Dégustation à deux balles #1

Il m’arrive de fréquenter les grandes surfaces, en particulier une enseigne allemande qui propose souvent de jolis riesling de Leiwen Mosel.

Là, ce mercredi, j’ai fait choux blanc, mais en circulant dans le linéaire des vins je découvre des offres à des prix stupéfiants : des bouteilles en AOC et IGP à 1,99€ et même un vin catalan proposé en brique d’un litre et demi à 1,99€. L’idée me prit d’en déguster quelque unes en me faisant violence et en luttant contre les a priori qu’un amateur pourrait avoir à l’égard de vins vendus si peu chers. Je me suis d’abord intéressé à l’équation économique ; comment font-ils pour proposer un prix aussi bas ?

 

Chaque centrale a ses petits secrets, mais voilà en gros comment se décompose le prix, m’explique Mickaël Bourré, négociant en Anjou ; la plate-forme de GD achète la bouteille autour de 1,30- 1,40€ hors taxes pour la vendre 2€. Il faut compter un peu plus d’un euro pour la mise en bouteille, l’étiquetage, le transport et enfin il y a la marge du négoce.

Je dirais que le vin est acheté au producteur autour de 150 € l’hectolitre. Evidemment ça sera moins cher si le négociant achète des moûts de raisin qu’il vinifiera lui-même. A 150€ l’hectolitre on est dans le prix du marché pour les grandes régions viticoles; mais c’est tendu en ce moment avec les espagnols qui font du forcing sur les vins d’entrée de gamme et les vignerons du Languedoc qui râlent.

Là, j’ai l’exemple concret de ce vin catalan objet de la dispute ; par mesure de rétorsion, celui-là ne fera pas partie de ma dégustation. Mon choix s’est limité à une AOC Côtes du Rhône, une AOC Côtes du Roussillon et un DOP Montepulciano d’Abruzzo, tous du millésime 2015. Les deux AOC françaises sont des vins d’assemblage (grenache, syrah, carignan), l’Italien est normalement un mono-cépage (montepulciano nero), il peut être assemblé avec du sangiovese. J’aurais voulu élargir le champ de la dégustation mais le gérant du magasin m’est tombé dessus par surprise et m’a fermement interdit de prendre des photos de ses linéaires.

Commençons par regarder les étiquettes : celle des Côtes du Roussillon est plus que banale, lisible certes mais sans pouvoir attractif. Celle des Côtes du Rhône est franchement repoussante, couleur vineuse, typo massive ; je ne me vois pas ramener cette bouteille à la maison ! L’italien l’emporte haut la main avec une étiquette sobre, design, élégante et une contre-étiquette pleine de mentions sécuritaires écrites en 12 langues, façon mode d’emploi Samsung. Passons à la dégustation.

J’ai malheureusement dû déguster seul, l’ami qui était sensé me rejoindre m’ayant fait faux bond ; normal quand il s’agit de déguster des vins à 2 balles !

On débouche pour s’apercevoir que les trois bouteilles sont équipées du même bouchon synthétique Nomacorc, l’américain leader mondial du bouchon. Les robes sont d’un rouge profond, légèrement violacé pour le Côte du Rhône, plutôt rubis pour le Montepulciano. Au nez, rien de très subtil : du fruit rouge, de la fraîcheur, enrichis par des arômes synthétiques ? Aucune mention de ce type n’est obligatoire sur la contre-étiquette. C’est la bouche qui fait le juge de paix :


Roussillon : bouche piquante, pas de volume ; on recrache avec plaisir. Rhône : un petit «côte» très léger, presque dilué. Si mon cafetier me sert ça, je change de troquet…. Montepulciano : voilà un vin qui a goût de quelque chose ; du volume en bouche, de l’acidité, un peu tannique, certes, mais le fruit noir est bien là. Conclusion :

Les Français ne valent pas deux balles.

Le Montepulciano vaut en qualité 2 à 3 fois son prix.

Les italiens ne sont ils pas champions à l’export pour leurs vins courants ?

La preuve en est.

Bonne année 2017 à tous !

Jean Philippe

1 réponse

  1. Pour faire suite a notre dossier sur ce petillant italien, retour sur une degustation pour un apercu plus festif de ce vin !

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