Irouléguy, l’appellation de la fierté

A l’heure où les feuilles s’éveillent d’un hiver pyrénéen et neigeux, le Pays Basque nous accueille dans son unique vignoble : Irouléguy. Celui-ci s’étend sur 232 Ha, autour de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Saint-Étienne-de-Baïgorry. Il regroupe une dizaine de domaines et une cave coopérative et fait partie de ces vignobles de France dits confidentiels.

Au pied des Pyrénées : Saint-Jean-Pied-de-Port

Saint-Jean-Pied-de-Port, chef-lieu de la Basse-Navarre, est mondialement connu pour son histoire et sa situation.

Ce plus « beau village de France » est la dernière étape du chemin de Compostelle avant la traversée des Pyrénées.

 

Vous avez dit Basse-Navarre ?

La Basse-Navarre correspond à l’un des sept territoires historiques du Pays basque, située dans sa partie septentrionale. Elle se sépare de l’ancien royaume de Navarre au début du XVIe siècle, suite à la prise de pouvoir des Espagnols. En 1512, les Aragonais échouent à conquérir ce territoire peuplé d’irréductibles.

Dirigée par la maison d’Albret, la Basse-Navarre devient le dernier territoire navarrais. Le fils de Jeanne d’Albret, de confession protestante, n’est autre qu’Henri III de Bourbon, roi de Navarre, futur Henri IV qui deviendra roi de « France et de Navarre », un seul souverain pour deux royaumes distincts.

La vieille ville de Saint-Jean-Pied-de-Port avec sa citadelle et son église Notre-Dame, est ceinte par des remparts de grès rouge (en raison du fer que contient la pierre) et blanc (pour la solidité). Les pèlerins en route vers Roncevaux, première étape espagnole, franchissent la porte emblématique de Saint-Jacques, classée sur la Liste du Patrimoine Mondial au titre des « Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France » en 1998.

Sur les contreforts pyrénéens, l’AOC basque Irouléguy

Revenons aux vignes… Le Moyen-Age voit croitre la surface des vignes implantées par les Romains.

Celles-ci s’étendent autour des prieurés d’Irouléguy et d’Anhaux.

Au XIIème siècle, le vin produit par les moines de l’Abbaye de Roncevaux apporte chaleur et réconfort aux pèlerins en chemin pour St Jacques de Compostelle.

Elément identitaire de la culture basque au même titre que la gastronomie, ce vignoble de montagne est à l’image de sa population. Vallons, Nives et troupeaux ovins côtoient le vert des pâturages et la blancheur des typiques maisons aux volets rouges.

De-ci, de-là, apparaissent des vignes, bien souvent plantées en terrasses, pour faciliter le labeur uniquement manuel des hommes.

L’adaptation au relief et au climat est un travail de chaque instant. Plantées entre 200 et 400 m d’altitude, en parcelles, elles grandissent sur des sols variés : grès rouges, argiles, calcaires, schistes, ophite…

Cette diversité confère aux vins une multitude d’expressions.

Selon les pratiques culturales et la méthode de vinification, les vins diffèrent les uns des autres en fonction de la situation de la parcelle et de la météo annuelle.

Les vignerons, réputés pour leur courage et leur ténacité, sont venus à bout des pentes abruptes de l’Arradoy et du Jara et ont fait naître en 1970 l’AOC Irouléguy, la seule AOC du Pays Basque français.

 

Déclinés en trois couleurs (90% de cépages noirs pour seulement 10% de blancs), ces vins « qui font danser les filles » selon Curnonsky (dans son ouvrage « La France Gastronomique » de 1922) se marient parfaitement avec la cuisine du Sud-Ouest et notamment basque.

 

 

La cave coopérative et mes vins dégustés

La cave coopérative d’Irouléguy, située à Saint-Étienne-de-Baïgorry, propose une expérience gratuite complète et pédagogique avec un accueil de qualité.

Au milieu du chai, une plongée sensorielle vous invite à appréhender la fabrication du vin et le travail des viticulteurs, en lien avec la coopérative.

