La France, startup nation ? Sûrement pas dans le vin !

Notre président nous avait promis 25 licornes françaises pour 2025, c’est à dire 25 startups de moins de dix ans, dans le secteur des nouvelles technologies, valorisées chacune à plus d’un milliard de dollars avant d’être éventuellement cotées en bourse. On y est déjà ! Elles sont généralement issues des secteurs des technologies, du numérique, du web, de la finance ou encore du e-commerce.

La France fait donc partie des pays les plus innovants (onzième place en 2021) et du top 10 des pays comptant le plus de licornes.

 

Cherchez bien…

Non, vous ne trouverez pas dans cette liste une seule licorne dans le secteur qui concerne les vins et spiritueux, c’est à dire celui du deuxième contributeur français à la balance commerciale qui représente près de 20% de la production agricole française…Vous trouvez ça normal ?

Ce n’est pas faute de startups dans ce domaine en tous cas. Il en existerait autour de 150 dont certaines ont déjà une présence internationale : Idealwine, Le Petit Ballon, Les Grappes, Twil , Chouette, VignoblExport, U’Wine, Winalist, Matcha, D-Vine pour ne citer qu’elles. Une performance obtenue sans appui, sans bénéficier du système d’aides publiques mis en place par le gouvernement.

Faut-il alors que ce soient des acteurs privés du secteur agricole qui s’en chargent comme Bernard Magrez avec son incubateur Start-up Win basé au relais du Château Pape-Clément ? ou Xavier Niel avec son campus Hectar (X.Niel) ? ou des fonds d’investissement comme Wine Angels ?

Ensemble on est plus forts !

Pourtant, s’il y a bien une Fintech, une Assurtech, une Health tech, une Food tech et j’en passe, il existe tout autant une Winetech : un mouvement associatif présidé par Laurent David, à la tête de Wine Angels, qui se veut le pôle de référence pour l’innovation dans l’univers du vin.

La Winetech regroupe un panel de startups représentatives de la filière : des startups à dominante tech utilisant l’intelligence artificielle comme la reconnaissance d’image, la recommandation par algorithmes, la block Chain, les Marketplace ou l’œnotourisme.

Une WineTech pour quoi faire ?

"Nous sommes très sélectifs dans l’acceptation des nouveaux membres, ceux-ci ont déjà des bilans et un produit existant. Ce ne sont pas de simples idées à l’état de projets sur Powerpoint » insiste Laurent David dans Terre de Vins. « Nous souhaitons que l’appartenance à la WineTech soit une sorte de label qualité pour nos membres ». 

Un livre blanc

La WineTech est montée au créneau sous forme d’un Libre Blanc rédigé par Ugo Cathelina (programme X-HEC Entrepreneurs) remis lors du salon WineParis 2022 à Julien Denormandie, Ministre de l’Agriculture et Cédric O, Secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique. Je cite :

« …En France, le vin n’est pas ou peu perçu de manière positive par les investisseurs qui sont plus enclins à investir dans des secteurs plus récents et paradoxalement où l’incertitude peut être plus forte. »

Une bonne nouvelle pour les entreprises déjà en place ? Ou une mauvaise nouvelle car rien ne les fera bouger face à des acteurs internationaux qui disposeront de moyens bien plus développés pour aborder de nouveaux marchés ?

« Le vin est un secteur traditionnel où il y a beaucoup de nouveaux acteurs entrants. Etre et rester à la pointe dans un domaine doit passer par son financement, sans quoi le marché offensif à l’échelle mondiale pourrait devenir prédominant. »

La WineTech regrette l’absence de structure nationale indépendante dédiée à l’innovation de la filière malgré son poids dans l’économie française. « Et la BPI (Banque Publique d’Investissement), qui finance les jeunes entreprises innovantes, n’a pas non plus de pôle dédié au vin ». Bref pas ou peu d’encouragements de la part des Pouvoirs Publics.

On ne va pas se mentir…

La loi Evin est passée par là et investir dans le vin n’est sans doute pas politiquement correct : Il y a un « risque de nous exclure de la révolution food et tech » déclarait il n’y a pas si longtemps Erwann de Barry, le fondateur de Twil à La Tribune.

Les investisseurs demeurent encore largement frileux à financer ces entreprises. Pourtant, certaines d’entre elles sont peut-être les futures Vivino, cette licorne danoise ayant grandi en partie grâce aux financements de la Silicon Valley et devenue en quelques années une application incontournable des amateurs de vin écrit Terre de Vins.

Car les success story ne sont pas françaises

Des exemples ?

Voici Vivino donc, une entreprise danoise qui a développé un appli qui permet de scanner l’étiquette d’une bouteille de vin pour en connaître l’origine et ses caractéristiques. 13 millions d’étiquettes ont été référencées. L’appli a été téléchargée plus de 50 millions de fois (20 000 nouveaux utilisateurs par jour !)  et elle permet maintenant d’acheter la bouteille. L’entreprise a levé en 9 ans 220 millions d’USD et réalise un CA de 350 millions d’euros.

Le Petit Ballon a son équivalent américain Winc,  avec 500 000 membres et un CA de 150 millions de $. En 10 ans Winc a levé plus de 55 millions d’USD.

Coravin a été fondée par un  Californien qui a mis au point une technologie capable de servir le vin au verre sans ouvrir la bouteille. Les résultats ne sont pas communiqués mais l’entreprise est déjà présente dans 60 pays. Coravin a levé plus de 60 millions d’USD, parmi lesquels un fond d’investissement français…

Quant à Jiuxian, le plus grand site chinois de vente d’alcool en ligne il annonce un CA de 500 millions d’euros ! Jiuxian a été financé à hauteur de 350 millions d’USD. L’entreprise s’est offert le luxe de racheter le Château Madran en 2018.

sous les radars ?

Alors quel sera la part destinée au vin dans le French AgriTech le plan de financement de 200 millions d’euros annoncé par le Secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique pour les projets innovants dans le domaine agricole et agro-alimentaire ? On attend de voir…

François

Ecrit par Francois SAIAS
--------------------------------------------------------------- Scénariste, réalisateur, documentariste pendant de nombreuses années, François a gardé la curiosité de son premier métier et s'est investi depuis dans le monde du vin, ses rouages, son organisation, ses modes de fonctionnement.
Catégories : startups

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