Les vins rares du Pays d’Ancenis

Sauriez–vous situer sur une carte le pays d’Ancenis ? Pour les voyageurs pressés, c’est un péage d’autoroute à 30 km de Nantes, certes, mais si l’envie vous prend de rejoindre la métropole de l’Ouest par la route du vignoble, vous ne serez pas déçu du périple. Cette portion de Loire méconnue, en aval de la prestigieuse vallée inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, regarde vers l’ouest, vers l’estuaire. Des reliefs escarpés sur lesquels les châteaux de Champtoceaux, La Varenne ou Clermont offrent de magnifiques panoramas où le fleuve a creusé son sillon sur la roche dure. Les sols siliceux, caillouteux, peu profonds sur de belles pentes regardant le sud sont évidemment très favorables à la culture de la vigne ; nos ancêtres l’avaient compris puisque celle-ci remonte à l’empire romain.

Mais de quel vignoble parle-t-on ?

Là, les choses se compliquent, alors je décide de rencontrer Pierre Guindon, des Vignobles Guindon à Saint Géréon pour éclairer ma lanterne. Le vigneron me reçoit dans son caveau de dégustation, les diplômes et les médailles couvrent les murs, les bouteilles sont à portée de main, une ambiance surannée qui respire l’authenticité, l’histoire et le métier pratiqué depuis des décennies. J’apprends d’abord que dans la famille Guindon, on est vigneron de père en fils : Stanislas, puis Louis, Jacques et enfin Pierre, la soixantaine aujourd’hui. On a eu des vocations contrariées, Papa voulait être docteur, moi j’ai fait des études de géomètre puis un DUT Finances, mais les responsabilités prennent le dessus.

Et la suite ? Son regard se brouille un peu. Vous connaissez Antoine, je crois ; après sa licence de commerce du vin à l’ESA d’Angers, il est parti faire son apprentissage pendant un an en Nouvelle-Zélande, je pensais qu’il ne reviendrait pas, il est revenu mais pour s’installer comme caviste à Nantes.

Je connais la cave Jules Verne une maison d’excellente réputation dirigée par Vincent Bécam. Pour moi, la page est tournée, j’ai fait en avril mon dernier Salon de l’Agriculture comme exposant. Vous savez, les foires et salons ont toujours été notre façon de vendre nos produits, d’aller vers le public, de rencontrer la clientèle. Là encore le père, le grand-père. On imagine le fichier clients méticuleusement tenu à jour, la fidélité des clients de leurs enfants et petits-enfants…

Et oui ! Le commerce existait avant Internet.

Recentrons-nous sur la question initiale : quel est ce vignoble ?

Il faut d’abord distinguer les muscadets Coteaux de la Loire qui sont en AOC depuis 1936 comme les autres appellations muscadet ; ici, c’est 50% du volume. Et puis, il y a les autres vins, le malvoisie, le gamay rosé et le gamay rouge. Avec la disparition des VDQS, il fallait faire reconnaître la tradition et la typicité de nos terroirs et cépages ; alors on a monté le dossier de l’AOC Coteaux d’Ancenis accepté par l’INAO en 2011.

Ils sont 36 vignerons à défendre l’appellation, mais seulement 7 en nord-Loire, les autres, ceux du sud-Loire sont « angevins » et de ce fait, autorisés à produire des AOC d’Anjou- Anjou rouge, Anjou blanc, cabernet d’Anjou- en plus des muscadets et des coteaux d’Ancenis ; même une chatte n’y retrouverait pas ses petits ! On est arrivé l’AOC après 5 années de travail, c’est très important pour ceux qui prennent la relève, pour les jeunes vignerons qui s’installent. Il y a un savoir vigneron qui est pérennisé ; tenez, sur ces terroirs de schiste, on produit des gamays qu’on ne trouve pas ailleurs.

Mon attention fut accrochée par le malvoisie – malvasia, c’est le nom d’un groupe de cépages originaires du bassin méditerranéen. Ici c’est le pinot gris, comme on le trouve en Alsace, en Suisse, en Frioul. On ne sait pas vraiment comment il est arrivé ici. C’est mon arrière-grand-père qui l’a fait connaître dans les années 1900. Les gens demandaient quelque chose de plus doux que le muscadet pour l’apéritif ou le dessert. Dans les années 80, ce fut la catastrophe, on a même failli arracher les vignes plantées en pinot gris. Et puis, c’est reparti avec l’engouement pour les cépages oubliés. Aujourd’hui, on compte 38 déclarants, 65 ha plantés et près de 300 000 bouteilles produites par an.

L’œil de Pierre Guindon se met tout à coup à briller. Ce n’est pas facile à faire un bon malvoisie, il faut contrôler l’acidité et le sucre tous les jours. Quand l’acidité est à 3,8, on peut y aller. Vendange manuelle, fermentation à basse température qu’on arrête par le froid, élevage sans les lies. Il reste 33g de sucre résiduel. Nous dégustons ; le sucre résiduel donne une douceur à l’acidité soutenue. Belle fraîcheur, pas complétement moelleux, demi-sec, je dirais. Un vin très accessible vendu en cave à 8,50€ la bouteille.

Pierre Guindon s’excusa de devoir mettre fin à l’entretien car il préparait son voyage pour l’Alsace prévu le lendemain. L’AOC Coteaux d’Ancenis est l’invité d’honneur de la Foire aux Vins de Guebwiller, alors vous m’excuserez, mais il y a du travail. Belle reconversion Monsieur l’ambassadeur !

Jean Philippe

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire