La tyrannie du rapport qualité/prix

« Oie coFOIREVINS2nsommateur, l’automne arrive, va donc acheter ton vin ! »Pas question de passer à côté des foires aux vins quand toute la Presse et toute la grande distribution à l’unisson mettent en vedette une poignée de vins anonymes spécialement fabriqués pour l’événement.

 

Excusez-moi mais ce déferlement commercial, cette logorrhée médiatique me donne la nausée….et aiguise mon esprit critique.

Le magazine Capital a publié récemment un article sur les coulisses des foires aux vins. On y  apprend qu’une grande enseigne nationale avait réuni cet hiver ses acheteurs et experts en conclave dans un grand château bordelais pour un « marathon de la dégustation ».  3500 bouteilles étaient en compétition et au final un petit millier de références devaient trouver leur place dans les rayons. «Pour les producteurs et les négociants qui espèrent être sélectionnés, c’est un moment de grand stress. »

Le mot est dit : le stress.

Malheur au perdant,  tel est la loi d’airain de la grande distribution qui met les fournisseurs à genoux pour être référencés. Ici on habille la sélection par une dégustation de masse mais on sait bien que tout se joue autour des conditions financières.

FOIREVINS1Ces dégustateurs vont -ils s’intéresser au respect du terroir, au savoir-faire du vigneron, à la tradition du domaine ? Vont ils documenter leur choix par des informations sur les traitements en pesticides ou en fongicides ? Il paraît que ça n’intéresse pas la clientèle qui n’achète pas un vin mais un prix.

 

 

Le public veut du rapport qualité/prix. Alors allez-y les gars !

Un 15,5/20 à la dégustation, un nom voisin d’un grand cru, la recommandation d’un guide réputé, une longueur en bouche tout à fait surprenante et un prix canon à 3,95€ la bouteille. L’enseigne écoulera 200 000 quilles durant la quinzaine.

A côté, la même enseigne proposera des grands Bordeaux achetés en primeur. « C’est pour l’image, monsieur. » Ils sont nombreux les petits malins à traquer les grands crus invendus à la fin de la foire !

FOIREVINS5On est ici dans le monde des volumes, dans l’industrie vini-viticole, dans la France championne du monde…. Un système nécessaire pour écouler nos 47 millions d’hectolitres prévus pour la vendange 2014. Autrefois on transformait les volumes excédentaires en alcool, aujourd’hui on parvient à tout écouler grâce aux génies du marketing qui arriveraient à faire boire un âne qui n’a pas soif !

Cela dit, quelques joyaux émergent de la médiocrité ambiante, comme le dossier Spécial Vins du Point avec l’interview de Philippe Meyer sur le Festival des vins modestes. Ou le bloggeur sommelier Emmanuel Delmas qui a rencontré de nombreux responsables d’enseignes et producteurs.

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Il y a des enseignes coopératives dirigées par des passionnés qui jouent le jeu des petits domaines, des producteurs locaux ou des vins nature.

Il y a aussi des producteurs qui retrouvent leurs vins « à l’insu de leur plein gré » en grandes surfaces….Des histoires compliquées de négoce.

Heureux le vigneron-jardinier dont le domaine est trop petit pour intéresser la grande distribution ! Il s’évitera beaucoup de stress et pourra se consacrer pleinement à sa vigne et à son vin, au bénéfice de ses clients qui n’achètent pas un prix, ni même un goût, mais une éthique.

Jean-Philippe

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial