ou économiques !

Ego-système ou éco-système ?

L’individualisme néolibéral leur apparaît, après un peu d’insistance, et ils reconnaissent enfin, que le jeu du je est l’un des problèmes du postmodernisme ambiant. Mais l’éco de éco-système surprend quand je leur parle de l’imbrication de l’éco-logie et de l’éco-nomie.

Entrée en matière fantastique pour échanger sur l’inutilité de l’accumulation des biens pour assurer le bonheur mais d’insinuer que la vie des gens passe par l’évidente nécessité d’un bien-être qui est aussi matériel.

D’abord les concepts puis le vocabulaire

Ainsi le propos d’un œnotourisme conventionnel dominant, à l’ancienne, fondé sur des mobilités carbonées et des rapports hors-sols commence à prendre réalité dans leur vision et que l’alternative, encore à créer, celui d’un agritourisme de la relation et de l’épanouissement, est encore en majorité à théoriser. On en arrive à reprendre la dialectique un peu caricaturale du touriste et du voyageur, soit le consommateur standardisé et déconnecté du vivant et le promeneur gourmand de pratiques expérientiellement nourrissantes et responsables.

Pris entre le global ou le national, la politique comme le tourisme, celui du vin et de la ruralité s’orientent vers la Terre et non vers la ville, ce qui permet de repenser une relation client vers les valeurs d’appartenance et d’ancrage.

L’écart local/global est au centre de l’évolution agritouristique et permet d’approcher les nouvelles trajectoires à venir.

A partir de là, la conversation a été riche, parlant de la force du lieu, tantôt appellation, tantôt destination. Les avis sur les perceptions, sur les bénéfices et les contraintes tant pour le visiteur que pour les habitants ont alors nourri le débat.

anthropocène et capitalocène ?

Pour eux, le postmodernisme ne correspond à aucune signification, pas plus que le modernisme. L’explication du terme d’anthropocène et de ses avatars comme le capitalocène, est l’entrée en matière pour dessiner une rapide histoire de l’écologie et de l’apparition de la pensée dualiste en Occident.

Le social opposé à la nature, les révolutions techniques, les excès du capitalisme et les essais de correction dont l’écologie serait une réponse, les non-humains vivant ou pas …

Extractivisme, écohumanisme, efficacité énergétique, intelligence collective, innovation frugale, réhabitation …

Mots ou expressions jamais entendus ! Une redéfinition de l’œnotourisme devient un peu plus envisageable à l’aune de ces cadres, abstraits jusque-là.

croissance verte ?

La surprise pour eux était l’idée de réification des humains et des paysages, c’est-à-dire leur objectivisation par la marchandisation que l’industrie du tourisme impose : débats à nouveau autour d’une idée qui ne semble pas logique. Mais elle est bien utile pour comprendre l’ambiguïté de l’oxymore « croissance verte » qui oriente les visions globales de nos économies … la définition de l’œnotourisme durable s’affine encore un peu plus.

« Si nous ne réalisons pas l’impossible, nous devrons faire face à l’impensable ! »<span class="su-quote-cite">Murray Boockchin</span>

Reprenons cette citation de Murray Bookchin (p89 L’écologie sociale) pour conclure cette brève note sur le retard pris dans la pédagogie de l’écologie.

Le déni écologique planétaire s’accroche jusque sur les bancs des universités.

La collapsologie résonne comme un médiocre film de science-fiction, et pourtant ce courant de pensée alimente sérieusement les hypothèses d’un futur de plus en plus probable.

C’est l’occasion d’ouvrir sur l’idée de régénération, celle des générations prochaines, des visiteurs toujours plus en quête de sens, des villages et écosystèmes fragilisés par la métropolisation galopante. La terre happy, le care, le slow deviennent ainsi de nouvelles thématiques autour desquelles la classe a brodé un tantinet, pour évoluer sur l’idée de la responsabilisation. Celle des collaborateurs et des parties-prenantes pour toucher les visiteurs et engendrer une relation client repensée à l’aune de valeurs plus éthiques et humanistes.

Celle aussi de l’effet d’entraînement des leaders, le patron, l’élu, l’influenceur … une traduction de la bonne intention en faits réels.

initiatives privées ou institutionnelles ?

La logique d’engagement généralement admise en matière d’UX (Expérience Utilisateur) prend ainsi une dimension Corporate mais rebondit aussi à l’échelle territoriale, par les constructions communautaires privées ou des collectivités. A ce sujet, la prise des institutionnelles sur le panorama œnotouristique n’est globalement pas perçue ou comprise.

L’évolution pédagogique progresse ensuite vers une approche manageriale qui impose à la polémique la RSE et les problématiques durables, en imaginant de nouveaux marchés moins énergivores, plus sociétalement respectueux et moins axés sur les profits à court terme. A cette étape, l’évocation de pratiques vertueuses englobant autant de nouvelles dimensions narratives que des capacités à innover, dont le technocentrisme, ne représente plus l’unique axe de réflexion.

Cela donne une respiration plus positive et moins culpabilisante.

L’occasion d’établir des relations constructives avec le lieu et la marque … et le visiteur

une bouffée d’oxygène …

Marc

Et, pour aller plus loin, si vous voulez auto-évaluer votre production de gaz carbonique, voici 2 sites qui vous le proposent :

2tonnes et hellocarbo

 

Ecrit par Marc Jonas
Catégories : la formation

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