le test de la bougie : mortelle erreur

Tout le monde a déjà entendu parler du risque CO2. Et chaque vigneron se pense suffisamment averti pour le gérer convenablement dans son chai. Au même titre que le risque de coupure à la taille. On ne va tout de même pas vous apprendre votre métier.

Pourtant la MSA, l’assureur Groupama, se sont emparés du sujet depuis des années et multiplient les actions de prévention chaque fois qu’ils le peuvent. Car régulièrement le CO2 provoque des accidents, souvent mortels.

Et les victimes sont rarement des néophytes, bien au contraire : les deux dernières recensées étaient des vignerons expérimentés, en pleine séance de nettoyage de cuve.

C’est vrai aussi que certaines régions viticoles sont plus exposées que d’autres, en particulier le Val de Loire dans le vignoble nantais dont le parc de cuves enterrées est plus important qu’ailleurs.

Que ce soit à cause de la fermentation des lies ou des restes de gaz carbonique ajouté, un procédé pour jouer sur la robe, les arômes et la texture du vin sans recourir au soufre.

un danger sournois mais bien réel

Alors qu’une partie du vignoble est en train de changer de mains, ce petit rappel s’impose : le CO2 (Dioxyde de carbone)  est un gaz inodore, incolore et plus lourd que l’air dont il prend la place. Alain Viard, conseiller en prévention des risques de la MSA : Au cours de la fermentation, un litre de vin produit 44 litres de CO2 !  Lors du travail en cuve et dans les bâtiments, Le CO2 qui est plus lourd que l’air stationne dans les points bas des installations. A fortiori dans les cuves enterrées. Mais pas que. Une fois la cuve vidangée, le CO2 est toujours là et sa présence peut durer de longues semaines.

Alain Viard « Les vignerons nous disent souvent que s’ils descendent dans une cuve et sentent que l’air est difficilement respirable, ils ressortent tout de suite. Ils sont convaincus de suffisamment connaître et maîtriser le risque. Sauf que malheureusement, quand il y a une gêne c’est que le taux est déjà trop élevé, et on peut perdre connaissance en quelques secondes.  »

une fausse bonne idée qui se transmet

D’autres vignerons utilisent une technique vieille comme le monde et totalement inefficace : le test de la bougie. Ils considèrent que si la bougie reste allumée c’est que l’air s’est débarrassé du CO2.

Grave erreur ! La bougie peut continuer à bruler en présence d’une concentration toxique de dioxyde de carbone.

Pourtant il faut bien descendre à l’intérieur de cette satanée cuve ! Alors le meilleur moyen d’éviter d’exposer ses salariés au risque c’est d’aller le faire soi-même comme le pensent nombre de vignerons ?

prévenir ou guérir ?

Pour Alain Viard, si c’est encore possible, le mieux c’est d’intégrer ce risque et prévoir les équipements d’extraction/ventilation l’idéal lors de la conception des locaux ou du réaménagement de la cave.

Informer les salariés, signaler par un affichage les zones dangereuses et interdire l’accès aux cuves à toute personne non habilitée. Une précaution élémentaire ? Sauf qu’avec le développement de l’œnotourisme, une nouvelle catégorie de population peut se voir exposée elle-aussi à ce risque. Y aviez-vous pensé ?

Systématiquement ventiler une cuve avant d’y descendre afin d’écarter tout risque, en y soufflant un gros volume d’air frais prélevé à l’extérieur avec un ventilateur professionnel ; une méthode plus efficace et rapide que l’aspiration, car le brassage est plus important. La cuve peut être assainie en quelques minutes…

Sans oublier un système de détection fiable, fixe ou portable, bien entretenu qui validera la qualité de l’air avant d’intervenir dans la cuve. Avec un coût de maintenance que l’assureur Groupama peut prendre en charge.

Ensuite il faut une organisation du travail adaptée. Toujours travailler à deux. Un qui descend, l’autre qui veille pour éventuellement appeler les secours. C’est une précaution qui peut paraître élémentaire ! Et pourtant…

Et ne jamais tenter d’aller secourir soi-même la victime dans la cuve, c’est mission impossible; Les pompiers du SDIS 44 confirment : impossible de ressortir d’une cuve en portant sur ses épaules un corps inerte de 70 kilos !

la carotte ou le baton ?

Aux vignerons qui pensent s’en sortir en invoquant le fait qu’ils n’ont pas de salarié, Gaëlle Lihard, juriste à la Fédération viticole de l’Anjou répond : si vous avez des prestataires, vous êtes exposé aux mêmes contraintes à l’égard de leurs salariés !

A ce propos, avez-vous bien rempli votre DUERP, le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels dans lequel vous devez consigner le résultat de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité auxquels peuvent être exposés vos salariés ? Il sera réclamé systématiquement par l’Inspection du Travail en cas d’accident et son absence peut contribuer à qualifier votre négligence de faute inexcusable.

Un facteur aggravant qui vous expose aux foudres des articles 121-3 et 6 du code pénal pour mise en danger de la vie d’autrui ou homicide involontaire par imprudence avec des peines allant jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45k€ d’amende. Des peines qui ont déjà été prononcées. Et on ne vous parle même pas de la réparation du préjudice au Civil…De quoi réfléchir ?

François

Image à la Une : ©Candleman Studio

Ecrit par Francois SAIAS
--------------------------------------------------------------- Scénariste, réalisateur, documentariste pendant de nombreuses années, François a gardé la curiosité de son premier métier et s'est investi depuis dans le monde du vin, ses rouages, son organisation, ses modes de fonctionnement.
Catégories : le métier

2 commentaires

  1. Le Bott dit :

    bonsoir . vous citez la val de loire en parlant du vignoble nantais , or , le val de loire s ‘ arrête à Chalonnes d ‘ après l ‘ UNESCO ! ! !
    le vignoble nantais , lui , fait parti de la Bretagne historique ! ! !
    bonne lecture
    44 = BREIZH ! ! !

    1. Francois SAIAS dit :

      Merci pour votre remarque, mais comme vous pourrez le noter sur le site officiel des Vins du Val de Loire, le vignoble nantais en fait bien partie.

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