Un petit livre polémique a fait son apparition cet été dans les librairies du pays nantais : « Sauvons le muscadet d’une mort programmée » d’Alan Coraud. L’auteur fut vigneron et élu local – le plus bretonnant des maires du vignoble – avant de se spécialiser dans l’oenotourisme. Sa thèse : l’identité bretonne du vignoble nantais est niée aujourd’hui par son rattachement aux vins de Loire, décidé de façon autoritaire par l’État et les édiles technocratiques de la région des Pays de Loire. Il s’en est suivi une série d’erreurs de communication- les vins de guinguette et les canotiers – qui ont dilué l’image du muscadet.
Les vins nantais et d’Anjou sont deux très bons vins, mais ils sont trop différents pour être bus dans le même verre ! Une jolie formule attribuée parfois à Bernard Verlynde, parfois à Jacques Puisais reprise ici par Alan Coraud qui affirme haut et fort la spécificité du muscadet : sa méthode de vinification sur lie, son cépage original le melon de Bourgogne et son terroir particulier qui associe le sol et sous-sol du massif armoricain au climat océanique iodée, sans oublier les Chevaliers Bretvins, contraction de Bretagne Vins. Il ressort aussi le mythe du vin celtique – the celtic wine of Brittany– qui ciblerait les quelques 140 millions d’adeptes de la celtitude fortement attachés à leurs origines.
Mais qu’en pensent les Bretons de Bretagne ?
Me trouvant justement en Pays Léonard, j’en ai profité pour pousser la porte des Vignes de Merlin à St Pol de Léon pour connaître l’avis de Philippe Pichon, le propriétaire des lieux. Clairement non, le muscadet n’est pas identifié comme le vin breton. Vous savez la Bretagne n’a pas de vigne mais possède en revanche d’excellentes caves et maisons de commerce souvent tenues par des familles depuis plusieurs générations, comme la cave des Jacobins à Morlaix. Le cabotage en provenance de Bordeaux était très actif au siècle dernier, les bateaux déchargeaient à Concarneau ou à Brest les fûts qui étaient achetés par les cavistes.
La tradition des vins fins de Bordeaux, des appellations perdure ici ; c’est la bouteille du dimanche et des repas familiaux. On ajoutera que dans le pays rennais, la préférence va plutôt aux vins d’Anjou et de Saumur tandis que les vins d’Alsace ont toujours eu la cote ici ; entre peuples à forte identité on s’estime mutuellement, c’est connu.
Vous savez le muscadet revient de loin ; je reconnais les efforts d’aujourd’hui avec les crus communaux, mais ils ont fait vraiment n’importe quoi dans les années 80. Et puis, les clichés ont la vie dure : croyez-vous que l’on mange des fruits de mer tous les jours, ici ?
Ici, c’est le pays des légumes et de la charcuterie.


La mort programmée ? Je n’y crois pas un instant.
Jean-Philippe
« Clairement non, le muscadet n’est pas identifié comme le vin breton »
Le Muscadet est attesté en 1635, à Gorges, dans le vignoble nantais.
Où se trouve le Pays Nantais à cette date?
Le Berligou était le vin préféré du Duc François II, père d’Anne de Bretagne.
Où était récolté le raisin pour faire ce vin?
Un breton qui prétend que le muscadet n’est pas un vin breton ? Est-ce véritablement un breton ou une simple victime de l’administration française? Un bon français en fait, un habitant de la « région Bretagne », assurément pas un habitant de la Bretagne.
Merci Richard pour votre commentaire. Le vin breton aujourd’hui, c’est celui des vignes de la presqu’île de Rhuys, de la vallée de la Rance, de Belle île en mer. Les discussions avancent pour la création d’une IGP Bretagne, sans inclure le vignoble nantais qui lui fait partie des vins de Loire.