Une calamité naturelle ?


Le reportage de France 3 Pays de la Loire me glace le sang : le gel dans les vignes tue la production de Savennières. Cette belle AOC d’Anjou, l’une de mes préférées, aussi cruellement frappée. Allons voir sur place.

 

En ce jour de fête du Travail, le bourg aux volets clos bruisse des pas des randonneurs solidement équipés en vêtement de pluie.

Le carré de vigne symbolique qui prolonge la nef de l’église médiévale Saint Pierre-et-Saint Romain est partiellement touché, ça n’augure rien de bon.

 

La grille du Château de Vaults, Domaine du Closel est ouverte, j’espère rencontrer Evelyne de Ponbriand, mais c’est Marine qui m’accueille en me demandant 2 € pour la campagne NeurodonPour aller aux vignes, vous suivez le fléchage, vous allez voir, c’est un triste spectacle me ditelle avec émotion. Ça grimpe un peu, normal, l’AOC Savennières s’inscrit sur des coteaux de schiste, schistes gréseux et filons volcaniques.

En bas, la Loire, en haut, les vignes qui s’étendent sur des vallonnements ondoyants débouchant sur les fameuses coulées, des fissures du plateau si propices au cépage chenin qui peut y décliner sa palette aromatique. Il y a quelque chose de tellement injuste dans le gel tardif venant après un printemps trop précoce. Ces petits bourgeons sans défense foudroyés en quelques minutes par une méchante masse d’air plus froide que les autres.

Savennières est une appellation unique en Val de Loire- médocaine certains diraient – avec ses demeures patriciennes qui témoignent d’un passé opulent. C’est l’arrivée du chemin de fer vers 1860 qui a sonné l’heure de gloire de ce vin blanc, élégant et raffiné, souvent préféré au Meursault sur les tables gastronomiques. Après, il y a eu le phylloxéra, les guerres et la douceur angevine qui manqua de combativité. Evelyne de Pontbriand incarne depuis les années 2000 le renouveau de cette appellation qu’elle préside – 147 ha plantés en chenin, 37 exploitants pour beaucoup en bio ou biodynamie.

Après une ballade tonique dans le somptueux parc paysager, j’ai rencontré la vigneronne dans le salon-bibliothèque via un remarquable film vidéo qu’elle conclut en nous disant qu’elle aime les belles rencontres, les bons repas et l’art de la conversation ; juste avant, elle nous explique de façon limpide les fondamentaux de la biodynamie. J’ai retenu qu’ici, à la cave comme à la vigne, l’exigence et la précision sont les valeurs essentielles pour Evelyne de Pontbriand et son équipe.

Voilà bien la catastrophe de trop !

Au fait, les coteaux de Chaume ont-ils été touchés ?

Claude Papin propriétaire du Château Pierre-Bise qui possède 14 ha à Savennières me rassure : La masse froide n’a frappé que la rive nord de la Loire. Il faut savoir que les pertes de récolte étant assurables, nous n’avons pas droit au régime des calamités agricoles, mais très peu s’assurent par chez nous, les primes sont très chères. Il y a eu les essais d’hélicoptères à Montlouis, des feux de paille par ici, mais rien de bien convaincant. C’est plus à l’Est à Chablis ou dans le Jura qu’ils utilisent des braséros, parce qu’il gèle régulièrement au printemps ; ici, on subit ; deux années de rang, c’est lourd.

Peut-on d’ores et déjà évaluer les pertes ? Il cite la fourchette de 50-80 millions d’euros pour l’ensemble de l’appellation. C’est dans 18 mois à deux ans que les vignerons subiront de plein fouet le manque de production, au niveau de la trésorerie et des débouchés ; les marchés à l’export risquent d’aller voir ailleurs.

La dignité de Claude Papin m’impressionne. Lorsque Dame Nature se déchaîne, le vigneron subit, il tente de réparer, re-construire avec persévérance et humilité. C’est la dure loi du métier, et sa grandeur aussi.

Jean Philippe

photo à la Une : ©photo STVE. http://www.stve.fr/

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire