Pour faire suite aux menaces tarifaires mises à exécution par notre voisin du Sud, les Canadiens ont décidé de riposter dans plusieurs secteurs de l’économie, dont celui de l’importation des vins et des spiritueux américains.
Vente et don d’alcool américain
Tel un couperet, la date fatidique est tombée le 2 février 2025 au Québec. Exception pour l’Alberta (faisant sans étonnement bande à part) et pour la Saskatchewan, les huit autres provinces ont embrayé le pas en retirant drastiquement des tablettes tous les produits alcoolisés américains, que ce soit dans les monopoles d’État ou dans les magasins privatisés.

L’an dernier, pour ce qui est du cas particulier du Québec, la SAQ (Société des Alcools du Québec) n’avait que faire de ces nombreuses quilles représentant plus de 27,2 millions de dollars canadiens, et dont la probabilité de perte restait inestimable. En août 2025, pour éviter le gaspillage des produits les plus périssables, par exemple les vins rosés, les alcools à base de crème et les prêts à boire, notre monopole d’État a décidé de les remettre gratuitement à des fondations ou de les vendre en versant les bénéfices à des banques alimentaires.
Puis, coup de tonnerre au début février 2026, la SAQ annonce que certains produits américains seront vendus en ligne et dans les SAQ Dépôt, avec un rabais de 15 % à l’achat.
Le but de cette liquidation est de renflouer incessamment la caisse des banques alimentaires en leur versant plus de 9 millions de dollars canadiens. Belle initiative de la SAQ qui participe depuis 15 ans à des œuvres caritatives pour aider les plus vulnérables en manque de nourriture.

Autrement dit, les bouteilles dont la qualité n’est pas en jeu d’ici mars 2027 ne pourront être vendues, et il est toujours interdit pour la société d’État de commander des produits des États-Unis.
Conséquences du blocus canadien
Faire front au géant américain en obstruant spécifiquement leur marché d’alcool lucratif au Canada a créé, d’une part, des crises commerciales du côté des vignerons, des producteurs et de leurs intermédiaires, et d’autre part, a favorisé la vente des vins et spiritueux produits à travers le Canada.
Quels en sont les effets à moyen terme tant chez les agents de vins et de spiritueux que chez les amateurs d’alcool américain ?

Fin 2025, son contrat avec Wente est annulé. Conséquence drastique des nouvelles politiques tarifaires de notre voisin, cette résiliation professionnelle lui a coûté cher. Mais, somme toute, grâce à sa détermination, Geneviève n’a pas lésiné à réorienter sa carrière en se créant de nouvelles ressources dans le monde du vin. Au cours des dernières décennies, son éloquente feuille de route, pourvue de bonnes assises, démontre sans contredit son dynamisme et sa passion pour son métier.
Janine Saine : Que pensez-vous du boycottage des vins américains au Québec ?
Geneviève Boisvert : Permettez-moi une petite digression. Par définition, le boycottage est un refus collectif. Or, c’est le gouvernement du Québec qui a demandé à la Société des alcools du Québec (SAQ) de retirer l’entièreté des produits américains de ses tablettes, le 2 février 2025. Ce retrait visait les vins, mais également toutes les autres boissons alcooliques vendues dans les succursales de la société d’État et sur son site transactionnel. Le gouvernement a également demandé à la SAQ de cesser de fournir des boissons alcoolisées américaines, aux épiceries, aux agences, aux bars et aux restaurants. Ces changements sont entrés en vigueur le 4 février 2025, et depuis, nous n’avons plus accès à ces produits.
JS : Y aurait-il eu quand même un boycottage si les produits américains étaient demeurés en tablette?
GB : Absolument ! Probablement majeur, mais certainement pas total. N’allez surtout pas croire que je suis contre le boycottage. Je suis simplement mal à l’aise avec les mesures drastiques prises par notre gouvernement provincial. Si le souhait était de répondre aux tarifs imposés par la nouvelle administration américaine, j’aurais personnellement préféré la mise en place d’un tarif supplémentaire, laissant le choix aux fournisseurs de l’absorber dans leur prix de vente ou non, et aux consommateurs d’acheter ou non.
JS : Quelles sont les répercussions positives de ce boycottage ?
GB : L’inaccessibilité aux produits américains a certainement donné l’occasion aux consommateurs ainsi qu’aux restaurateurs de découvrir de nouveaux vins. Notamment les vins québécois. Bien que le profil de goût soit complètement différent de celui des vins californiens, cela a quand même permis de mettre en avant nos vins ainsi que nos cidres locaux, et cette incidence est très positive. D’autres catégories de vins, issus notamment de l’Espagne, du Portugal ainsi que de l’Australie, ont également bénéficié de ce retrait.
JS : Et les effets négatifs ?
GB : Dans un premier temps, la situation s’avère vraiment désolante pour les amateurs de vins américains qui sont très nombreux à être privés de leurs vins. De plus, cela fait mal à la diversité de produits disponibles à la SAQ, là où résident sa force et sa particularité. Finalement, les produits américains, plus spécifiquement les vins, sont des produits du terroir, et ils sont inégalés.

