Vigneron industriel

Un peu choquant comme appellation, non ?

Bertrand1Oui, j’ai rencontré récemment un vigneron industriel, en l’occurrence le languedocien Gérard Bertrand à l’hypermarché Carrefour de Saint Herblain, près de Nantes. Il n’était pas là physiquement pour présenter ses vins, mais sa présence irradiait le magasin comme vous allez le voir. D’abord au petit rayon librairie de l’hyper, Gérard ou du moins son best-seller le vin à la belle étoile (Ed. La Martinière) trône en bonne place au milieu des Bussi, Christian Jacq ou Marc Lévy.

 

Quelques mots sur sa saga personnelle

Après le drame de la mort accidentelle de son père, en 1987, l’ex-champion de rugby prend les rênes d’un petit domaine des Corbières qu’il transforme en un empire viticole de 600 hectares- 9 domaines ou châteaux – produisant 15 millions de bouteilles par an. Entretemps, celui qui aime être appelé vigneron découvre la biodynamie et convertit la moitié de ses surfaces à sa méthode qui met en symbiose les raisins, la terre et le ciel. Mais restons plutôt sur terre :  On est distribué dans plus de 100 pays. Notre ambition est d’être présent partout dans le monde déclarait-il récemment à Libération dans son portrait en dernière page.

Présent au Carrefour de Saint-Herblain, ça je peux vous l’affirmer et même archi présent…comme le montre cette saynète parfaitement authentique :

Bertrand2Vous n’êtes pas très regardant sur les méthodes de production ?Art de Vivre, mon sauvignon blanc 2013 vous satisfera. Vous êtes plutôt porté sur le bio ? Alors choisissez ma gamme de vins biologiques Autrement en sauvignon, chardonnay ou AOC Corbières. Vous ne supportez plus les sulfites ajoutés ? Pas de problème, vous n’en trouverez point dans mon Naturae Chardonnay. Enfin, seriez-vous un inconditionnel de la biodynamie ? L’Indomptable de Cigalut vous comblera.

 

Bien entendu, tout cela est vendu à des prix Carrefour !

Ah ! Un absent des linéaires : le Minervois La Lavinière Clos d’Ora à 190€ la bouteille ; sa clientèle est ailleurs.

Bertrand4Le vigneron industriel, même si l’alliance des mots peut choquer, devient une réalité.

Gérard Bertrand n’est pas le seul industriel du vin à produire 15 millions de bouteilles par an et il faut le relais de la grande distribution pour les écouler avec un consommateur qui se tourne de plus en plus vers le bio comme le montre l’étude IPSOS SudVinBio de 2014.

 

logo-abN’empêche. Je me souviens d’un débat portant sur la nouvelle réglementation européenne créant le vin biologique, en remplacement des vins issus de l’agriculture biologique.

C’était à la dernière Levée de la Loire. Les artisans vignerons du bio étaient très septiques, invoquant l’influence des lobbies qui avait autorisé des taux de sulfites très élevés. C’est la porte ouverte aux industriels du bio.

Eh bien ! Les voilà.

Certains y verront une catastrophe, d’autres, au contraire, une opportunité. Gérard Bertrand, affiche un dynamisme certain, il s’enorgueillit d’avoir crée plus de 200 emplois et hissé haut la bannière du Languedoc sous son slogan : l’Art de Vivre des Vins du Sud.

Au fait, produit-il de bons vins ?

Capture d’écran 2015-06-07 à 05.55.56On peut lire à la Une de son site  :  Nous avons le plaisir d’annoncer que le Cote des roses rosé millésime 2014 a été élu meilleur rosé du monde lors du concours mondial de Bruxelles 2015. Petite précision : le rosé de Gérard Bertrand a obtenu une Grande Médaille d’Or au CMB en compagnie de 84 autres vins !

Je doute que l’approximation et la vanité soient bonnes conseillères pour faire un grand vin.

Jean-Philippe

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