La dégustation de vins permet de choisir les vins en fonction des affinités de chacun. Les produits locaux en vente amène un plus gourmand. Quatre types de visites payantes de 15 à 29 € sont proposés avec découverte de la cave, du cuvier, du chai et dégustation privée de 5 vins pouvant être assortis de chocolats, fromages ou pintxos (sortes de tapas basques).

Les vins rouges, en assemblage, sont riches en arômes et charpentés, ce qui leur donne une belle capacité de vieillissement en cave grâce au tannat (de 5 à 10 ans selon les vins). Avec le cabernet sauvignon, il amène structure et volume ; le cabernet franc, la finesse aromatique.

Le côté charnu de GORRI, « rouge » en basque, (60% tannat ; 35% cabernet franc ; 5% cabernet sauvignon) s’accorde avec la garbure, l’assiette landaise, les grillades, les burgers ou les tajines.

Tentez l’inattendu avec un mole poblano mexicain (poulet à la sauce épicée au cacao).

 

 

La puissance des viandes telles que le tournedos Rossini, la côte de bœuf, le mouton grillé et le civet de sanglier est soulignée par l’intensité d’OMENALDI.

Signifiant « hommage », (60% de tannat ; 25% de cabernet franc ; 15% de cabernet sauvignon), il est issu de vieilles vignes et élevé en barriques et foudres.

 

Les vins blancs, élevés sur lies et en assemblage, expriment intensité et fraîcheur, aux notes de fleurs blanches et de fruits exotiques. La fraîcheur du Gros Manseng s’allie à la puissance du Petit Manseng, cépage emblématique de la région, et à la rondeur du Petit Courbu.

Voici trois bouteilles et leurs accords :

MIGNABERRY, « jeune vigne », (80% de Gros Manseng ; 15% de Petit Manseng ; 5% de Petit Courbu), sec et fruité, vous transporte au bord de l’océan avec un accord tout en fraîcheur sur le poisson ou les chipirons grillés, un plateau de fruits de mer ou encore un ceviche péruvien.

Il s’accommodera aussi d’un plat d’inspiration asiatique.

 

L’élégant XURI, symbolisant le « blanc », (55% Gros Manseng ; 45 % Petit Manseng), élevé sur lies en barriques et foudres, marie tout en élégance ses saveurs complexes avec la finesse d’une truite grillée ou d’un plat en sauce crémée, la gourmandise d’un poulet rôti ou d’un chèvre chaud.

L’accord avec les huîtres est aussi possible.

Enfin, issu des meilleures parcelles et élevé sur lies en barriques et foudres, LEHIA (90% de Petit Manseng ; 10% de Gros Manseng), au nom évocateur « le défi » et aux notes séductrices, est un vin d’exception et de gastronomie. La patience est de mise et le plaisir sera double s’il est oublié quelques années en cave (jusqu’à 5 ans).  Il sublime foie gras, noix de Saint Jacques, délicats poissons en sauce, risotto aux truffes et fromage de brebis affiné. Une belle association pour un menu de fête.

Quant aux vins rosés, ils se feront le compagnon de vos apéritifs à base de charcuterie et de fromage de brebis.

Région haute en couleur, terre du piment et du chocolat, le Pays Basque, unique et identitaire, se décline en produits issus d’une nature généreuse.

Une nouvelle vague de viticulteurs dynamise cette petite mais fière appellation, déjà valorisée par quelques vignerons de talent.

A découvrir dans un prochain article !

 

Caroline

Image à la Une : ©Harrieta171 CC2.5

Ecrit par Caroline PELLOT
--------------------------------------------------------------------- Une valise dans une main, un verre dans l’autre, Caroline est toujours enthousiaste à l’idée de découvrir vins, spiritueux et autres délices qui s’inscrivent dans l’histoire des hommes et dans leur culture. Titulaire d’un D.U. « Œnotourisme » et préparant le WSET 3 en vue d’une reconversion professionnelle, Caroline n’hésite pas à prendre la plume pour faire partager aux lecteurs son goût pour le voyage, les rencontres et la dégustation.
Catégories : France , oenotourisme

Commentaires:

  1. P.Pellot dit :

    Toujours enrichissant surtout pour des crus et des cépages dont on ne parle pas tous les jours
    Excellent article bien cadré assez court pour retenir l’essentiel

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