Mais pour ceux et celles qui l’ignorent, la majorité des producteurs de vins américains habitent et travaillent dans des États qui ne soutiennent pas la nouvelle administration américaine. Je trouve cela injuste pour eux, car ils sont doublement pénalisés.
JS : Y voyez-vous des répercussions environnementales ?
GB : Au Canada et au Québec, bien que les vins américains ne soient pas des produits locaux, il n’en demeure pas moins qu’ils voyagent relativement peu pour arriver jusqu’à notre porte, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte carbone globale.
Par ailleurs, à elle seule, la Californie représente la quatrième plus grande région productrice de vin au monde, et avec plus de 80 % de ses vins certifiés durables. Ainsi, en quelque sorte, elle contribue à la protection de l’environnement.
JS : Quels en sont les contrecoups économiques ?

À cela s’ajoute la valeur de l’inventaire des produits américains retirés des tablettes l’an dernier, qui s’élevait à 27,2 millions de dollars canadiens en date du 23 octobre 2025.
Il s’agit de deux facteurs importants à considérer, étant donné que les activités de la SAQ contribuent aux revenus des administrations publiques provinciales.
Par contre, depuis le 12 février 2026, grâce à la SAQ, un nouveau chapitre s’est ouvert concernant la vente de certains vins américains plus sensibles au vieillissement et qui sont offerts en ligne ou dans les succursales Dépôt avec un rabais de 15 %. En absorbant cette perte, la SAQ réinvestit toujours ses profits dans les banques alimentaires.
JS : Pourquoi l’Alberta et la Saskatchewan n’ont-elles pas adhéré à ce boycottage ?
GB : Les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan possèdent un système de vente privée au détail de boissons alcoolisées. Ils ne sont pas régis par un monopole d’État, comme c’est le cas dans les autres provinces du Canada. Ils sont donc libres de vendre les vins et spiritueux de leur choix, achetés directement auprès des producteurs par des agents promotionnels.
Par contre, tout en étant libres de ce choix, certaines chaînes, certains magasins indépendants, hôteliers et restaurateurs ont quand même choisi de boycotter les produits américains.
JS: Dans l’ensemble, que pensez-vous de la qualité des vins américains ?
GB: Je trouve que les vins américains, notamment les vins californiens que j’ai l’occasion de déguster le plus souvent, sont qualitatifs : plus frais, moins alcoolisés et moins boisés que par le passé, ce qui plaît davantage.
Cela étant dit, aux États-Unis comme ailleurs, on trouve de tout. Heureusement, en temps normal, nous avons une bonne sélection à la SAQ.
JS : Pourquoi le prix de certaines AVA (American Viticultural Areas), tel que celles de Napa et Sonoma, en Californie, a-t-il effectivement augmenté ?

Ces deux régions très réputées pour leurs prestigieux vins ont fait connaître la Californie, où les terrains à vendre sont une denrée rare, où le prix du raisin à l’hectare est élevé et où les volumes sont limités, et le tout combiné avec une demande qui ne décroît pas. Il est normal qu’il y ait une pression sur le prix. J’invite les amateurs de vin à essayer des produits d’autres AVA, notamment les vins de la Central Coast, qui sont délectables et à bon prix.
JS : Quel est l’avenir des vins américains sur les tablettes au Québec ?
GB: On peut s’attendre à ce que le chemin du retour soit ardu. Heureusement, il y a les inconditionnels de vins américains qui seront toujours fidèles. De plus, les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration accueillent une importante clientèle américaine et réintégrera rapidement les produits américains.
Mais faudra-t-il s’armer de patience, car toute innovation sera longue à rétablir.
Janine
Image à la Une : le Journal du Québec