Des vins très chrétiens


Le troisième jour il y avait des noces à Cana de Galilée. Or il n’y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé…Il y avait 6 jarres de pierre destinés à la purification des Juifs, Jésus leur dit : « remplissez d’eau ces jarres. » Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « puisez maintenant et portez-en au maître du repas. » Ils lui portèrent. Lorsque le maître du repas eut goûté l’eau changée en vin, le maître du repas appela le marié et lui dit : « tout homme sert d’abord le bon vin et quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. 
» (D’après l’Évangile selon Saint Jean).

Bonne nouvelle ! J’ai retrouvé le vin des noces de Cana,

Cana Wedding Winelors de mon séjour en Terre sainte en ce début d’année 2016. Le Cana Wedding Wine, un vin plutôt malin qui joue avec les références évangélistes- non protégées- pour séduire les touristes italiens. Ce vin est élaboré à Crémisan par les frères salésiens de la congrégation turinoise Don Bosco. Crémisan est une vallée fertile située près de Bethléem, mais pour son malheur, elle est entourée de colonies juives. Aussi le « mur de la honte » traverse le domaine. Malgré tout, les moines salésiens produisent quelques 180 000 bouteilles par an, en cultivant pour une part leurs propres vignes et en achetant du raisin aux cultivateurs palestiniens des alentours, malgré les difficultés géo-politiques. Des cépages classiques : merlot, carbernet franc, cabernet sauvignon, chardonnay ; à noter un Messa, assemblage de vendanges tardives de Daboky et Jaudaky. Les bons pères sont exigeants sur le vin de messe !

Alimenter en vin les congrégations françaises de Terre sainte,

LaTroun 3telle est la mission des Pères Trappistes du monastère de Latroun, en Galilée fondé en 1898 par des moines cisterciens venus de France. Travail, prières et études est leur quotidien selon la règle de Saint Benoît. Ces vertus appliquées à la viticulture ont conféré très vite une grande renommée à l’abbaye. Il semblerait que le fameux Evreiesc de Pasti– vin de Pâques de Jérusalem 1902 – clou de la collection Goering que nous évoquions dans le papier MOLDAVIE#1 fut produit par les Trappistes de Latroun.

Ces vins sont toujours difficiles à trouver car la production est modeste et la distribution plutôt archaïque, comme le montre le site internet, mais qui peut en vouloir aux Trappistes de mal communiquer ! La qualité est au rendez-vous comme je peux en attester par la dégustation d’une Syrah réserve 2008 vieillie en fût de chêne français qui pouvait rivaliser avec un Saint-Joseph, voire un Hermitage.

messe à MassadaLe vignoble de Latroun est le plus ancien vignoble exploité en Israël- à l’époque la Palestine – mais alors, comment se fait-il que l’Évangile cite le miracle de l’eau changée en vin ? Un miracle qui remonte à 2000 ans….. N’oublions pas que la terre d’Israël a été sous le joug de l’Islam durant 13 siècles, durant cette période, les vignes ont été arrachées et le vin banni. Et puis au 19ème siècle le joug de l’empire Ottoman s’est un peu détendu, permettant aux communautés chrétiennes de s’installer.

Enfin, en 1947 la naissance de l’État hébreu déclenche un engouement pour la vigne pour des raisons religieuses. Les domaines se sont multipliés et on compte aujourd’hui une centaine d’exploitations viticoles en Judée, en Galilée et au Golan. Certains domaines sont réputés au niveau international comme Yarden, le domaine du Castel, Tzora ou Carmel Winery – rappelons que c’est le baron Edmond de Rothschild qui a lancé le mouvement en plantant les cépages bordelais.

vin casherCes vins ont la particularité d’être casher, c’est-à-dire qu’ils peuvent être bus lors des fêtes religieuses. En effet un vin casher est élaboré par des juifs religieux qui sont les seuls habilités à travailler à l’exploitation ; un vin casher est certifié par un rabbin. Evidemment les chrétiens ne boivent pas de vins casher mais ils sont peu nombreux en Israël : quelques centaines de milliers, principalement des arabes chrétiens, des maronites, des arméniens ou des coptes ; souvent pauvres, la plupart vivent en territoire palestinien. Alors l’offre de vins non casher est centrée sur les pèlerins qui ont le sentiment de faire un acte de foi en buvant un vin produit par des religieux….et un acte de charité en apportant leur écot à des communautés désargentées.

Jean-Philippe

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