les vins croyables, le micro salon

Une affiche collée sur la porte de la Comédie des Vins, mon bar à vins nantais favori.
Émeric n’aurait pas laissé n’importe qui occuper son pas de porte. Petite photo, l’info est dans le mobile. Quelle façon surprenante d’annoncer une dégustation de vins ! Un bonhomme à l’envers, un slogan militant “inversons la tendance”, une date : samedi 22 mars, une adresse…de resto breton Ti-lichous (la maison gourmande).

Et puis cinq noms plutôt mystérieux,

façon collectif d’artistes ou groupes musicaux à l’affiche d’une soirée concert. L’ensemble sent bon l’engagement citoyen, l’écologie de terrain et l’opposition à l’Ayraultport. Je googelise les fameux cinq noms : Herbel, La Paonnerie, Marula, Maisons brûlées, Blanchard. Cinq vignerons du val de Loire, qui tous font du vin issu de la culture biologique ou biodynamique.

Bon, j’y vais!

L’endroit est étroit, plutôt anonyme, sans éclairage naturel.

Cinq petites tables disposées à la queue leuleu. Quelques verres, quelques bouteilles, un peu de viennoiserie et un crachoir sur chaque table. Des visiteurs amis venus en famille entourent les vignerons. D’abord des physiques: le cheveu ébouriffé ou en queue de cheval, le sourire franc et des mains qui ne trompent pas.

Plutôt taiseux que diseux de prime abord,

les hommes deviennent volubiles lorsqu’on aborde leur production. Les questions rituelles de l’amateur : l’histoire et la géo, les parcelles, l’exposition, les sols, les cépages, les rendements, la vendange, le pressurage, les ajouts, la fermentation, le vin de presse, l’élevage, etc. Chaque parcours est particulier mais il ressort un même sentiment d’urgence : inversons la tendance. “Nos terroirs sont en péril, trop d’intrants, trop de pesticides; la matière organique se délite, les sols se meurent”. On parle de régénération des terroirs, des cultures biologiques et biodynamiques, d’ortie, de consoude, de valériane. On parle aussi de Nicolas Joly, de la Renaissance des Appellations et des vignerons Terra Vitis.

Peut-on déguster ?

 

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Le verre tourne. Là, c’est un Chinon 2011 de Marula; belle robe, nez persistant, beaucoup de fraîcheur, du fruit et des arômes qui s’éclipsent un peu vite de la bouche. Et puis, il y a ce surprenant vin de France, un sauvignon un peu voilé, au nez de foin.

En bouche, le petit miracle s’accomplit : rond, doux, frais, ample,

c’est trop bon, j’en oublie le crachoir…François Blanchard m’explique que les raisins issus du « Grand-Cléré sont triés et vinifiés à l’ancienne, pressurés essentiellement avec des pressoirs en bois. “ Pour ma part je ne rajoute pas de sucre, pas de levures ou bactéries industrielles ni autres produits de laboratoire et les sulfites ne sont plus employés pour laisser la place au vivant”.

Je demande l’autorisation de prendre quelques photos. Aux sourires un peu crispés des uns et des autres, je m’aperçois que l’idée ne plaît qu’à moitié….alors je fais vite, mon i-phone bouge, bref la mise en image est plutôt ratée !

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Je ne peux pas repartir les mains vides, alors on parle prix. Un sujet délicat, car il n’y a pas de marché pour ces vins hors du commun. Ces vins de France qui répondent aux noms fleuris de Poussière de lune, Suavignon ou les Jazz, sont en marge des normes gustatives habituelles. Et puis les quantités disponibles restent confidentielles. Comptez entre 10 et 20€ la bouteille.

C’est le prix du travail de l’artisan, de la prise de risque, du goût unique.

Si demain le sommelier du Noma à Copenhague ou celui du D.O.M. à Sao Paulo s’entiche de ces “Vins croyables” leur cote fera un bond en avant; après tout, c’est tout le mal que je leur souhaite !

Jean-Philippe

 

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