L’Inspiration chez Pape Clément

Difficile d’expliquer à ses amis proches qu’on a choisi cette très belle ville comme destination pour un weekend après des années de Bordeaux bashing. La Cité du Vin flambant neuve, les vins, Vinexpo, la rénovation des quais, les grandes familles et l’aristocratie des grands crus autant de raisons pour ne pas hésiter…

Bordeaux un jour, Bordeaux toujours

Nous avons choisi le classicisme Bordelais en allant au Château Pape Clément sur la rive gauche en terre de Pessac Léognan. Où comment à la fin du 13ème siècle, un cadeau de bienvenue pour sa nomination est devenu le petit bijou de l’archevêque Bertrand de Goth puis retourna à l’archevêché et fut baptisé Pape Clément après que celui-ci obtint les plus hautes fonctions.

Lorsque vous arriverez à Pessac, il faut voir comment les vignes sont insérées dans le tissu urbain car les hommes se sont inlassablement installés jusqu’au bout des rangs de vignes des plus grands châteaux situés à seulement 20 kilomètre du centre ville de Bordeaux. Propriété de Bernard Magrez un ex magnat des alcools et spiritueux qu’on présente facilement comme l’homme d’une success story à la française, ce Pape grand cru classé bénéficie de toutes les attentions pour rester sur le devant de la scène bordelaise.

Périmètres de L’empire Magrez

Nous voilà donc dans la cour d’un joli petit manoir reluisant, taillé pour recevoir la crème des amateurs de vins. Visite dégustation pour 20 euros, 25 avec les verres gravés souvenirs ! Parking aux graviers craquants, jolie boutique, école du vin, chambres d’hôtes haut de gamme, service de navette grand luxe, les vignobles en hélicoptère et en Rolls Royce Phantom. Et un accueil sans faille pour un bref voyage en terre des grands crus.

En homme entreprenant sachant s’entourer des meilleurs, Monsieur Magrez a su passer d’une entreprise familiale de meubles aux portos et whisky grand public, jusqu’à l’acquisition de domaines viticoles de plus en plus illustres. Au compteur 40 domaines dans le monde et les fameux 4 grands crus classés satellitaires : Pape Clément, Fombrauge, La Tour Carnet et Haut Peyraguey, de quoi dorer un blason qui lui manquait à ses débuts.

Les chais se modernisent, rien n’est laissé au hasard. Et pour rester dans le peloton de tête, des essais sont faits pour chercher à élaborer des nectars inspirés des techniques des néo vignerons les plus novateurs (drones, cuve œuf en béton, égrappage et sélection des grains nobles).

Le sacre est arrivé avec Parker qui lui a attribué une note magique de 100 d’abord sur le blanc sur le millésime 2009 puis pour le rouge en 2010.

Sous le château les stocks sont là à portée de main, jusque dans des formats extrêmes de 27 litres ou des millésimes plus que centenaires.

Pape Clément, le baptême

Nous dégusterons pour vous 6 vins rouges estampillés Magrez, un Côtes de Blaye Château Pérenne 2012, une entrée de gamme un peu fruitée pour la mise en bouche, trop serré et tannique selon moi et qui ne méritait pas de côtoyer un pape.

Grands chênes 2006, un Médoc cru Bourgeois qui commence à se rendre aimable et digeste avec une assez bonne intégration des tannins. Il livre quelques notes confiturées, indiquant une probable belle maturité des jus lors des vendanges.

Du vin Divin ?

Lorsqu’on se penche sur Pape Clément 2004, à 105 euros la bouteille croyez moi on sirote très lentement, on cherche les arômes, les marques de la culture « Grand Cru » avec tout ce qui peut rendre un vin aussi rare. L’ombre du vinificateur/œnologue Michel Rolland est là.

Le nez est puissant mais très complexe, peut être une des marques reconnaissables de l’élevage boisé si présent sur ces terres d’Aquitaine. Les notes de truffe noire, de tabac et de cuir ? Le fumé caractéristique sur cette trame acide qui persiste en bouche.

N’est-ce qu’un beau vin sur un millésime difficile ? Car l’année 2004 a donné une météo qui s’est dégradée considérablement mi août, avec une insolation insuffisante et une pluviométrie excessive. Pourtant, la robe est noire ou presque. C’est très élégant, peut être encore un peu jeune… « Il faut savoir se projeter », me dit Jérémy l’animateur de notre dégustation. Et j’admets qu’à 17h, sans avoir un mets qui lui corresponde, ce vin ne révèle qu’une infime partie de ses charmes.

Nous explorons un peu plus la gamme des vignobles Magrez avec … ce Saint Émilion Grand Cru Château Fombrauge 1999. Sa robe tuilée orangée est pleine de promesses qui seront tenues par les arômes fumés, cassis, griottes et de cerises macérées. Des notes de cuir brun mêlées à du tabac sec et du bois brulé. Il y a une délicatesse digeste, une belle longueur des arômes qui s’étirent avec élégance. Les tannins sont poudrés, entêtants mais sans lourdeur et absolument marqués par l’histoire d’un grand cru bordelais.

Ces grandes bouteilles appartiennent à une aristocratie, elles semblent nous faire revivre une valse lointaine dans les salons des châteaux, comme si les velours et les soieries du 18ème siècle, qui a fait l’âge d’or de Bordeaux, virevoltaient encore.

Jean-Luc

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