Drinking with the Walkyries writings on wine

Qui donc m’a parlé de Drinking With the Walkyries, Writings on Wine, le nouveau livre du critique anglais Andrew Jefford ?

Peut-être le journaliste suisse Pierre Thomas rencontré récemment à Porto. En tout cas, ce titre s’est incrusté durablement dans ma mémoire. Quelle promesse de déflagration musicale wagnérienne, nimbée de divinités scandinaves sur un décor d’hélicoptères d’attaque signé Francis Ford Coppola. Un métavers poétique pour nous parler de vin ! Ferré comme la truite qui a gobé la mouche, j’active la recherche Google pour tomber sur l’Académie du Vin Library, – books for wine lovers by those in the know- une maison d’édition so british fondé par le regretté Stephen Spurrier – si, si vous connaissez, c’est lui qui a organisé la célèbre dégustation du Jugement de Paris en 1976 où les plus grands bordeaux ont pris une grosse claque.

EN V.O. POUR LES PURISTES

En stock chez Amazon UK -30£ quand même – mais une goutte d’eau par rapport à l’immense plaisir que sa lecture m’a procuré.

Le livre est beau, dos carré, 270 pages typographiées à l’anglaise, couverture rigide lie de vin, signet assorti. Les innombrables personnalités citées en remerciements indiquent le sérieux de l’entreprise. Un livre de fonds de bibliothèque qui se valorisera avec le temps en se dégustant à petite dose accompagné d’un cognac XO.

Précisément, il s’agit d’un recueil des chroniques d’Andrew Jefford publiées dans le Financial Times et Decanter, the world’s best wine magazine, de 2007 à 2022. On entre humblement dans le temple de la connaissance du vin – des vins- et surtout dans la culture œnologique si bien maîtrisée par la société des Masters of Wine. Ah ! qu’il est plaisant de sortir du discours « marketing premium » sensé faire saliver l’amateur subjugué à l’aune de sa carte bancaire.

Qu’il est plaisant de sortir des discours technico-scientifiques d’experts trop souvent contredits et embrouillants. Les hygiénistes et les écolos n’ont pas accès à l’univers poétique et multisensoriel d’Andrew Jefford et c’est tant mieux.

Le livre n’existe qu’en version originale, non sous-titrée, non traduite. Comme par miracle, il est extrêmement lisible, tant ses mots sont l’expression d’une pensée supérieure, d’une précision érudite qui en facilitent la compréhension. Tenez, un exemple :

My starting point for a career in wine was wonder at the world, in all its diversity. This topic is beyond full comprehension but many working lifetimes- from the tight focus of research science to the struggles of poet or painter- constitue a kind of investigation in the world’s intricacy and beauty.

ADDICTION À LA POÉSIE

Le livre est constitué d’une centaine de chroniques aux titres accrocheurs (Burning Vines, the Curse of the Vertical, the Blue Corruptor, the Ethologist in the Cellar….), jamais plus de trois pages autour d’une construction nourrie d’une prodigieuse culture classique et d’un regard anglo-saxon toujours distancé.

A propos de l’AOC Bandol, Andrew glorifie le cépage mourvèdre mais se désespère de voir tant de producteurs passer au rosé ou vendre leurs vignes à la promotion immobilière ….the appellation is an amphitheatre, and villages like Le Castellet and La Cadière d’Azur have an almost Tuscan beauty ; the whole place could easily become a gigantic rest home. I began to look at the beautiful Mediterranean rather differently – as the blue corruptor, determined to usurp the land for its own ends.

CONTRE TOUTE ATTENTE

Évidemment, on pousse la curiosité à rechercher la chronique qui a donné son nom au titre du livre : Drinking with the Walkyries.

De façon inattendue, Andrew Jefford fait l’éloge du porto jeune : the wine has torrents of alcohol, half of it added at high-strength grape spirit and the fruit is pummeled to annihilation as quickly as possible during a break-neck vinification period…

On pourrait penser de façon conventionnelle que le porto : « plus il est vieux, meilleur il est » mais l’auteur s’inscrit en faux : Ignore anyone telling you not to drink Vintage port in earliest youth…You won’t fully understand it unless you have tasted it young, in its “Ride of Walkyries” stage, when it comes hurtling out of the glass and put the screamers on you. L’image est magnifiquement trouvée, nul ne le contestera.

Comment mieux exprimer une invitation à une chevauchée métaphorique dans l’univers du vin ?

Le titre n’est en aucun cas survendu, la cavalcade est bien présente tout au long de l’ouvrage, avec des temps de pose pour reprendre son souffle et un incroyable article intitulé A TEA BREAK pour nous raconter en 10 pages l’histoire mondiale du thé et les façons de le servir, toujours avec son humour anglais dévastateur.

LE MYSTÈRE GÉORGIEN

Andrew Jefford reconnaît avoir été bouleversé par ses voyages en Géorgie. Sa description du monastère d’Alaverdi en Kakheti a fait ressurgir chez moi des émotions enfouies.

Mais là où je suis passé à côté de l’essentiel en réduisant la tradition des vins vinifiés en jarre à la continuité de rituels un peu surannés (voir Génération Vignerons Géorgie) lui nous propulse dans la sphère spirituelle : In origin, it was always a route to God. Growing grapes and making wine without praising God doesn’t make any sense. For many Georgians, wine is a connection to God, a thanksgiving to God…God created man from clay: qvevri are made from clay and lie up to their necks in the earth. They give birth to the wine like a mother to a child, from within the earth…The whole process is like a prayer.

Tels sont les mots du moine Father Ioseb qu’il a interviewé, alors que lui pose la question essentielle : Where wines made in qvevri « more spiritual » than conventionnally made ? Cette question, je l’ai retrouvée sous la plume du général Marc Paitier, l’auteur des Vignerons du Ciel, quand il décrit le travail habité de spiritualité des moines à la vigne et au chai.

SCIENCE, SPIRITUALITÉ ET POÉSIE

Andrew Jefford se définit comme un auteur du vin, poète, chroniqueur, critique, dégustateur, tuteur, animateur de radio (BBC), guide œnotourisme et ce, depuis un demi-siècle.

Il a quitté le Royaume Uni avec sa famille pour vivre en Australie en 2009. Visiblement ça n’a pas marché puisque la famille Jefford a posé ses pénates en France un an plus tard dans le Languedoc. Peut-être sur les conseils de son ami Hugh Johnson, l’auteur d’Une Histoire Mondiale du Vin (Fayard Pluriel 2012) traduite en quinze langues qui a dit de son livre :      

a new sort of literary gumption arrived on the scene with Andrew Jefford : a powerful blend of science and poetry. Leur voisine languedocienne n’est autre que la célèbre critique Jancis Robinson, conseillère de cave du Roi Charles III. Justement ces deux-là viennent de publier ensemble un magnifique Atlas mondial du Vin (Flammarion 50€). Il faudrait ajouter à la liste Alice Feiring (For the Love of Wine) et Karen MacNeil (The Wine Bible) qui passent beaucoup de temps dans le Sud. Cet afflux de sommités britanniques dans le Languedoc laisse-t-il présager un renouveau de la prospérité viticole ?

Jean-Philippe

Ecrit par Jean-Philippe RAFFARD
--------------------------------------------------------------- Toujours volontaire pour une virée dans le vignoble du bout de la Loire, du bout de la France, du bout de l’Europe ou du bout du monde, là où il y a des vignerons, là où il y a du bon vin. Jean Philippe n’oublie pas sa vie antérieure en marketing-communication pour lever le voile sur le commerce du vin et l’ingéniosité des marchands.
Catégories : médias, librairie, tech

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