Porto #1 : après la victoire

Ah ! J’imagine l’ambiance chez Valentim, à Matosinhos, un excellent restaurant de poisson ou à l’Estrela d’Ouro, une brasserie traditionnelle du centre-ville de Porto, lorsque Eder marqua le but de la victoire.

Du délire, les amis !

©EPA

Croyez-nous car nous étions à Porto lors des deux demi-finales, celles qui avaient vu la qualification de la France et du Portugal. On est content d’affronter la France en final, on aime bien la France ici, même si Napoléon n’a pas laissé le meilleur souvenir. Mais on va gagner, vous verrez, c’est comme ça. Belle prémonition de Marcelo, le directeur du Museu Romântico, tout heureux de pratiquer son français avec un visiteur curieux des questions œnologiques. Ah non, les portugais ne fêteront pas la victoire à grandes rasades de Porto. Ce n’est pas comme le champagne chez vous ! Le grand gagnant de l’Euro de football, c’est notre bière Super Bock. Tout est dit ou presque ; le vin de Porto est omniprésent à Porto mais il est loin d’être la boisson favorite des Portuenses.

Je me suis replongé avec délice dans l’ouvrage d’Hugh Johnson : Une histoire mondiale du vin, pour me remémorer l’aventure mouvementée de ce vin fortifié ou muté, c’est comme on veut, écrite par un britannique de surcroît. Comment l’idée d’ajouter de brandy à un vin médiocre, il y a trois siècles, allait déclencher un engouement planétaire pour un breuvage magnifié par le temps qui passe? Le grand œnologue Emile Peynaud ne disait-il pas que le Porto était la sublimation du goût ?

Le vin de Porto est bien présent dans la ville,

©portotourism

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En fait, il est sur l’autre rive du Douro, à Vila Nova de Gaïa, là où se trouvent les entrepôts des grandes maisons et…les cars de tourisme ; vue plongeante de tous les hauts-lieux de la ville.

Après, vous le trouvez dans les innombrables petites échoppes : magasins de souvenirs, épiceries, bar-restaurants de la vieille ville. Dans des conditionnement toujours plus imaginatifs : fioles, mini-bouteilles, pack de six, caissettes en bois, etc. La poussière accumulée atteste d’un désintérêt du touriste acheteur qui aujourd’hui arrive par easyJet et ne ramènera pas de bouteilles. Une preuve supplémentaire ? Le Porto était soldé à l’aéroport.

Graham's 2Quand on visite les chais de la maison Graham’s propriété de la famille Symington qui possède 1000 hectares de vignes en Haut-Douro, on se fait une idée de la prospérité accumulée au cours des décennies passées, même s’il y a un passage à vide aujourd’hui.

En fait, ce sont les bouteilles d’entrée-milieu de gamme qui sont touchées : les Ruby, Tawny Reserve, les 10-20 ans d’âge ; ceux que vous payez entre 6 et 30€ la bouteille. Pour des raisons sociologiques évidentes, le public et les jeunes surtout, se détournent de ces vins rouges très alcoolisés manquant de fraîcheur.

Cave Graham's
Pas d’inquiétude, en revanche pour les grands Vintages : 1945, 1955, 1970, 1985 ; attention, il n’y a pas grand chose en dessous de 1000€ la bouteille. Pour accéder à la fraîcheur, les grandes maisons ont lancé dans les années 80 le Porto Branco avec des dénominations tarabiscotées : extra-dry, dry, half-dry, half-sweet, sweet et Lagrima ; pour moi, il ne tient pas la comparaison face à un Jérez fino palomino.

 

La belle surprise vient des blancs secs du Douro,

en appellation contrôlée DOC. On oublie d’ajouter le brandy à l’assemblage des cépages blancs et on sort un vin aromatique, concentré avec une belle et longue fraîcheur en bouche, comme ce Portal bu chez Valentim, magnifiquement associé au bar grillé. Alors, le Porto est-il sur le déclin ? C’est sans compter sur l’Institut des Vins de Porto qui fait autorité en régulant à la fois, la quantité, la qualité et la promotion internationale. Une piste de renouveau, ce Noval Black (15€) de la prestigieuse maison Noval propriété d’Axa Millésimes. On oublie les mentions vieillottes, on l’associe au chocolat noir intense et on le sert……frappé !

A. Ramos Pinto 2Porto, c’est enfin des success stories comme celle d’Antonio Ramos Pinto qui eut l’idée, au XIXème siècle, de vendre son porto aux brésiliens.

Un amoureux du Paris de la Belle Epoque comme en témoignent ses publicités dédiées à l’éternel féminin !

Jean-Philippe

 

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