Ce mois de janvier est difficile pour l’amateur de vin. Un peu comme pour nous Européens qui subissons les coups de boutoirs d’un président Trump imprévisible ; on oscille entre réaction, confrontation ou acceptation. Personne ne peut nier le succès du Dry January 2026. Ce n’est plus le combat d’une poignée d’ hygiénistes forcenés contre l’immense majorité des consommateurs modérés de vin et d’alcool. Le débat public porte cette année sur les ravages causés par les excès, par l’alcoolisme dans la société. Donner la parole à une psychiatre-addictologue comme l’a fait benoîtement le quotidien Ouest-France, c’est naturellement libérer un flot de réalités vécues toutes plus affreuses les unes que les autres.

Ses articles sans concession publiés à l’époque dans le Petit Parisien ont contribué à la fermeture du bagne. Les jeunes journalistes d’aujourd’hui ont compris la leçon et ne se privent pas de lâcher leurs coups, espérant mettre à terre l’Hydre éthanol que l’air du temps déteste.
Avant de l’encenser de nouveau ?
LES VIGNERONS, CES NARCOTRAFIQUANTS
Si ce mois de janvier est difficile pour les amateurs, imaginez combien il peut l’être pour les professionnels, vignerons, négociants, cavistes, sommeliers et autres prestataires de la vigne et du vin. Comment peut-on être serein dans son métier quand l’opinion publique stigmatise votre travail ? Il ne s’agit pas ici de plaindre qui que ce soit, simplement comprendre, être à l’écoute des angoisses des uns et des autres et faire preuve de compassion ou de….dérision. Comme notre ami Patrick Baudouin, vigneron angevin à Chaudefonds-sur-Layon qui traite l’affaire par l’humour, : « Nous sommes des narcotrafiquants d’alcool, puisque le président de la Société Française d’Alcoologie martèle dans les médias que « l’alcool est une drogue » s’élève contre la « modération » et la distinction entre « mauvais buveurs et bons buveurs ».

Merci Patrick et pour ceux qui voudraient mieux connaître tes superbes vins, voici le lien d’accès au bel article qu’Elsa Ginestet (iDealwine) t’a consacré : Visite au Domaine Patrick Baudouin : défenseur des terroirs d’Anjou.
ÊTES VOUS UN FLEXI-BUVEUR ?
La position des Œnologues de France est plus consensuelle. Ils nous invitent « à une approche nuancée, culturelle et responsable de la consommation de vin ». Mais curieusement «les œnologues saluent l’évolution des pratiques et l’émergence des flexi-buveurs, consommateurs à la fois de vins et d’alternatives innovantes à base de vins désalcoolisés ». Les quelques 10 000 œnologues français en activité ne vont pas passer à côté des perspectives mirifiques qu’offrent les technologies de désalcoolisation, même si la formulation a pu tordre le nez des plus puristes d’entre eux. Pas de temps à perdre car il semblerait que les chimistes allemands prennent de l’avance.
Entre flexi-buveurs, inconditionnels de l’éthanol et no-low aficionados le débat public s’annonce musclé, espérons que les arbitres permettront à chaque partie de s’exprimer loyalement, ce qui n’est pas le cas en ce moment.
LE COMMERCE EN ÉBULLITION

La Grande distribution a pris le virage récemment avec réticence. Leurs petits rayons « sans alcool » souvent mal documentés ne donnent pas une folle envie de s’y précipiter, tant mieux pour les cavistes.
Les sites traditionnels de vente en ligne comme 1 jour 1 vin, Vinatis, Millesima ou Amazon déploient une offre sans cesse croissante et lancent la bataille des prix. Le plus étonnant, c’est la profusion de nouveaux vendeurs spécialisés No-Low. On citera Sanzalc, la cave sans alcool, Sobrissim « un mois de janvier sans alcool qu’on va kiffer » ou Gueule de Joie qui recherche désespérément des retours : « Soyez le premier à écrire un avis » ou encore le franco-allemand Zénothèque qui affiche de grosses ambitions. La plupart s’approvisionnent auprès des mêmes producteurs : Pierre Chauvin, Divin, Uby, le Petit Béret, etc.
AUCUNE RECONNAISSANCE

Pour Viamo, toujours démonstratif dans sa déclaration d’amour aux vignerons : « nous plaçons au-dessus de tout notre relation avec les vignerons. Aller au contact direct. Sur le terrain. C’est ce que nous aimons. Nous voulons connaître ceux qui font le vin. Qui se lèvent le matin. Qui s’abîment les mains… »
Viamo n’a visiblement jamais entendu parler du Dry January. Circulez il n’y a rien à voir. Où est la solidarité? Même pas un petit message de soutien aux grands vignerons que le site glorifie à profusion.
RHÉTORIQUE MERCANTILE
Le leader du marché de la Box, Le Petit Ballon fut fondé il y a 15 ans par le maître sommelier Jean-Michel Deluc, auteur prolixe qui a longtemps officié au Ritz et à l’Académie du Vin.

Jean-Michel Deluc a quitté le Petit Ballon l’an passé. S’il était resté à la direction œnologique du site, aurait-il cautionné la rhétorique mercantile tenue à propos du Dry January ? Nos coups de cœur pour un mois sans alcool. Le Petit Ballon vous guide pour relever le défi avec style, plaisir et curiosité.
Ben voyons, en janvier on n’achète pas d’alcool mais ne vous inquiétez pas, vous les abonnés, il y a toujours des trouvailles en magasin comme ce thé noir du Laos, ces bulles végétales Osan ou un blanc de blanc effervescent en VdF désalcoolisé. Les masques tombent quand « les raisons du commerce sont toujours les plus fortes. » Y aurait-il un mot de compassion pour les centaines de vignerons sous contrat qui font la richesse de l’enseigne ?
ET LES CLUBS DE DÉGUSTATION ?

Les vignerons souhaitant participer à ce salon sont de plus en plus nombreux, malheureusement la configuration des lieux ne permet pas d’aller au-delà de 24 invités. Alors le Dry January est un peu passé sous les radars sachant que la modération est la vertu cardinale des dégustateurs qui ont appris à recracher.
Jean-Philippe
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