IGP contre AOC, le sauvignon en jeu

Le moins qu’on puisse dire c’est que la nouvelle réglementation européenne des autorisations de plantation mise en application le 1° janvier 2016 ne mobilise pas l’ensemble des vignerons français ! Dans le Bordelais, on s’étonnerait presque que celle-ci puisse encore poser problème, tout comme en Bourgogne d’ailleurs…Et pourtant les vignerons du Val de Loire sont vent debout contre cette réforme, au point d’aller planter des (faux) pieds de vigne en guise de protestation devant la préfecture du Cher (c’est quand même plus élégant qu’y déverser un tombereau de purin…)

©marielouise.org

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De quoi s’agit-il ? A la base en 2008, Le projet européen de libéralisation des plantations de vignes, afin que l’ensemble des pays producteurs de l’Union puisse produire plus et ainsi faire face à la concurrence croissante des producteurs du nouveau monde. L’idée étant de compenser les parts de marché perdues sur l’entrée et la moyenne gamme (car les grands crus ont toujours la cote à l’export).

 

n’importe où et n’importe quoi

Pour faire court, la libéralisation voulue devait aboutir à ce que n’importe qui puisse planter n’importe où, n’importe quoi. Et avec comme corollaire, à terme, une surproduction qui aurait sans doute dévasté la filière…

sauvezdavidAprès des années de négociation, la viticulture française et européenne a réussi à convaincre les décideurs européens de revenir sur cette décision, d’éviter le contournement du système de régulation des AOC et de mettre en place jusqu’en 2030 un nouvel instrument de régulation. Le tout intégré dans la réforme de la PAC 2013. Avec un pourcentage maximum annuel de nouvelles plantations par Etat membre (1% du vignoble national pour la France soit 7500 ha). Aujourd’hui la viticulture est le seul secteur agricole de l’Europe qui peut continuer à réguler son potentiel de production. C’est dire le poids du lobby viticole au sein des institutions européennes…

les Français tous râleurs ?

Mais si c’est une victoire, pourquoi il y a t’il autant de vignerons français mécontents ? La réponse serait dans la question : les Français tous râleurs ? Pas sûr, comme nous le disions au début de l’article, les Bourguignons et les Bordelais sont plutôt satisfaits pour la simple et bonne raison que leur territoire est quasi intégralement classé en AOC et il serait impossible de planter en dehors de l’appellation.

IMG_1052Ce qui n’est pas le cas partout : prenons l’exemple de la Champagne où des terres agricoles peuvent se trouver à l’intérieur des aires de production des AOC. Le titulaire d’une autorisation de plantation de vignes destinées à la production de vins sans IG (indication géographique) ne pourra revendiquer et commercialiser que des vins sans IG. En revanche et c’est là tout le problème, l’autorisation de plantations à proximité des aires de production des AOC n’est pas encadré. Et dans ce cas, ce que craignent les vignerons champenois, c’est la captation de la notoriété de leurs AOC par d’autres vins. C’est un risque réel que l’administration ne veut pas anticiper : nous devrons faire preuve d’une grande vigilance sur ce point déclare Pascal Férat, Président du Syndicat des Vignerons de la Champagne.

IGP contre AOC, la guerre du sauvignon

En région Centre Val de Loire, le problème s’est transformé en un affrontement entre producteurs d’AOC et ceux d’IGP. Les premiers, à travers Gilles Guillerault président de la FUVC (Fédération des Unions Viticoles du Centre) espérant convaincre les deuxièmes de planter soit des cépages résistants, soit de vieux cépages remis au gout du jour en dehors de leur zones respectives d’appellation mais en aucun cas des cépages pinot noir ou sauvignon. Ca va faire du tort au sauvignon, car plus il y aura d’offre, plus les cours vont baisser nous confiaient les frères Prieur, vignerons à Sancerre au dernier Salon des Vins du Val de Loire.

prieurSi on plante du sauvignon sans IG (indication géographique) aux portes du vignoble, on sait très bien que la nature humaine est ainsi faite qu’il y aura détournement de notoriété nous dit Benoit Roumet directeur du BIVC (Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre). D’après lui on verra poindre des arguments commerciaux comme : c’est fait à côté, c’est pas tout à fait ça mais c’est pas si loin…

des demandes invasives et directives

Au syndicat des IGP on ne l’entend pas de cette oreille. Cela fait trente ans que nous existons. Le sauvignon et le pinot noir sont des cépages typiques du Val de Loire qui ont toujours figuré dans nos décrets. explique Lucie Chassevent, directrice de l’ODG IGP Val de Loire. Selon elle, les demandes exprimées par la FUVC sont invasives et directives. Par ailleurs, les autorisations de plantations en IGP Val de Loire se portent à 40 hectares en 2016 pour l’ensemble des 14 départements couverts par l’aire. Pas de quoi fouetter un chat ?

Catherine Motron, vigneronne et présidente des IGP Val de Loire renchérit : Supprimer de la liste des cépages, le sauvignon autour de Sancerre et Pouilly, puis le cabernet autour de Saint-Nicolas-de-Bourgueil ? à terme, il n’y aurait plus d’IGP Val de Loire, puisque partout où il y a des IGP, il y a des AOC pas loin. 

La question qui se pose : que veut-on faire de nos appellations que nous travaillons depuis 80 ans, que nous montons progressivement en gamme ? nous confie Benoit Roumet. La complexité c’est d’avoir une vision à long terme.

Aujourd’hui les viticulteurs attendent une réponse des Pouvoirs Publics.

François

A la Une : photo © Nicolas Millérioux

 

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